Kid Francescoli - Interview

24/09/2007, par Vinnie Terranova | Interviews |
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DE LA CREATION

Au niveau de la composition, ça vient de tout ce que tu as écouté depuis que tu t'intéresses à la musique. Pour les arrangements et la façon de produire un morceau, j'ai vraiment l'impression qu'il faut que tu écoutes des choses intéressantes tout de même. Au départ, tu as les mélodies qui te viennent. Tu les enregistres, aux guitares, aux claviers, puis les mélodies de voix. Viens ensuite une façon de produire le morceau. A l'origine, tu mets un rythme basique et après tu découvres un disque où un artiste qui te plaît beaucoup et ça te donne trois ou quatre façons de produire le morceau. Après, il faut trouver un truc qui sonne d'une manière qui peut être intéressante à écouter et qui soit pertinente. Pour le deuxième album, j'arrive très bien à voir que sur les trois morceaux qui sont finis, il y a un morceau qui est influencé, sans avoir la prétention d'être à leur niveau, par les Chemical Brothers avec Hope Sandoval ("A Sleep From A Day") et par "Obstacles" de Syd Matters. Un morceau plein de nappes de synthé, d'arpèges de guitares et qui décolle sans jamais vraiment décoller. Un autre titre avec un couplet à la Sparklehorse et le refrain qui se veut un peu "mur de guitares" à la M83. Un troisième est clairement influencé, au niveau des accords, par Ennio Morricone et pour la production par un truc comme le Air de "Virgin Suicides", et Sébastien Tellier ; cette atmosphère un peu "grenier" de l'album blanc des Beatles, un peu poussiéreuse.

On pouvait reprocher à ton premier album d'être trop respectueux des ses influences. Est ce que sur le deuxième ça va évoluer ? Ce que tu as dit précédemment montre plutôt le contraire : on sent que tu es un véritable amateur de musique.
C'est ça le problème. Je ne sais pas comment prendre de la distance par rapport à ça. Je pense que je pourrais le faire mais je ne vois pas ce que ça pourrait impliquer sur ma façon de composer ou de produire le fait d'être irrespectueux ; me dire "là, c'est trop respectueux de Virgin Suicides, il faut que je fasse un truc qui aille à l'encontre".

Tu t'inscris plus dans une optique d'artisan ?
La façon dont les morceaux naissent est la suivante : je tiens une mélodie qui me plaît, je sais qu'elle pourra donner naissance à un morceau et après, j'y reviens de manière un peu fainéante en me disant "non, mais là c'est pas bon". Je gratte en sachant très bien que ça va pas aller. Et puis en écoutant un disque dans ma voiture, j'ai souvent le déclic. Les morceaux sur lesquels je suis en train de travailler actuellement, j'ose espérer qu'au niveau de la production se sera clairement la pop-western de Lee Hazlewood ainsi que les beats, les samples et les rythmes du Wu-Tang Clan. Le Wu-Tang j'aime pas tout parce que de toute façon, ils ont 15 000 projets solo. Je n'ai pas la prétention de dire que je suis un fan du Wu-Tang parce que je ne connais pas tout. Mais leur premier album, je l'aime autant que "Moon Safari" de Air. Je le connais presque par coeur et je sais que je pourrais utiliser certains de leurs beats sur mes prochains morceaux. J'ai aussi trouvé extraordinaire, surtout au niveau de l'inspiration et de la production, un disque qui est sorti l'année dernière : l'album de Peter Von Poehl avec qui on a joué au Tryptique. Lui, il est typiquement dans la veine cinématographique. Mais pourquoi personne ne dit que Peter Von Poehl ressemble à Air et à Ennio Morricone ? Parce que, lui, il est peut être moins respecteux que moi. Il fait tout pourtant : il a le son de batterie un peu étouffé, il finit avec le solo de saxophone, comme un clin d'oeil. Et sur le dernier morceau, il y a tout Ennio Morricone : les envolées avec les cuivres, les cordes. Ça, c'est vraiment quelque chose sur lequel j'essaye de travailler en ce moment.

Où en es-tu du deuxième album ?
J'ai fini les démos de trois morceaux pour lesquels il faut réenregistrer les guitares, les voix, mais au niveau de la structure et de la production il n'y a plus rien à amener. Je suis en train d'avancer pour arriver à l'état de démo sur quatre autres. Ceux là, ils seront dans cette veine là. La piste pour les suivants, ce serait quelque chose dans le style de Moondog.

Si tu devais emmener trois disques sur une île déserte ?
"The Sophtware Slump " de Grandaddy, l'album blanc des Beatles, "Enter The Wu Tang 36th Chambers" du Wu-Tang Clan. C'est compliqué parce qu'il y a "Pet Sounds" , "Smile", ça dépend des moments. En fait, le truc dingue, c'est l'album blanc des Beatles. Dans les vieux albums, tu as toujours les mêmes qui reviennent : les albums de Love, du Velvet... Mais l'album blanc des Beatles, c'est comme avec les groupes dont tu es vraiment fan. Tiens, c'est comme pour Sonic Youth, même si j'ai un peu laché depuis : "Daydream Nation", "Goo", "Dirty" et "Experimental Jet Set Trash", ces quatre albums j'étais toujours à fond dessus. En fait, c'est un peu pareil que les Beatles : tu te mets un morceau comme ça pour écouter et après tu écoutes tout l'album et tu te fais la cure pendant une semaine. L'album blanc des Beatles, il y a toujours des trucs super douteux mais quand tu l'écoutes, c'est un voyage. C'est dingue de passer par tous ces états dans un disque. Surtout, sur le deuxième disque tu as d'affilée "While My Guitar Gently Weeps", "Happiness is a Warm Gun" et "Martha My Dear". En un quart d'heure, tu as toute l'histoire de la pop music.

Des compos en français ?
Non.

Pourquoi ? Les influences anglo-saxonnes sont trop fortes ?
95 % de la musique que j'écoute est en anglais. Il y a toutefois un morceau français que je vénère : "Boomerang" de Gainsbourg par Gonzales avec Feist. J'ai une admiration sans borne pour ce morceau. C'est le St Graal. Dedans, il y a le gimmick qui en fait presque un truc de variété que tout le monde peut siffler mais c'est tellement inspiré et respectable au niveau de la mélodie. C'est quand même un peu sexy, ça a la classe un peu à l'anglaise, un peu à l'américaine.

Il faut quand même éviter d'être le groupe français qui fait du Gainsbourg ?
C'est ce qui est dur. Quand tu fais de la musique et que tu te compares au truc que tu aimes, tu es tout le temps ridicule. Quand tu essayes d'écrire un truc en français et qu'après tu écoutes Gainsbourg ou Brassens ou Brel... Une des raisons pour lesquelles je n'écris pas en français, c'est que je suis loin d'avoir le background et le niveau d'écriture. Je ne lis pas beaucoup. Je n'ai jamais été super à l'aise avec la langue. En cours, j'ai toujours été plutôt porté vers les sciences, la technologie que vers les lettres. C'est même pas te frotter aux grands écrivains mais c'est te frotter à la malice, au sens de la formule et à l'humour de Brassens et de Gainsbourg. C'est impossible. Ça sonne, au niveau des rimes, et les textes te font sourire sans que ça vire à Patrick Sebastien. C'est le pop art ultime. C'est d'un niveau trop élevé pour moi.


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