Kent - Interview

23/04/2008, par Frédéric Antona | Interviews |
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Pour revenir à "L'Homme de Mars", vas-tu partir en tournée pour défendre l'album ?

J'adorerais faire l'album intégral sur scène, avec les cuivres. Je voudrais arriver sur scène et jouer 50 minutes non-stop, comme ça et après faire d'autres chansons. Mais... ça coûte cher. C'est très con, mais si le disque marche, je pourrai le faire, mais s'il ne marche pas, je ne pourrai pas le faire. Si ça ne se fait pas, je ne sais pas, si j'ai envie de partir, je partirai seul, avec ma guitare, je ferai autre chose. Mais je trouve ça bête de ne pas essayer d'aller au bout de cette idée. D'abord parce que je ne l'ai jamais fait et j'aimerais bien aujourd'hui, aller à un spectacle et voir 50 minutes non-stop, j'adorerais. Comme les Who qui jouaient "Tommy" en intégralité, ou Lou Reed avec "Berlin" récemment. C'est dans l'air, il y a une envie, car c'est devenu tellement commun de faire des concerts aujourd'hui, il n'y a jamais eu autant de groupes, de chanteurs, de concerts. En ce moment, je suis en rejet de ça, il y a très peu de concerts que j'arrive à tenir de bout en bout, il y a toujours un moment d'essoufflement, même si je suis content dans les premières minutes. Je préfère ne pas aller aux concerts, ou bien les choisir.

Y a-t-il des disques qui t'ont récemment intéressé par leur démarche ?
Pendant l'élaboration de l'album, j'ai passé plusieurs semaines, plusieurs mois dans mon atelier, et là, j'ai bouffé de la musique. C'est l'avantage quand tu dessines, les oreilles sont libres. J'ai descendu ma discothèque d'abord et je suis allé chercher ailleurs aussi. J'ai écouté des trucs nouveaux, et je suis tombé sur quelqu'un que je connaissais, mais de manière un peu lointaine, Dominique A. C'était le dernier album ("Sur nos forces motrices", ndr), qui m'a fait remonter sur des choses que j'avais chez moi et que je n'écoutais pas. Et du coup, j'ai acheté tous ses disques (rires). Et ça s'est fini en beauté, car il passait à Paris, à Beaubourg, pour trois soirs, je rendais mes planches à ce moment-là. Pour fêter ça, je suis aller le voir, et c'était super. J'avais enfin découvert ce mec. A côté, j'ai des trucs récurrents, je suis un fidèle des Nits, d'Einstürzende Neubauten, de Joe Jackson... "Rain" sort, je l'achète, j'ai rien entendu, je m'en fous. Les Fratellis, aussi, mais ça me distrait, ça ne m'emballe pas au point de les écouter tous les jours. J'ai aussi acheté le bouquin de Philippe Robert ("Rock, pop, un itinéraire bis en 140 disques essentiels", éditions Les mots et le reste, ndr), j'ai dévoré ce bouquin, content de retrouver des disques que j'avais, qui n'étaient pas connus et qu'il aimait aussi, et je me suis également fait une petite liste, sur laquelle il y avait le disque de Richard Harris, "A Tramp Shining". Et quand on a décidé avec Fred Pallem de se lancer dans la voie orchestrée, j'ai reçu le disque, et je suis tombé sur le cul, j'ai appelé Fred en lui disant que c'était exactement dans l'esprit de ce qu'on voulait donner à notre disque. Il y aussi le groupe allemand Blumfeld, un groupe allemand introuvable en France et qui pourtant a fait un bon nombre d'albums, avec un chanteur qui ose des textes récités sans musique en ouverture de ses disques. Sinon, il y a aussi des autoproductions. Il y a une fille qui vit à Berlin, Corinne Douarre, que je connais un peu car j'avais chanté avec elle à Berlin il y a quelques temps, on s'était croisés et on s'était dit qu'on pourrait peut être faire un truc ensemble. Elle vient de sortir un nouveau disque "Ciel XXL", qui n'est pas sorti en France et n'a pas de distributeur ici. Je pourrais être parfaitement subjectif et dire que c'est bien parce que je la connais, mais ça me plaît beaucoup. Ils sont deux sur scène, elle qui chante et son gars qui joue. C'est bizarre parce qu'on pense d'abord que c'est mièvre et en réalité, ça ne l'est pas, c'est très marrant. Ça me plaît.

Ton disque, qui réhabilite l'objet en cette période de dématérialisation, marque clairement une démarche à contre courant de ta part. Toi-même, es-tu un collectionneur de disques, d'objets artistiques ?
Oui, en effet, j'en ai beaucoup, j'aime quand l'objet est beau parce qu'au moins je le garde plus facilement. Par exemple, les CD, je les place dans des petites pochettes, avec leurs livrets ; si l'objet n'est pas beau, je ne vais pas m'encombrer d'une boîte. Je suis aussi collectionneur dans le sens où, quand un artiste m'interpelle, je vais écouter un disque qui me plaît, je vais en écouter un autre et s'il me plaît aussi, il me faut tout, même les mauvais. C'est mon côté un peu excessif de collectionneur. Quand je fais mes disques, je fais des disques que j'aimerais avoir, l'idée principale est là, je suis mon premier consommateur. C'est pour ça que j'aime bien suivre de bout en bout la réalisation d'un disque, pas seulement au niveau sonore, mais au niveau fabrication. Sur le nouveau disque, je suis allé jusqu'au choix du papier, la reliure, ce sera cartonné comme ça... C'est super, j'adore ça. Je pense que je vais continuer dans cette voie, que cet album est le premier d'une nouvelle façon d'aborder la musique. Je me rends compte que ça ne me satisfait plus de faire uniquement des chansons et d'avoir l'impression de mettre un frein à quelque chose. Dans mon dernier roman, "Vibrato", qui se déroule dans le milieu musical et raconte l'histoire de groupes et de chanteurs, comme j'inventais les personnages et ce qu'ils faisaient, j'entendais la musique qu'ils pouvaient faire. Le bouquin est sorti, je n'ai pas eu le temps de faire la BO. On m'aurait dit "le bouquin sort dans six mois", j'aurais fait la BO, c'était trop tentant. Je pense que je vais continuer dans cette démarche, je prends plaisir à faire ça, autant marier tout ça et faire plaisir aux gens de la même manière.

Propos recueillis par Frédéric Antona et Julien Bourgeois. Photos Julien Bourgeois.
Merci au café Le Mistral.

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