Judo - Interview

02/12/2011, par Matthieu Malléjac et Rémi Mistry | Interviews |
  • Facebook
  • Twitter
| permalien

3. Montecarl – "File"

H.B : Montercarl. Ah ah, c'est le son de Los Angeles ! (ndlr : le groupe a enregistré son seul et unique album aux Etats-Unis). Avec Stéphane, nous nous sommes rencontrés en 1991 au studio Ornano à Paris. Je montais un groupe à l’époque, j'ai passé une petite annonce et Stéphane a répondu tout simplement. C'était un groupe qui s’appelait Wiquid Liquid. Après, il y a eu Cosmos 2000, puis j'ai beaucoup tourné dans la scène reggae. Je ne faisais pas encore de batterie mais du clavier. Nous avons aussi joué dans pas mal de formations reggae avec des Africains, notamment Digital Moko. Nous avons continué à apprendre notre métier, à faire de la musique ensemble. Moi je suis ensuite parti sur un autre projet en Angleterre et en revenant ici j'ai monté Montecarl. J’avais besoin d'un guitariste donc j’ai immédiatement pensé à Stéphane. Le groupe a démarré, nous avons signé un contrat avec Warner. Nous avons vendu un peu de disques et nous avons surtout tourné, notamment avec Nada Surf. C'est à ce moment que nous nous sommes fait repérer par Rock & Folk et donc par Philippe Manœuvre qui nous a fait un six pages dans le magazine. A cette époque, il étouffait. C'était en pleine période house music et techno voire hip hop et nous jouions du rock garage. Il y a vu une bouffée d’air. Donc, petit succès d'estime.


4. Bertrand Burgalat Meets A.S Dragon – "Follow Me"



Ensemble : Le live avec Bertrand Burgalat.
F.J : De Bertrand Burgalat, au début je connaissais son disque avec Valérie Lemercier dont j'étais assez fan. Je venais de Suisse où j'avais déjà sorti un disque solo. J'en préparais un deuxième et faisais la tournée des labels à Paris. J’ai été l'apporter chez Tricatel. Ils m’ont rappelé le soir même en me disant : "super tes maquettes mais qui joue la basse ?". C’était moi. Ils faisaient une audition pour monter un groupe pour la tournée de Houellebecq. A l'époque, c'est Peter Von Poehl qui coordonnait tout ça, c'est lui qui nous castait.
H.B : Nous venions de splitter avec Montecarl et il y a quelqu’un de chez Tricatel  qui nous a appelés car il avait vu le groupe en concert. Ensuite, il ne restait plus qu'un clavier à trouver. Bertrand a pensé au clavier de Kojak, Michael Garçon.
F.J : Tricatel avait réalisé le disque de Houellebecq avec le groupe Eiffel qui a fait quelques tournées d'été, des plages. Et puis, Eiffel est parti faire son premier album donc il leur a fallu trouver un nouveau groupe en catastrophe. Après quelques soirées Tricatel de rodage, nous sommes partis sur les routes tous ensemble et ça a collé immédiatement. C’était assez magique, un bon souvenir. Au début, c’était juste pour six ou sept dates et au final nous avons bossé pendant presque trois ans. Bertrand était super enthousiaste et nous disait : "je vous signe ! On va devenir la Stax et vous serez l’orchestre maison !" Les projets se sont enchaînés : les disques d'April March, Count Indigo…
H. B : Il y avait beaucoup d’improvisation sur scène. C'est la façon de faire de Bertrand Burgalat, c'est fantastique de bosser avec lui. C'est quelqu'un qui libère les gens. Y compris en studio. Pendant nos premières répétitions ensemble, nous étions tous très sérieux parce que l’on ne se connaissait pas bien. Et puis le premier jour de la tournée, Michael Garçon a balancé une grosse connerie et c’était parti : l’atmosphère était détendue pour toujours.
F.J : C’est vrai que pour les premières répétitions, nous étions hyper concentrés parce que les compositions étaient quand même tordues ! Il fallait vraiment se concentrer pour apprendre et comprendre les lignes de basse géniales de Bertrand. Sinon, oui il y avait beaucoup d’improvisation. Notamment lors d’un concert à Rennes…
H.B : Un morceau de 40 minutes aux Transmusicales de Rennes. Nous avons remplacé au pied levé quelqu’un qui s'était désisté. En bon fan de Soft Machine ou de Gong, Bertrand avait imaginé un énorme morceau improvisé.
F.J : C’était des impros mais toujours dans un cadre assez précis : jamais de bœufs ou de jams !
H.B : Je me suis toujours retrouvé dans la musique et l’univers de Bertrand. Il y a un truc qui est dingue, c'est qu'il n’a pas écouté les Beatles. C’est tout à fait exotique et charmant parce qu'au contraire nous avons tous écouté ça. En revanche, il a beaucoup écouté les Beach Boys, la musique des sixties, de la soul, des musiques de film très arrangées : nous connaissions tout ça aussi. Donc, nous ne sommes pas arrivés sur une autre planète. C’est pour ça qu’il nous a choisis aussi. Si Stéphane avait joué en clapping avec sa guitare, là ça aurait peut-être coincé…
S.S : Attendez, au début ce n’était pas évident pour moi !  Je n’étais pas spécialement dans le style recherché et avec Michael Garçon, Bertrand n’était pas sûr de nous. Parce que les sixties à l’époque, je m'en foutais. En plus, Bertrand n’aimait pas spécialement la guitare et il y avait déjà Peter Von Poehl qui jouait de la guitare rythmique. Du coup, je ne voyais pas bien ce que j'allais pouvoir apporter. Alors au début je faisais surtout de la Space Echo ! Dès que je jouais un début de solo, c’était Satanas ! Mais ça n’a pas duré très longtemps…

