Les détracteurs de ce sous-genre, il en existe, le présenteront encore comme une dégénérescence du rap. Et pourtant, à bien écouter ce travail livré par Lil Herb, avec le concours de Don Cannon, on constate que les choses ont finalement bien peu changé depuis les années 90. Comme autrefois, voici un rap qui cherche à rendre compte des dangers de la jungle urbaine et à nous parler des tactiques de survie de ses habitants, dans une ambiance sombre et paranoïaque, sans excuses, sans moralisme, de manière cruelle et crue. Voici un rap, nihiliste et gangsta, qui propulse tout à coup dans la culture populaire des Etats-Unis le nom de l'un des quartiers les plus violents de son territoire, Chicago Southside, comme d'autres l'avaient fait avec Compton 25 ans plus tôt.

Voici un artiste qui a l'esprit du clan, ne conviant que des compères de la même scène, Lil Bibby, Lil Durk, Lil Reese et King Louie, et intitulant son projet en hommage à un ami, Fazon Robinson, un membre de son gang, NLMB, tué par balles en 2010. Voici un homme qui, aussi, à la 2Pac, sait ouvrir son cœur d'artichaut en marquant son attachement à sa mère ("Mamma I'm Sorry"). Voici un rappeur enfin qui, techniquement parlant, se montre à la hauteur, doublant une voix éraillée qui fait plus que son âge d'une grande agilité verbale, jonglant avec le beat et jouant avec le rythme, passant à l'occasion en mode double time.

Ce qui n'est plus pareil en revanche, c'est la musique, la scène drill ayant fait siens les synthés insolents venus du Sud. Mais on n'a rien perdu au change, car ces beats sont ici de qualité supérieure. Les sons vaporeux de "At the Light", les basses profondes de "Koolin", les samples façon chœurs bulgares de "4 Minutes Of Hell Part 3" et de "All My Niggas", magistraux, et enfin les nappes de "All I Got", tout cela n'est rien que prodigieux. Ceux qui s'étaient mis en quête de la première mixtape événement de l'année 2014 ne la cherchent donc plus. Elle est ici, elle s'intitule Welcome to Fazoland et elle nous vient de Chiraq, Drillinois.