Les Femmes s'en mêlent - édition 2009 (Frida Hyvönen, St. Vincent, Juana Molina, Clare and the Reasons, Battant, Micachu, Wildbirds and Peacedrums, ...)

06/05/2009, par , Marie Gallic, Catherine Guesde et Luc Taramini | Festivals |
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An Experiment On A Bird In The Air Pump

Lorsque j'arrive au Point Ephémère, ce sont les Anglaises de An Experiment On A Bird In The Air Pump – ce titre à rallonge, ce n'est pas elles qui l'ont inventé, il vient d'un tableau de Derby représentant une telle expérience – qui occupent la scène. L'air pas très commode, les trois imposantes Londoniennes à frange chantent leur post-punk avec violence et application, incarnant parfaitement la révolte propre à leurs morceaux. Elles échangent régulièrement les rôles, alternant chacune chant, batterie et basse. La scène est peu éclairée, seulement quelques spots blancs ou bleus qui tranchent avec l'obscurité ambiante ; avec cette atmosphère sombre et vaporeuse, on se croirait presque revenu dans les années 80. Le tout est assez bien joué : la lourdeur de la basse, le rythme répétitif et lancinant, le défi présent dans le chant, tout cela crée un ensemble à la fois sombre et agressif, entre punk et rock gothique. Au final, les trois dames ont une présence très affirmée, transforment la salle à leur image ; voilà un groupe assez jeune mais qui a l'air d'avoir de la bouteille.

Wildbirds & Peacedrums

Le ton de la soirée est donné : pas de place pour les amateurs ici, et le duo qui suit, toujours dans le registre ornithologique (Wildbirds & Peacedrums) n'a pas de peine à être à la hauteur. Les quelques morceaux qui vont être joués sont initialement présentés comme un cadeau ("this is our gift to you"), et tout au long du concert, on se dit que la chanteuse suédoise qui a fait cette annonce ne croyait pas si bien dire. Un cadeau, en effet : un percussionniste qui nous présente des rythmes effrénés, façon free jazz ; une ravissante chanteuse qui, à peine arrivée sur scène, est tellement lancée dans son chant qu'elle en oublie presque d'utiliser le micro, voilà de quoi convaincre le public en quelques instants. Les rythmes sont parfois tribaux, hypnotisants, et le chant est ample, à la fois charmeur et déchaîné. Le groupe porte décidément bien son nom : d'un côté de la scène, l'oiseau "sauvage" part dans ses envolées folles et légères ; de l'autre, les percussions proclament la "paix", mais une paix non dénuée de vie, de joie et de mouvement. Le duo alterne moments calmes, introspectifs, et morceaux de free blues, au rythme irrégulier et entraînant. Fascinante est la musique, donc, mais aussi le spectacle de ces deux musiciens absorbés dans leur tâche, perdus dans la marche endiablée de leurs instruments. Voilà un groupe qui gagne vraiment à être vu sur scène, tellement l'enthousiasme et la conviction avec lesquels jouent les musiciens envoûte le public. On en sort le souffle coupé, un peu comme la chanteuse qui semble s'être donnée entièrement. Le "gift" valait le détour en tous cas, et on remercie intérieurement le groupe pour la générosité avec laquelle il a joué.

Micachu

Bon, on se dit que la soirée fonctionne en crescendo et que le dernier groupe n'a pas intérêt à décevoir. Mica Levi, alias Micachu, a la réputation d'être une musicienne brillante : à 21 ans, la demoiselle a déjà composé pour l'Orchestre Philharmonique de Londres, ce qui ne l'empêche pas de se lancer dans des expérimentations débridées lorsqu'elle compose pour son propre groupe. Au lieu de la jeune étudiante en musique un peu coincée que l'on aurait pu imaginer, débarque sur scène une sorte de garçon manqué désinvolte, l'air enthousiaste et conquérant. Et de fait, la musique est à la fois entraînante et déstructurée, entre pop et expérimentations électro. De vielles bouteilles de rhum vides servent parfois de percussions ; Mica joue sur une guitare conçue pour un enfant de huit ans ; le cadre est sympathique et décalé, tandis que le groupe maîtrise parfaitement ses techniques. C'est bon, la soirée a maintenu un niveau élevé ; aucune déception ce soir, mais plutôt de l'admiration pour ces femmes atypiques qui savent imposer un nouveau cadre et repousser toujours plus loin les limites de ce qui a déjà été fait.

Catherine Guesde

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