5. Michel Houellebecq – "Présence Humaine" (live)



H.B : "Célibataires" de Michel Houellebecq ?
St.S : Non, "Présence Humaine" ! Nous avons un bon souvenir du début de cette collaboration car c’est le moment où l'on s’est tous rencontrés. Nous étions partis en tournée avec Houellebecq et nous nous sommes marré comme c'est pas permis.
F.J : Y compris avec Michel.
S.S : Au début, il était plutôt content, tout ça était nouveau pour lui. Après les concerts, nous étions tout le temps ensemble et puis au bout d’un moment il a commencé à en avoir un peu marre.
F.J : Nous faisions la fête, ça se passait bien mais c'est pendant la tournée allemande que tout a changé. Déjà parce que nous tournions dans un réseau de salle assise, des théâtres...
H.B : C’était très intellectuel.
F.J : En Allemagne, le public le prenait plus pour un écrivain-philosophe et il était squeezé par toutes sortes de gens après le concert. Immédiatement, il y avait une sorte de faune qui arrivait et nous étions traités comme des subalternes. Pendant que lui faisait le tour des boîtes...
H.B : Je crois qu'il allait dans les boîtes échangistes en Allemagne. Avec sa femme, c'était son grand projet. A un moment Michel s'est lassé, il s'est aperçu que faire le chanteur de rock n'était pas si facile que ça, qu'il n'y avait pas forcément des groupies tous les soirs. Lui pensait que ça serait comme les Rolling Stones ! Il a fini par casser son jouet. C'est dommage car c'est quelqu'un qui peut être très drôle. Nous avons des anecdotes assez incroyables et cocasses, de quoi faire un film. Lui a été finalement assez "rock'n'roll", il a commencé à faire son rockeur de chambre d’hôtel, c’était plutôt bon enfant et rigolo. Un jour, nous avons eu une panne de camion en partant en tournée. Une grosse journée de galère. Ça été le point de rupture. A dix heures du matin, il s'est enfilé une bouteille de Cognac et après il était soulé. En plus, il commençait à avoir du succès avec ses livres, à être protégé par le monde de l’édition et à être un peu déconnecté de la réalité.
F.J : C’est quand même deux expériences différentes, le métier d’écrivain et chanteur. Lui a passé longtemps à écrire de la poésie qui ne marchait pas vraiment. La musique était un autre monde pour lui. Tout à coup, il y avait des balances de son à faire, des choses comme ça. C’était assez comique de se retrouver dans les gros festivals avec lui.
S. S : Une fois, nous avons joué un morceau, il n'a jamais démarré. Il tenait le micro comme ça, ça a duré trois ou quatre minutes et il ne chantait pas, rien.
H.B : Ah ah. Il n'est jamais parti. Au bout d'un moment, on a arrêté. Ça a fait un morceau instrumental avec Houellebecq devant, complètement figé. Nos rapports se sont détériorés au fil du temps. Un jour à Berlin, le concert le plus important de toute la tournée, il nous a plantés. Au Volksbühne, qui est peut-être la meilleure salle de théâtre moderne du monde. Nous avons joué sans lui. Peter Von Poehl qui parle allemand a fait un gentil discours pour présenter nos excuses. Et puis au final, nous nous sommes bien éclatés. Michael Garçon a commencé à faire des imitations de Houellebecq, Coluche, Chirac, un ou deux trucs d’Eddy Mitchell ! C'était n'importe quoi ! A l’époque en tournée, nous avions cinq ans d’âge mental ! C'est ce soir là que nous nous sommes aperçus que même sans chanteur à succès devant, nous étions capables de faire quelque chose.

les derniers articles


»» tous les articles
»» toutes les chroniques de disque
»» tous les posts du blog
»» tous les CR de concerts et festivals