Judo - Interview

02/12/2011, par Matthieu Malléjac et Rémi Mistry | Interviews |
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Paris, Xe arrondissement. Début d'après-midi. Hervé Bouétard (batterie), Fred Jimenez (basse) et Stéphane Salvi (guitare) nous accueillent dans leur studio bordélique du Point Ephémère. Ils s'apprêtent à enregistrer un titre de leur nouveau projet baptisé Judo. Musiciens chevronnés et redoutables, ils ne débarquent pas de nulle part. Pendant bon nombre d’années, ils ont constitué la charnière centrale du label Tricatel mais sont aujourd’hui plus connus pour avoir conduit, à l'orée des années 2000, la locomotive A.S Dragon, version Natacha. Avec deux albums de pop psychédélique et des concerts sauvages et flamboyants, les dragons ont grandement contribué à un renouveau de la scène musicale parisienne et ont prouvé qu'un autre rock français était possible, plus proche du garage sixties et du punk que de Noir Désir. Après moult péripéties, les trois musiciens reviennent donc aujourd'hui avec une nouvelle formation qui risque fort de faire parler d'elle rapidement. Le 2 décembre 2011, Judo donnera son premier véritable concert à la patinoire Pailleron dans le cadre de la soirée Tricatel on Ice, l'occasion de faire d'avantage connaissance avec le trio et de revenir sur leurs parcours respectifs en leur faisant écouter et commenter leur propre discographie. Où il sera question d'influences soul, de Space Echo, de Michel Houellebecq en rockeur de chambre d'hôtel, d'imitations de Jacques Chirac, de Victoires de la Musique, d'industrie musicale moribonde, de lignes de basse "tordues mais géniales" de Bertrand Burgalat et de l'avenir d'un groupe de rock en 2011. Témoignages précieux d'acteurs majeurs d'une époque riche et excitante de la pop Made in France.

1. Judo – "Enfin calme"




Stéphane Salvi : Judo est quasiment né lors de nos retrouvailles pour le concert d'hommage à Piero au Gibus.
Hervé Bouétard : Piero était notre ami, le chaman d'A.S Dragon, le backliner, le manager, le papa, la maman… tout ! Cette soirée a permis à A.S Dragon de se reformer le temps d'un concert et c'était plutôt cool. Avec Fred, nous nous étions vus un peu avant et il a filé un bon coup de main pour préparer ce concert. Ça nous a remis l'eau à la bouche. Puis il y a un peu plus d'un an, nous avons rappelé Fred pour lui demander ce qu'il faisait. Stéphane et moi venions d'arrêter notre précédent groupe Control Club et nous avions envie de monter un trio. On s'y est mis sérieusement en décembre, janvier.
Fred Jimenez : J'étais ravi car que je gardais un souvenir hyper agréable de notre période passée à jouer ensemble lors de la première mouture d'A.S Dragon.
S.S : Pour Judo, chacun apporte sa chanson et nous arrangeons ensemble après.
H.B : Il fallait bien commencer par construire un répertoire donc chacun a apporté ce qu'il avait dans son tiroir. Mais chacun peut intervenir dans le texte de l'autre. Et je pense que nous pouvons composer ensemble, ça arrivera forcément.
F.J : Le projet a pas mal évolué comparé à l'idée initiale. Au début, nous nous étions dit qu'Hervé allait chanter et ne pas faire de batterie. Nous étions partis sur quelque chose d'un peu soul. Et puis en répétant, nous nous sommes aperçus que l'on ne trouverait jamais un batteur pareil et qu'il ne pourrait donc pas tout chanter. Dans l'idée, quelle que soit la compo, nous essayons toujours que l'autre puisse intervenir, qu'il y ait des voix, des chœurs… Notre cahier des charges, c'est de ne pas avoir de vrai leadership.
S.S : Par exemple, j'amène un morceau et Fred va créer une ligne de basse, réharmoniser des choses s'il y a besoin. C'est ça qui fait notre personnalité : notre son, le fait de jouer à trois.
H.B : Ce qui n'est pas facile, c'est de s'affirmer en tant que groupe sans un leader. Dans le monde du spectacle, c'est presque une hérésie. Pour nous, c'est un choix : parce qu’il y en a marre des "idoles" !

2. Count Indigo – Reprise de "Love Will Bring us Back Together" et "Love is the Drug"



Ensemble : Ah oui, c'est sur Canal Jimmy avec Count Indigo !
H.B : La bonne époque ! C'était l'émission Rock Press Club je crois. Nous jouions un mélange de Roy Ayers et de Roxy Music, une idée de Count Indigo. C'est vrai que nous avons des influences soul tous les trois. Par contre, où l'on se place musicalement avec Judo, c'est assez difficile à dire. A l’âge que nous avons, nous pourrions jouer plein de choses. Nous essayons donc de resserrer le faisceau.
S.S : Nous ne nous inscrivons pas dans un style mais dans un son. Nous sommes trois à chanter, à composer, nous aimons des choses différentes : il n'y a pas un leader et un style bien défini.
F.J : Nous avons un cahier des charges un peu serré, pour profiter au maximum du trio, une bonne formule qui permet pas mal d'improvisation. Dans l'histoire du rock, le trio est un peu la formule magique. Quand nous enregistrons, nous ne faisons pas de clic, nous enregistrons tout live : basse, batterie et guitare en même temps. Nous nous interdisons les "re re". Sur tous les morceaux que nous avons maquettés, nous ne nous sommes pas autorisés à mettre un clavier. Au pire, nous rajoutons une petite percu mais nous restons dans notre formule de départ.
H.B : S'il fallait définir un style, ce serait tout simplement de la pop indé. Nous ne sommes pas signés sur une major, nous faisons ce qui nous passe par la tête. Nous sommes libres.
F.J : Avant tout, nous nous faisons plaisir. Je suis content de venir répéter car c'est un plaisir de jouer ensemble. C'est le vrai moteur de Judo. Bien sûr, nous aimerions que ça marche, que nous puissions tourner et en vivre mais le truc reste très pur et très simple à la base. Malgré la crise, tout ce dont nous avons envie est de continuer à faire de la musique.
H.B : C'est un choix de vie, nous ne ferons rien d'autre que de la musique. Même si nous crevons de faim, on s'en fout, nous continuerons contre vents et marées. Aujourd'hui, le disque ne marche tellement pas qu'il n'y a plus que des "people" qui peuvent en enregistrer. Voilà où on en est. Nous sommes un peu revenus de tout au niveau de la musique et de l'industrie. Du coup, peut-être que nous nous comportons d'une manière un peu autiste vis-à-vis de ce qui se passe ailleurs.

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