La Route du rock - Collection été 2014

20/08/2014, par , Matthieu Chauveau et | Festivals |
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Vendredi 15 août

Cheatahs

Pour des raisons peu compréhensibles, l’entrée du site (dont une partie a été recouverte de la paille par les agriculteurs du coin) n’est pas encore ouverte au gros des festivaliers à l’heure du premier concert. Du coup, les Cheatahs commencent à jouer à 18 h 30 sur la scène des Remparts devant une poignée de privilégiés (presse et autres) qui ont pu entrer. Les retardataires malgré eux n’auront cependant rien manqué d’inoubliable. Le groupe (deux guitares, basse, batterie) se contente de recycler avec une certaine habileté mais sans grande originalité la noisy-pop britannique et l’indie rock américain du début des années 90. Une bonne entrée en matière, néanmoins, pour cette soirée où sont programmés deux groupes apparus dans cette décennie.

Anna Calvi

Sur la grande scène, Anna Calvi livre un concert nettement plus flamboyant, sans grandes surprises (à peu près la moitié de chaque album et sa version de “Jezebel” en clôture ; rien de de son récent EP de reprises, en revanche), manquant un peu d’aspérités, mais où l’on apprécie une fois de plus sa voix et son jeu de guitare exceptionnels. Toujours à la limite d’en faire trop, elle reste heureusement du bon côté de la barrière, alternant intelligemment moments fougueux et accalmies. Elle sourit et remercie le public davantage qu’à l’accoutumée : l’effet festival ?

protomartyrs

De tous les nouveaux groupes bruyants et énervés programmés cette année, Protomartyrs fut le plus convaincant. Ce n’est pourtant ni le plus jeune, ni le plus sexy, ni le mieux habillé, ni même le plus charismatique, mais le public est captivé dès les premièrs minutes par cette rage froide venue de Detroit, ville en faillite hier spécialisée dans la production de voitures, de soul et de rock hargneux. Cependant, c’est moins les Stooges et le MC5 que les Protomartyrs rappellent, que le post-punk enfanté par d’autres cités (post-)industrielles, de Pere Ubu (Cleveland) à The Fall (Manchester). Contrairement à d’autres, le groupe ne donne pas dans la surenchère sonore : chaque instrument est clairement audible et identifiable, comme la voix de baryton du chanteur Joe Casey. Derrière ses lunettes noires, celui-ci fait penser à un Matt Berninger prolo ; on doute quand même qu’avec une musique aussi sèche et désespérée, Protomartyrs remplisse un jour les salles comme The National.

Groupe un peu négligé dans les années 90 (voire méprisé à ses débuts), Slowdive connaît une belle postérité et est aujourd’hui cité comme une référence par de nombreuses formations couvrant un spectre assez large, du rock à l’électro ambient. Le moment idéal pour une reformation avec les membres originels, donc. Arrivés sur scène avec l’atmosphérique “Deep Blue Day” de Brian Eno en fond sonore, les Anglais ne quitteront pas ces hautes sphères durant une heure. Revisitant l’ensemble de leur discographie en une dizaine de morceaux (en mettant l’accent sur les tout débuts et sur l’album “Souvlaki”), clôturant leur set par une relecture de plus de huit minutes du “Golden Hair” de Syd Barrett, le groupe de Neil Halstead et de la très souriante Rachel Goswell nous immerge sous des vagues de son dans lesquelles se noient les voix, comme au bon vieux temps. Mais au-delà de la nostalgie chez les spectateurs assez vieux pour avoir écouté le groupe il y a vingt ans, cette musique qui ne courait pas tant que ça après les modes de son époque a remarquablement bien vieilli.

portishead

Portishead peut prétendre à la même immortalité. A chaque festival où il se produit, le groupe tend à faire oublier le reste de la programmation tant il la dépasse de plusieurs têtes. C’était déjà le cas à Beauregard début juillet, ce le fut encore au fort de Saint-Père. Question de moyens, peut-être (long changement de plateau avec une noria de techniciens, projections en fond de scène), mais surtout de musique. Celle de Portishead a beau être plutôt sombre et austère, son pouvoir de fascination ne s’est pas démenti depuis la sortie de “Dummy”, il y a tout juste vingt ans. Pas besoin de beaucoup de paroles pour emporter l’adhesion d’un public tout acquis à sa cause. On apprécie néanmoins que le guitariste Adrian Utley, toujours classe, vienne rappeler au micro avant le rappel que le groupe s’était déjà produit à la Route du rock il y a seize ans (!), jour pour jour (on y était !). Franchement, des groupes programmés à l’édition 98, combien existent et passionnent encore ? Quant à Beth Gibbons, elle descendra de scène pour venir serrer les mains des premiers rangs sur le dernier morceau : on a beau être habitué à force, c’est toujours aussi touchant.

Les programmateurs nous avaient prévenus : Metz, c’est du brutal. Attendant un burger-frites (trop de queue aux galettes, toujours aussi bonnes), dos à la scène, on aura peu vu les Canadiens, mais on les aura bien entendus, les bouchons profondément enfoncés dans les tympans. Le power trio ne fait pas dans le détail, pour le plus grand plaisir des pogoteurs qui auront été bien servis cette année. (V.A.)

Liars

Les Liars ont beau souvent diviser, tout le monde s’accordera quand même à dire que ce groupe se réinvente constamment et dégage une présence scènique toujours dévastatrice. Comme toujours habillé de blanc, Angus Andrew arrive cagoulé d’une sorte de gros bonnet péruvien et déambule, court, chante, beugle, dévore son micro. Sur des rythmes de techno martiale, le trio assène une dance électro hypnotique toujours aussi stupéfiante. Angus enchaîne quelques formules qui font penser à des cris de ralliement d’une génération désabusée, l’héritage punk est une nouvelle fois assumé. Un set puissant et efficace des New-Yorkais, qui sera suivi par une “chenille” géante (improbable quoique prévue de longue date) sur le génial morceau “Les Jaloux Saboteurs” de Maître Gazonga passé par les indispensables DJ’s maison, les Magnetic Friends. (V.L.D.)

Programmés à 2 h 45, les trois Allemands électro de Moderat arrivent sur scène avec un quart d’heure de retard, alors que la fatigue commence à se faire sentir. Trop pour rester jusqu’au bout de leur set, qu’on quitte au milieu alors qu’il devient de plus en plus prenant, grâce à une enfilade de titres chantés aux réminiscences new wave. A revoir dans de meilleures conditions, donc. (V.A.)

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