Kill Your Pop Festival #9, 10-15 avril 2012, Dijon

26/04/2012, par Maéva Pensivy | Festivals |
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Vendredi 13 : "On venait ici quand on était petits"

Premier concert à 18h à l'hôtel de Vogüe, magnifique construction datant du XVIIème siècle, et première formidable découverte de ce festival : le bidouilleur de génie instrumental space hip hop Shigeto (signature du fort recommandable label Ghostly International), accompagné pour la première fois du rappeur de Detroit Selfays.

Shigeto & Selfsays @ Hôtel de Vogüe, 13/04/12

Le duo commence par un set rap old school so fresh and so cool, pendant lequel Selfsays déroule un flow rapide et précis, tout en se faisant des copains dans le public.

Selfsays @ Hôtel de Vogüe, 13/04/12

Shigeto se retrouve seul aux manettes pour la deuxième partie, mélange de samples électro-hip hop et de batterie, construisant avec une science du rythme exact un échafaudage sonore lorgnant parfois vers le jazz expérimental quand la batterie entre en jeu.

Shigeto @ Hôtel de Vogüe, 13/04/12

 

L'ambiance est plus feutrée pour le concert privé en appartement de Molly Nilsson. Le lieu est incroyable (on découvrira après le concert le loft du rez-de-chaussé où sont logés nos camarades d'Hartzine et des Balades Sonores), et le public assis partout dans la pièce écoute religieusement la pop claire-obscure de la suédoise.

Molly Nilsson Houseshow, 13/04/12 

Molly Nilsson Houseshow, 13/04/12

Avec une platine CD pour tout accompagnement, Molly Nilsson nous livre plusieurs extraits de son dernier album, History, dont l'envoûtant "I Hope You'll Die", tube cold wave aux paroles cheesy dépressives ("I hope you'll die / by my side, the two of us at the exact same time"). Perchée sur des gros godillots à talons compensés, Molly danse et parle entre les morceaux, raconte que toutes ses chansons ne parlent pas d'amour (il y en a même une sur les problèmes fiscaux en Europe si je me souviens bien).

Molly Nilsson Houseshow, 13/04/12

Au moment du technoïsant "City Of Atlantis", je me rappelle que la Scandinavie fut un des berceau de l'eurodance au milieu des années 90 : je me retrouve en salopette, des trous aux genoux, une K7 de Cindy Lauper dans mon walkman. J'ai dix ans, je veux devenir pote avec la fille goth platine de Morrissey et d'Ace Of Base pour crâner devant mes copines à la récré. Je nage en plein trip régressif alors que le jeune homme à mes côtés, qui a lui passé son adolescence à écouter du Sebadoh et du Pavement désapprouve complètement, en râlant contre ce dispositif minimaliste. C'est vrai que tout cela manque un peu d'instruments et de groupe pour donner du corps à l'ensemble.

Molly Nilsson Houseshow, 13/04/12

On rejoint ensuite La Vapeur (le Zénith dijonnais) pour la soirée co-produite avec Take Off, toute jeune association dijonnaise tournée vers les arts numériques. Le premier groupe de cette soirée, Edimbourg, est un duo de jeunes parisiens from Dijon, une fille et un garçon avec un fort potentiel sympathie malgré leur penchant rétromaniaque ad lib. Ces (très) jeunes gens modernes peuvent en effet passer de prime abord pour de simples clones/enfants de the XX (pour ceux qui suivent, Edimbourg est donc le revival 00s de revival 80s de ce festival).

Edimbourg @ La Vapeur, 13/04/12

Platform, slim et bombers, le dresscode est également de rigueur. Mais ils parviennent à se hisser au dessus de la parodie avec une musique qui mêle sans complexe tout ce qui a dû bercer leur enfance, du romantisme goth de Jesus and Mary Chain aux chorées boys-bandesques des samedis matins passés devant le Hit Machine.

Edimbourg @ La Vapeur, 13/04/12

Edimbourg @ La Vapeur, 13/04/12

"On est hyper contents d'être ici ce soir, on venait ici quand on était petits" lâchent-ils en fin de concert devant un parterre de jeunes filles en fleur visiblement groupies de la première heure. On vous avait dit qu'ils étaient gentils.

Turzi, lui, n'est pas là pour être gentil et le fait savoir dès les premières minutes de son expérience électronique, où il torture une guitare avec un archer avant de se retrancher derrière sa forteresse de synthés analogiques. Il n'y aura pas de montée ni de descente dans son set, juste un voyage spatial entre kraut, psychédélisme et électro rétrofuturiste.

Turzi Electronique Experience@ La Vapeur, 13/04/12

On se laisse parfois gagner par ses mélodies atmosphériques, comme lorsqu'il exhale "domination, soumission, possession" sur le morceau Connaissance, mais c'est comme 2001 l'Odyssée de l'Espace, à la fin je m'ennuie. Alors mon esprit divague et dans le bruit assourdissant des machines, je pense gros cylindres, course et crash automobile et je me dis que ce concert accompagnerait très bien une projection de ce film étrange et hypnotique où Steve McQueen court les 24 heures du Mans. Un film qui n'en finit jamais, un peu à l'image de ce set qui use notre patience.

Turzi Electronique Experience@ La Vapeur, 13/04/12

L'excitation revient avec l'arrivée sur scène de la légende Peter Kember a.k.a Sonic Boom, ex-Spacemen 3, Spectrum, camarade de jeu de Kevin Shields dans Experimental Audio Research (EAR) et producteur de MGMT et Panda Bear (entre autres).

Sonic Boom @ La Vapeur, 13/04/12

Malheureusement, pour cause de mauvais retour et de porte qui ferme trop bruyamment, monsieur Sonic Boom tire la tronche pendant tout son concert, peinant à partager sa musique avec le public. On s'accroche aux (trop rares) morceaux hantés par sa belle voix caverneuse, mais le cœur n'y est pas.

Sonic Boom @ La Vapeur, 13/04/12

Notre baromètre de la soirée, un trio amoureux sous substance chimique kawaï qui se déchaînait langoureusement quelques heures auparavant, est lui aussi en pleine descente. L'un d'eux erre dans les couloirs de la Vapeur à la recherche des deux autres en murmurant "vous allez où les copains?". Trop de mauvaises vibrations, me souffle-t-on à l'oreille. Sonic Boom se barre en plein set pour fumer une clope. "Tu vas où Peter ?".

Sonic Boom @ La Vapeur, 13/04/12 

La fin de soirée est sauvée par Fancy Mike, deuxième claque du jour et vengeur masqué du dancefloor de la Vapeur quelque peu délaissé par le public. Camouflé derrière un masque d'Obi-wan Kenobi (version Clone Wars, ne nous excitons pas), ce beatmaker génial électrise les (quelques) danseurs avec un mix lourd et vicieux. L'Américain réside à Lyon en ce moment, on attend donc de le revoir avec impatience.

Fancy Mike @ La Vapeur, 13/04/12

Fancy Mike @ La Vapeur, 13/04/12

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