Jim Yamouridis - Interview

23/03/2011, par Luc Taramini | Interviews |
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Il est Australien d'origine, Français d'adoption. Il fut architecte autrefois et leader du groupe the Stream à Melbourne. Jim Yamouridis a déjà une vie bien remplie derrière lui et s'il se consacre désormais à temps plein à la musique, c'est avec l'humilité de ceux qui mesurent leur chance. "Into the Day", son troisième album, est rempli de ballades mélancoliques et suaves, subtils écrins à son timbre de crooner un peu las. A découvrir.

Jim Yamouridis - Interview 1

Qu'est-ce qui explique ce changement de vie radicale, aux antipodes presque ?

Ça c'est une question très lourde.  En quelques mots, le changement est intervenu rapidement après mon premier voyage en France il y a 12 ou 13 ans. J'ai vu un pays merveilleux, et je me suis dit que je voulais venir y vivre. Cinq ans plus tard, j'ai réussi à faire le changement. Ça veut dire que j'ai d'abord été obligé de mettre un terme à toutes mes obligations pour arriver ici libre. J'ai vu le pays un peu différent par rapport à la première fois mais toujours séduisant.

Il y a un petit côté joueur dans le fait de prendre une telle décision ?

Oui, c'est le côté joueur. J'ai vécu ave un père qui était joueur. J'ai souvent connu des situations où il y avait une mise. Plus tu mises, plus tu peux espérer gagner.

As-tu l'impression d'avoir "gagné" en venant en France ?

D'une certaine façon, oui, j'ai gagné parce que j'ai été accueilli dans ce pays. J'ai fait les démarches administratives qui sont vraiment longues -on se serait cru dans du Kafka. J'ai eu un peu de chance, j'ai réussi à être citoyen français très vite. C'était mon but, sinon il n'y avait aucun intérêt à ce que je change de pays sans une situation en règle. Avec le climat politique actuel, je voulais la sécurité.

Quelle était ta vie en Australie ?

En Australie, j'ai pratiqué l'architecture. Ici je suis juste musicien.

La musique est donc devenu un choix définitif ?

Oui, c'est un choix que j'ai fait et il est définitif. En fait, je n'ai pas eu d'autre choix. J'ai tout fait pour faire ce choix en France : devenir musicien à plein temps.

Pourquoi ce n'était pas le cas avant ?

Avant j'avais plus de choix. Dès que je suis arrivé en France, je me suis engagé dans cette voie. En fait, j'ai choisi la musique parce que sur mon titre de séjour était écrit "artiste". Artiste ça veut dire beaucoup de choses. Je félicite les Français d'avoir compris. Au bout d'un moment, j'ai spécifié que le métier était "musicien".

Pour définir davantage les choses, quel type de musicien es-tu ?

Pour moi le mieux c'est auteur-compositeur. Je suis obligé de faire de la scène mais c'est différent. La scène c'est un boulot qui exige qu'on soit vivant chaque fois. En étant auteur–compositeur, on n'a pas besoin d'être vivant. On peut même être dans le sommeil. C'est un processus plus lent, plus passif. La scène c'est la preuve de tout le boulot qui a précédé. C'est à la fois un privilège et une épreuve qu'il faut réussir.

Ça veut dire que les morceaux doivent être vivants ?

C'est exactement mon but : graver les morceaux, puis les faire évoluer et les faire vivre sur scène. Dans le cas contraire, tu es condamné à faire ton disque sur scène. Et je voudrais éviter ce sentiment pour trouver l'interprétation que mérite la chanson.

Le songwriter, quand il n'est pas un grand musicien, est un peu condamné à ne restituer que son univers son scène ?

C'est un challenge pour moi. Quand j'ai fait ma rencontre avec Seb Martel, il m'a donné beaucoup de conseils. Je ne suis pas capable d'être un musicien aussi libre que lui. Seb, il suffit qu'il écoute quelque chose et il le joue. Pareil pour Sarah Murcia et Fabrice Barré qui sont de vrais musiciens accomplis et ouverts. J'ai plus de contraintes et de limites. C'est difficile de faire le bœuf avec eux sauf dans la clé de do !

Jim Yamouridis - Interview 2

Dans l'écriture, qu'est-ce qui  t'intéresse le plus ?

J'essaie de toujours me tirer vers l'avant. Parfois je compose juste une mélodie avec trois ou quatre notes sans progression d'accords. Parfois je suis plus symphonique et j'ai plusieurs accords qui viennent. Mais le vrai privilège, c'est celui d'écrire des paroles.

Comment tu t'y prends alors avec les paroles ?

Je fais tout. Il faut compiler tous les systèmes créatifs. Au bout d'un moment, je ramasse les miettes de tout ce que j'ai essayé et j'arrive à en faire une chanson. Parfois il m'arrive aussi de recevoir des cadeaux : ça arrive tout seul et là je me dis qu'il y a un dieu qui me gratifie. Ça reste quand même une lutte quotidienne.

Ton disque semble construit autour d'une même teinte musicale, pourquoi ?

Parce que je suis un creuseur ! Si on ne creuse pas, on n'arrive à rien. Dans tous les aspects de l'existence d'ailleurs. Il faut creuser jusqu'au fond et si on trouve le fond (on n'en est jamais certain) on remonte à la surface et on dit bonjour au monde.

A quel moment décides-tu de faire un disque ?

Je fais un disque parce que j'en ai envie. Je demande à mes collègues s'ils sont libres pour qu'on l'enregistre. Si oui, on y va. Le choix des chansons se fait au dernier moment.

Quel fut le rôle des musiciens dont tu parlais tout à l'heure sur ce disque-ci ?

Ils ont fait les arrangements le matin et on faisait les prises le soir. Leur rôle était plutôt d'être vivants et d'embellir la matrice que je proposais.

Tu considères que tes compositions  ne peuvent pas se suffire à elles-mêmes ?

Ça dépend de ce que je veux faire. Je peux faire un album solo voix-guitare, mais ça ne me suffit pas. J'ai demandé à mes musiciens d'animer mes chansons. Et je dois reconnaître qu'ils l'ont fait avec talent. On a enregistré live, sans overdubs. Après, à Paris, on a rajouté les percussions.

Quelles sont les rencontres importantes que tu as faites en France ?

La dernière rencontre, c'est Bertrand Belin. J'apprécie sa musique, il m'a invité à une soirée. J'ai fait beaucoup de rencontres mais je ne me souviens plus.  Ah si, j'ai fait un concert avec Moriarty il y a deux semaines et j'ai adoré.

Toi qui habites en Auvergne, connais-tu les gens de Kütu Folk Records ?

Ils m'ont proposé de faire le disque mais ce n'était pas possible…

Tu te sens faire partie d'une communauté de musiciens comme Bertrand Belin justement ?

Je ne suis pas seul mais je ne suis pas un type qui est avec les autres. J'ai déjà vécu tout ça, le côté "scène musicale" à Melbourne avec mon groupe. Aujourd'hui, je veux juste bien jouer, faire de bons concerts. Ça me suffit. Par exemple, aujourd'hui, j'étais invité à une émission sur France Culture où j'ai joué trois chansons. Les conditions étaient parfaites. Ce genre de choses suffit à mon bonheur.

C'est une forme de sagesse : faire les choses bien, le plus honnêtement possible et avec plaisir…

Oui, c'est juste ça. Sinon ce n'est pas la peine. Il faut rester humble, écouter la musique, avec sensibilité, trouver son style et avancer. Ça peut prendre toute une vie.

 

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