La Route du rock - Collection été 2014

20/08/2014, par , Matthieu Chauveau et | Festivals |
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Samedi 16 août

pegase

Invité à se produire dans l’après-midi sur la plage Bon-Secours, Pégase a plus de chance que ses prédécesseurs Johnny Hawaii et Aquaserge : il joue sous un ciel bleu et un grand soleil. Le cadre idéal pour la synth-pop inspirée et “post-New Order” des Nantais, souvent rêveuse, parfois plus énergique, qui séduit un public mêlant hipsters en maillot de bain et touristes curieux.

perfect pussy

Venus de Syracuse, dans l’Etat de New York, les cinq membres de Perfect Pussy, qui ouvrent cette dernière soirée sur la petite scène, affichent un look en accord avec leur musique : tatouages et poils sous les bras, y compris pour la chanteuse/hurleuse. Visiblement, ils n’aiment pas faire long : leur concert pied au plancher dure 25 minutes, à peu près la durée de leur premier (mini-)album. Mais hormis, donc, la présence d’une femme au micro et d’un musicien dédié aux machines (qui finira le set seul, à triturer ses boutons), le groupe ne renouvelle pas beaucoup les fondamentaux hardcore. (V.A.)

 Mac Demarco

Après le rock vraiment sale et tout à fait bruyant de Perfect Pussy, place à la pop faussement branlante et presque caressante de Mac DeMarco. Le Canadien débarque sur la grande scène du fort comme il le faisait sans doute dans des petits rades de Vancouver il n’y a pas plus de deux ans : une canette de bière dans chaque main, dont une qui lui mousse joyeusement à la figure - cette figure traversée du sourire farçeur découvrant ces dents du bonheur qui ornait déjà son deuxième et impeccable album, "2". Casquette "Viceroy" vissée sur la tête, tee-shirt Simpsons informe, vieille paire de Vans aux pieds, Mac est accoutré comme ses chansons : à l’arrache mais avec une classe ultime. La classe du faux branleur, de l’autoproclamé dilettante – plus sérieux qu’il n’en a l’air, en fait... "Salad Days", "Blue Boy", "Ode to Viceroy" (oui, la marque de clopes qui orne sa casquette est avant tout l’un des meilleurs morceaux du Canadien), "Brother", "Chamber of Reflection" (l’une des plus belles chansons de 2014, si vous voulez mon avis), les pop songs envoyées par DeMarco et ses trois potes tiennent sacrément bien la route… du rock. Avec un son plutôt faiblard et une musique de toute façon franchement pas rentre-dedans (de la jangle pop révisée à la mode slacker, pour faire vite), le groupe tient son public en haleine, même quand le bassiste massacre "Yellow" de Coldplay pendant que le maître de cérémonie se bat pour réaccorder les cordes de sa guitare de fortune. Et puis, DeMarco termine son concert par le plus beau slam qui soit (oui, on aime bien les slams, ici…), traversant quasiment l’ensemble de la foule, ce sourire débile (et une énième clope) toujours aux lèvres. Bref, le concert le plus coolos du festival. (MatCh)

Baxter Dury
Pas revu sur scène depuis la Route du rock hiver il y a deux ans et demi, Baxter Dury n’a rien perdu de sa coolitude qui confine parfois à la nonchalance et à la désinvolture – un peu moins que son prédécesseur, tout de même. Bien accompagné, notamment de deux charmantes choristes (dont la Française Marie Flore), le quadra vient présenter quelques morceaux d’un quatrième album imminent, et bien sûr les petits classiques de “Happy Soup”, voire des morceaux plus anciens (“Cocaine Man”). Pas mal de monde sur scène, mais un son dépouillé, une esthétique du “less is more” qui met en évidence l’aisance mélodique du Londonien dont le dandysme semble toujours au second degré (comme l’était, on suppose, un jet de soutien-gorge, puis de diverses frusques sur scène, par des spectateurs). C’est un peu la limite de l’exercice, d’ailleurs : tout ceci est agréable, mais manque un brin de passion.

Toy

C’est une autre tradition britannique que représente Toy, sur la scène des Remparts : un rock hypnotique, aux sonorités brumeuses, qui ne lésine pas sur les effets. Heureusement, la rythmique inflexible, d’inspiration krautrock, et des mélodies solides empêchent les morceaux de virer à la jam psyché informe, même quand les Anglais rallongent la sauce. Là aussi, on peut penser à des groupes du début des années 90, genre haut de tableau de D2 (quelqu’un se souvient-il de See See Rider et des Werefrogs ?). Aidé par un son puissant et enveloppant, Toy offre sans doute l’un des meilleurs concerts de cette édition, malgré une interaction limitée avec le public (les cheveux devant les yeux, c’est vrai que ça n’aide pas). (V.A.)

temples

Temples, c’est un peu (beaucoup ?) comme Tame Impala : plutôt impressionnant sur disque – dans le genre honnête ersatz de groupes d’antan – grâce à une production bluffante, mais franchement limite sur scène à cause, justement, de cette volonté affichée de recréer à tout prix le son millimétré des studios. Bref, il y a moyen de s’ennuyer ferme devant un live des Anglais... Pourtant, à l’instar de Tame Imapala l’an dernier, la foule est dense pour le concert de Temples. OK, c’est carré, c’est très bien joué… mais pourquoi des gars de vingt balais se fringuent, se coiffent (ces grosses touffes bouclées, c’est juste pas possible !) comme dans les années 70 et pompent à tout-va Pink Floyd et la scène psychédélique de l’époque sans, d’une manière ou d’une autre, inscrire ça dans une histoire contemporaine ? Tame Imapala a eu la chance de bosser avec le sorcier du son Dave Fridmann (The Flaming Lips, Mercury Rev) et, comme ce n’est pas le cas de Temples, il ne reste pas grand-chose à sauver dans leur musique… Le concert des Anglais vu par votre serviteur, affamé en cette nuit tombante ? Le moment idéal pour aller commander une galette-saucisse – il n’y a miraculeusement plus de queue aux stands ! (MatCh)

cheveu

La réussite d’un concert de Cheveu dépend généralement de la réactivité du public, parfois cueilli à froid par un son volontiers boiteux et agressif. Ce ne fut pas le cas ce soir-là, et au-delà des échanges de verres en plastique et de boissons diverses (eau, bière, rosé…) entre les spectateurs et le groupe, on peut affirmer que des fluides moins matériels ont circulé. Certes, le trio français, capable d’arrangements surprenants sur disque (cordes, chœurs…), livre ici la version la plus brute et viscérale de son électro-garage-punk. Et si c’est un peu assommant sur la longueur, reconnaissons que c’est sacrément efficace. Dans le public, une poubelle slamme (?!), bientôt imitée par David Lemoine, le chanteur, et tout finit de la meilleure des façons, c’est-à-dire dans l’absurde et le boucan.

Jamie XX

On redescend gentiment avec le live/DJ set de Jamie XX (sélection impeccable, dont des remix de son propre groupe, mais pas grand-chose à voir), regagnant nos pénates avant l’ultime concert, celui de Todd Terje. Rendez-vous est d’ores et déjà pris pour l’année prochaine. Faudra juste qu’on pense à nettoyer les bottes d’ici là. (V.A.)

Les photos prises avec un vrai appareil sont de Vincent Le Dœuff, les autres sont de personnes diverses, merci à elles.

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