Les Chesterfield Kings sont-ils le meilleur groupe de 1972 ?

20/11/2007, par Emmanuel Beal | Edito |
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A propos de "Psychedelic Sunrise" . Les notes de pochette sont de Andrew Loog Oldham ? Andrew Loog Odham !!!!! Et (ça ne s'invente pas)ont été rédigées à Bogota, le premier manager des Stones précisant même, que Bogota se situe en Colombie (merci pour nous). Alors de quoi s'agit-il exactement ? Tout simplement du meilleur album des Stones depuis?depuis que je suis né en fait (cela remonte -ou redescend c'est selon- à 1979). Car il faut bien le reconnaître, être fan du plus grand groupe (on peut remplacer par cirque) de rock and roll encore en activité (on peut remplacer par presque mort), est une expérience particulièrement douloureuse pour quelqu'un n'ayant pas grandi durant les années 60. Le fanatisme rétroactif est en effet en butte à deux écueils : le mépris du vieux con ou l'incompréhension du jeune branché. Le vieux con est un exemplaire se croyant toujours unique, et qui sous prétexte d?avoir vécu sa prime jeunesse entre 1965 et 1972, répond invariablement à vos remarques sur cette époque : « Bien sûr, tu peux pas comprendre ce que cela faisait d'aller acheter "Sticky Fingers" le jour de sa sortie ». Le vieux con est con, car la plupart du temps, ce fameux jour qu'il se targe d'avoir passé dans le seul magasin de disques de Raon-l'Etape (le vieux con habitait toujours à l'époque de ses glorieuses années, une ville bien pourrie, située à des heures et des heures de toute agitation rock'n'rollesque). Ce fameux jour donc, le vieux con (alors jeune mais sûrement déjà con) était à la piscine municipale Ledru-Rollin (tous les noms dans cette chronique ont été modifiés, dans un juste souci de lâcheté), en train de faire un 200 mètres brasse départ arrêté, sous les ordres de madame Joubert professeur de sport au lycée Edmond Rostand, et ce afin d'avoir au moins 12 à l'épreuve de natation, comptant pour le bac, pour pouvoir comme papa entamer de brillantes études d?orthodontie. Le vieux con donc, se permet de vous traiter de jeune con, au prétexte qu'à 1 000 bornes de chez lui et de la moindre de ses préoccupations d'alors, existait lors de ses 17 ans, un groupe, qui allait constituer la plus glorieuse bande originale, que son adolescence morne et provinciale puisse rêver. Quant au jeune branché, son incompréhension ne révèle rien de plus que son incroyable inculture musicale. Le jeune branché déjà démodé, croit en effet que le punk new-yorkais est né avec les Strokes, que le folk a le visage de Devendra Banhart, et que même si "c'est un peu trop commercial", la BO de "Batman" par U2, c?est quand même quelque chose. Le jeune branché n'a que sarcasmes pour les Ramones, Bob Dylan, et ne prend même pas un air outragé quand vous lui dites : "Bien sûr, tu peux pas comprendre ce que cela faisait d'aller acheter la 1ère réédition CD de Sticky fingers, le jour de sa sortie". Bref (ou plutôt long), les Chesterfield Kings sont pour tous ceux qui, comme moi, sont nés trop tard dans un monde trop vieux, ou trop tôt dans un monde trop jeune, l'occasion d?une fantastique séance de rattrapage et la possibilité de pouvoir enfin grandir (bon j'ai 28 ans, on va dire vieillir) avec un grand groupe de rock. Le groupe de Greg Prevost (on ne voit que lui sur la pochette), originaire de Rochester, a débuté en 1979 (comme moi, je vous le rappelle), dans une optique résolument réactionnaire, dont il ne s'est jamais départi depuis. Avec "Psychedelic Sunrise", les Chesterfield Kings atteignent peut être leur Graal, un album parfait, hargneux et particulièrement anachronique en 2007. On pense aux Electric Prunes, aux 13th Floor Elevator, à tous les garage bands des années 60 et 70 et bien sûr aux éternels (quoique de moins en moins) Stones (écoutez "Spanish Sun", ce merveilleux pastiche de "Paint it Black"). Et comme le dit ce cher Andrew : « the kids who made good and stayed good ». Emmanuel B.

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