Lizzy Mercier-Descloux - Press Color et Mambo Nassau

14/01/2004, par | Albums en bref |
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LIZZY MERCIER DESCLOUX - Press Color & Mambo Nassau
(ZE records/Discograph)

LIZZY MERCIER DESCLOUX - Press Color & Mambo NassauL'explosive scène new-yorkaise de la charnière 70's-80's connaissant depuis quelque temps un regain d'intérêt et de rééditions, il était logique que finisse par ressurgir la discographie oubliée de Lizzy Mercier Descloux. Surtout connue pour son seul tube, le sautillant "Mais où sont passées les gazelles ?" - qui, avec les charmantes œuvrettes d'autres ex-égéries underground comme Caroline Loeb ou Elli Medeiros, mit un peu de couleur dans les ternes hit-parades français du milieu des années 80 -, la Parisienne globe-trotter a signé cinq albums, dont le dernier date quand même de 1988. Son label d'origine, ZE records, basé à New York et récemment réactivé, vient de ressortir les deux premiers - on doute malheureusement que les trois suivants, parus à l'époque sur des majors, réapparaissent un jour. Très courts dans leur version vinyle, "Press Color" et "Mambo Nassau" sont ici augmentés d'une bonne ration de morceaux rares, voire carrément inédits.

Le premier, paru en 1979, est un témoignage à vif de la fièvre créatrice qui s'était emparée des lofts de Soho dans ces années-là. Arrivée l'année précédente, Lizzy Mercier Descloux partage le sien avec le Français Michel Esteban, cofondateur de ZE (qui sortira des disques de James Chance, Kid Creole, John Cale, Alan Vega et bien d'autres), et Patti Smith. Artiste polyvalente, elle monte avec DJ Banes le duo Rosa Yemen, qui ne produira qu'un e.p. six titres (présenté ici en bonus avec trois autres morceaux, dont une relecture de Rimbaud en duo avec Patti Smith, enregistrée en 1995 pour un projet de Bill Laswell). Musique non-commerciale, abrasive, résolument expérimentale, bien dans le ton no-wave. Après cette brève aventure, LMD décide en février 1979 d'enregistrer son premier mini-album, toujours en compagnie de DJ Banes, et avec Eric Elliasson (du groupe ami Marie et les Garçons) en renfort. Les huit titres sont bouclés en dix jours. "Press Color" mêle originaux et reprises tordues : "Fire" d'Arthur Brown, musicien anglais des années 60-70 amateur d'effets pyrotechniques, ici mis à la sauce "mutant disco" ; "Mission impossible" de Lalo Schifrin ; et le standard "Fever" de Peggy Lee métamorphosé en... "Tumor" (avec, semble-t-il, un clip de Jean-Christophe Averty !). L'esprit est résolument do-it-yourself, amateur et non-conformiste. Textes sans queue ni tête débités avec un fort accent français, instrumentation minimale, dissonances, son très ramassé, quasi-absence de mélodies... Aujourd'hui, tout cela a surtout valeur de document, mais se révèle quand même plus agréable à l'oreille que la plupart des déflagrations no-wave de l'époque (Mars, DNA, Teenage Jesus & the Jerks...). On peut même y voir, en beaucoup moins funky et vendable, les prémices de ce que feront les Rita Mitsouko quelques années plus tard.

Sorti l'année suivante, "Mambo Nassau" sonne nettement plus pro, et pour cause : il a été enregistré à Compass Point, les fameux studios d'Island Records - à Nassau, bien sûr -, très à la mode en ce temps-là (cf. le "Remain in Light" des Talking Heads). Pensionnaire - pour ne pas dire requin - des lieux, Wally Badarou se joint au groupe de Lizzy. Entre-temps, celle-ci a découvert les disques de musiques traditionnelles du label Ocora et auditionné à Paris de nombreux musiciens africains, bien avant le succès commercial de Mory Kanté et de quelques autres. Résultat, un disque plus accessible que le précédent, aux assises (poly)rythmiques nettement plus solides, au son plus riche, qui peut évoquer du Fela en modèle réduit (trois minutes par titre plutôt qu'une demi-heure). Les morceaux ressemblent néanmoins davantage à des jams remixées qu'à des chansons proprement dites. Le chant de Lizzy se limite toujours à des éclats de voix, et ses textes à des charades polyglottes où seule semble importer la sonorité des mots. Forcément, tout cela est aussi daté qu'un vieux numéro d'"Actuel", mais conserve un charme naïf, celui d'une musique ludique et défricheuse, qui ne s'interdisait aucune fantaisie.
Les cinq morceaux qui accompagnent ici l'album original sont des fonds de tiroir, mais au moins aussi intéressants que ce qui précède : trois titres enregistrés peu après à Paris, qui annoncent l'album suivant (celui des fameuses "Gazelles"), sous forte influence Soweto ; une belle reprise de "Sun Is Shining" de Bob Marley, enregistrée en 1995 dans le Massachusetts avec douze autres chansons jamais sorties ; et, enfin, un morceau commencé à New York en 1980 avec Arto Lindsay et terminé... en 2003, entrelacs polyphonique sur glacis synthétique. 1980-2003, comme un parfait résumé du son new-yorkais d'aujourd'hui, efficace dépoussiérage de celui d'hier - que Lizzy Mercier Descloux aura, avec d'autres flibustiers cosmopolites, contribué à façonner.

Vincent

Fire
Torso Corso
Mission impossible
No golden throat
Jim on the move
Wawa
Tumour
Aya mood
(morceaux bonus :)
Mission impossible 2.0
Rosa Vertov
Decryptated
Herpes simplex
Larousse Baron Bic
Tso xin yu xin
Nina con un terver ojo
Birdy num-num
Hard-boiled babe
Morning high

Lady O K'Pele
Room mate
Sports spootnicks
Payola
Milk Sheik
Funky stuff
Slipped disc
It's you sort of
Bim bam boom
Five troubles mambo
(morceaux bonus :)
Les baisers d'amants
Maita
Mister Soweto
Sun is shining
Corpo molli pau duro

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