Lawrence : “La pop music n'est pas un sujet de plaisanterie”

17/09/2018, par David Larre | Interviews |
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LAWRENCE

Qu'as-tu fait entre les deux albums de Go-Kart Mozart, qui se sont succédé à six ans d'intervalle ?
Tant que ça ! Non ? Je n'en avais pas conscience. Je suis resté au lit chez moi. A l'intérieur pendant longtemps. Quand on a été largué par EMI, tout s'est mal passé. Pendant longtemps, je n'ai rien fait et je suis resté à attendre. J'avais tellement fait pour Felt, puis pour Denim, que cela m'avait épuisé. J'ai dû faire un long break. De plus, Go-Kart Mozart n'avait pas de musiciens réguliers. Bon, maintenant, je pense que nous allons bosser, sortir des disques plus régulièrement. Ce temps de latence a été beaucoup trop long. Je souhaite que nous fassions maintenant des albums et des tournées plus régulièrement. Denim n'était pas un groupe de tournée, c'était plutôt un projet studio. Avec Go-Kart Mozart, nous allons former un vrai groupe, entrer dans les charts en Angleterre, trouver le succès, passer à la télé, comme n'importe quel groupe normal. Je ne veux plus d'un groupe underground. Je ne veux pas être dans un groupe dont le roadie se défénestre à quatre heures du matin, je veux être dans un groupe normal.

Tu penses que le public est davantage prêt pour ta musique aujourd'hui ?
Pour le moment, nous sommes encore dans un style très underground. Mais il faut que nous jouions plus, que notre musique soit plus diffusée et elle trouvera son public, car nous sommes un bon groupe pop. Ce sont encore des gens qui connaissaient Felt et Denim qui s'intéressent à nous, mais nous ne jouons pas de vieilles chansons, jamais.
Dans quelques mois, nous toucherons un nouveau public et serons considérés enfin comme un nouveau groupe. Et nos vieux fans seront au fond du public, et les nouveaux au milieu et devant.

J'avais cru comprendre que tu envisageais d'enregistrer un jour une version live de certains morceaux de Felt ?
Non, je n'ai jamais dit ça. Quand j'aurai soixante-cinq ans, que j'aurai une carrière comme celle de Kris Kristofferson, je reviendrai peut-être aux vieilles chansons pour les jouer. Mais pas encore, je suis toujours jeune. J'ai trop de nouvelles chansons, il n'y a pas d'espace pour les anciennes. Je pense avoir de quoi faire trois nouveaux albums, je n'ai pas le temps de regarder vers le passé.

De quoi faire trois albums ?
Une des raisons pour lesquelles j'ai arrêté pendant tant d'années est que j'avais vraiment déjà beaucoup de chansons prêtes, de quoi faire trois albums donc, et que je ne trouvais personne pour les sortir. Après Denim, j'avais déjà tant de chansons et de B-sides et je ne savais pas ce que je ferais ensuite. Déjà, là, je pouvais me dire que je pouvais prendre un break, tellement j'avais de matière. Ensuite, il fallait attendre d'avoir de nouvelles chansons.

Quelles sont tes relations avec les labels aujourd'hui ?
Elles sont inexistantes. Les maisons de disques ne savent pas encore que nous existons. Nous allons encore sortir un album cet été, en juin je pense, sur West Midland Records, qui est mon propre petit label, et il sera distribué par Cherry Red. Mais nous n'avons pas de contrat. Après la sortie du disque, nous essaierons de trouver à nous placer sur une major. J'aimerais signer chez Domino, j'aime leur catalogue, mais je ne pense pas qu'il nous aime, en revanche. J'aimerais signer chez des gens sérieux, qui sont prêts à tenter leur chance. Je n'ai pas envie d'être sur un label indie qui sortira deux mille copies. Je veux entrer dans les charts, passer à la télé, être riche et célèbre, vivre en Champagne et de champagne.

Comment sera le prochain album ?
Ce sera l'album le plus poppy que tu aies jamais entendu. Tes premiers mots seront : "I don't believe it " ! Ce sera vraiment commercial et catchy, avec certaines des meilleures chansons que j'ai écrites. Mes meilleures pop songs. Ces chansons doivent être bien produites et mixées, ce qui n'était pas toujours le cas sur les deux premiers albums de Go-Kart Mozart, qui étaient assez expérimentaux, un peu comme si nous enregistrions les B-sides de Denim. Les morceaux pouvaient alors rester assez bruts et ne demandaient pas une qualité d'enregistrement exemplaire. Tout sera différent par la suite.

Et les paroles ?
Elles restent dans mon style, avec un double sens, de l'ironie, du comique et du tragique, de la romance. Faire cet album, c'est comme diriger un film.

Tu as l'habitude de changer presque du tout au tout, d'un projet à l'autre, et dans une moindre mesure d'un disque à l'autre. Est-ce que cela te semble nécessaire ?
Oui, je crois que les gens qui écoutent de la musique et achètent des disques le méritent. Je veux représenter quelque chose d'intéressant et de surprenant pour les gens qui nous écoutent, donner envie de suivre ma carrière comme une suite de rebondissements.

La difficulté, c'est alors de maintenir le public ou d'en trouver un nouveau avec chaque projet différent...
C'est difficile mais c'est ainsi que cela doit être. C'est ainsi que je ressens les choses et je ne me pose pas de question.

Dans une interview, tu disais que tu aspirais à la fois à l'ascétisme monacal et à la beauté superficielle. C'est vraiment compatible ?
Je ne sais pas, ça sonne très bien en tout cas ; ça suffit à faire passer une bonne journée. Bonne citation, vraiment.

A la différence de toi, certains chanteurs qui ont émergé dans les années 80 suivent des parcours un peu plus balisés, je pense à Morrissey qui semble chercher, de disque en disque, à approfondir la même source d'inspiration.
Détrompe-toi. Je pense que sa carrière est plus risquée qu'elle n'en a l'air. Beaucoup de ses chansons sont des hits sans même nécessairement passer sur les grandes radios.

Tu t'imagines travailler pour une pop-star, à l'image de Stephen Duffy pour Robbie Williams ?
Oui, absolument. C'est ce que je veux. J'espère que ce n'est pas la seule voie, cependant. Mais bon, je me verrais bien faire équipe avec quelqu'un qui est déjà riche et célèbre. J'écrirais juste les chansons, ou j'aiderais à faire un album. Je ferais ça pour l'argent, sans aucun problème. Mais j'imagine que ce n'est pas le genre de chose qui se planifie vraiment et je ne vois pas avec qui je pourrais travailler. Si cela arrivait, ce serait fantastique. J'adorerais.

Tu pourrais chanter pour d'autres musiciens ?
Non, ça, je ne peux vraiment pas. Je ne chante que pour mon groupe. Beaucoup de gens m'ont déjà demandé, mais sans succès. Je ne le ferai jamais. Je n'aime pas ça.

Propos recueillis par David Larre, également responsable involontaire des photos.
Introduction par Vincent Arquillière.
Merci à toute l'équipe de Magic! et à Faustine en particulier.

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