Jef Aérosol - Interview

20/02/2008, par Frédéric Antona | Interviews |
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Passons vers un autre pan de ton activité artistique : la musique. Tu as fait partie de nombreux groupes, tu restes actif au niveau musical en participant à de nombreux projets. Comment est née la passion et à quel moment le passage à l'acte s'est-il opéré ?

Ça tient d'abord au fait qu'on a été la première génération pour laquelle il y a eu une rupture nette entre le look, les préoccupations, la musique de nos parents. Aujourd'hui, c'est différent, j'ai un fils de 18 ans, on écoute en gros les mêmes musiques, je dis bien "en gros", je ne suis pas choqué par ce qu'il écoute et il ne refuse pas en bloc ce que j'écoute. A l'époque, on était très loin de ça, à l'exception d'une élite, peut être, de la génération de mes parents, qui avaient été sensibles aux beatniks, à Kerouac, au jazz, mais c'était très parisien. Quand on était en province, qu'on bossait et qu'on n'était pas culturellement à la pointe, on ne connaissait pas du tout ça. A la TSF, on entendait vaguement quelques trucs, mais les parents ignoraient absolument tout de ces musiques qui venaient d'outre-manche et d'outre-Atlantique. J'ai eu ma première guitare à 12 ans pendant des vacances familiales en Espagne. Un ami à moi était venu en vacances avec nous et jouait déjà de la guitare, du flamenco, des choses comme ça. Mes parents voulaient absolument que je prenne des cours de guitare classique, ce qui ne m'intéressait absolument pas, mais j'ai bidouillé et j'ai réussi à apprendre les trois accords pour "La poupée qui fait non" de Polnareff, "Blowin' in the Wind" de Dylan et "Colours" de Donovan. Avec mon premier groupe, vers 72, on reprenait pas mal de folk, j'ai toujours bien aimé le folk traditionnel, on faisait de la musique cajun, un peu de bluegrass...

D'où vient cette passion pour la musique folk traditionnelle ? Donovan, les premiers Tyrannosaurus Rex ?
Il y avait déjà un aspect pratique. Pour moi, c'était très difficile d'avoir une guitare électrique, j'avais pas l'argent, et puis ça faisait du bruit, à la maison ç'aurait été la croix et la bannière, donc je suis resté sur l'acoustique. Et puis j'adorais Neil Young, j'étais complètement fondu de son look, son allure, les harmonies de Crosby, Stills & Nash, celles des Byrds, j'adorais ça... Dylan, bien sûr, j'étais estomaqué par cette voix, l'harmonica, son look, que mes parents détestaient. Tous ces gars-là avaient un truc dont je me sentais vraiment proche. Et puis, de là, très vite, si on écoute un peu de folk, on écoute un peu de country et de bluegrass, on apprend que les racines du bluegrass viennent d'Irlande, de la musique appalachienne... En plus, étant à Nantes, j'étais confronté à Alan Stivell, aux racines bretonnes, tous ces sons particuliers. J'aimais bien le banjo, la mandoline, le fiddle, mais jamais avec de la paille dans les sabots, j'étais entre les deux, entre les Kinks et Alan Stivell, entre les Stooges et la musique traditionnelle irlandaise !

L'aventure Open Road (groupe de Jef Aérosol et François Borne, qui publia deux albums entre 1994 et 1999, "Morrigan's Dream" et "Peregrinations", ndr) a duré un peu plus de cinq ans, comment le groupe s'est-il formé ?
En fait, à l'origine, je faisais partie du groupe les Windcatchers. On a fait des démos, mais on n'a jamais sorti de CD ou de vinyle officiel, c'était du rock avec une dimension acoustique. On s'est séparés, comme beaucoup de groupes le font, et je suis resté pendant un an sans jouer avec d'autres personnes, je suis revenu à mes racines folk, je jouais de la mandoline, du banjo. Au cours d'une soirée de soutien à la radio RCV, je jouais tout seul au bar des vieux trucs de Doc Watson, de Jimmy Reed, et François Borne, qui était sur scène une demi-heure plus tôt avec son groupe Sister Friction- une musique du genre Nine Inch Nails, très violente- vient me trouver, me dit qu'il adore ce que je joue, et que lui-même a toujours aimé le folk, qu'il joue à l'occasion du dulcimer avec La cour des miracles. Et on a découvert que notre disque de chevet commun était "Open Road" de Donovan. On s'est dit alors que si un jour on devait monter un groupe ensemble, on s'appellerait Open Road. Il a fallu six mois, un an avant qu'il ne me passe un coup de fil, on a commencé à répéter le lendemain et un mois plus tard on jouait en public ensemble, sous le nom d' Open Road.

Et avec Distant Shores, tu es parti dans une optique encore plus puriste ?
Dans Open Road, on était dans une sorte de pop acoustique, on appelait ça le "patchouli pop", qui était directement hérité de l'Incredible String Band, de trucs comme ça. C'était un truc vraiment pop, même s'il y avait des influences celtisantes, on jouait sur scène avec des candélabres, un côté un peu Tyrannosaurus Rex, Nick Drake, Donovan. Il y avait environ 95 % de compositions personnelles. Distant Shores, qui est né en 1998, c'est de la musique traditionnelle irlandaise pure et dure, avec du violon, du banjo, de la mandoline. Je ne chante pas, je ne joue pas de guitare. Pour l'instant, le groupe est un peu en stand-by, on est chacun très pris par d'autres projets, moi-même je suis très pris en ce moment par la peinture.

Tu as participé au Tribute à Nikki Sudden ?
Ce sont des Espagnols qui sont à l'initiative de ça, un label très underground (Sunthunder Records, ndr), pas distribué, mais fait par des passionnés, qui étaient fans de Nikki, et qui ont eu l'idée de faire un hommage. Ils m'ont contacté, et j'ai senti qu'il y avait pas mal de musiciens dont ils n'avaient pas le contact, ou qu'ils ne connaissaient pas. Ils ne connaissaient pas Johan Asherton, ils connaissaient Elliott Murphy mais sans plus, ils n'avaient pas pensé à contacter Jeremy Gluck des Barracudas. Donc je leur ai passé quelques contacts et la liste définitive des participants s'est faite très rapidement. Ils m'ont demandé de faire la pochette, que j'ai faite avec grand plaisir, et je fais également une chanson ("Road of Broken Dreams", ndr) avec Mike Varlet, un vieux copain.

Question beaucoup plus personnelle pour terminer : tu as un grand nombre d'activités artistiques, mais tu as un boulot fixe à côté, tu as des enfants... Tu arrives à concilier tout ça comme tu le souhaites ?
Ce n'est pas forcément comme je le veux, c'est pas facile. Mais comme je suis assez passionné, j'ai tendance à refuser d'abandonner les choses que j'aime et j'ai du mal à ne les faire qu'à moitié. Il y a un travail de gestion du temps et de l'énergie qui n'est pas toujours facile, ce qui explique que la musique est en ce moment un peu en arrière ; à l'époque Open Road, elle était en avant et je peignais moins, c'est par cycle. En ce qui concerne le boulot et la vie de famille, je me suis longtemps posé la question du choix entre la vie professionnelle et la vie artistique, mais le fait d'avoir la responsabilité d'une famille, d'acheter une maison, m'a amené à ne pas prendre de risques débiles, en ne pensant qu'à moi. Mais l'avantage de mon travail est qu'il me permet, à côté, de continuer à faire ces activités artistiques en parallèle. Mais l'avantage de mon travail (désormais à temps partiel) est qu'il me permet de mener de front mes activités artistiques et un "day job". C'est assez important d'avoir cette vie de famille et cette vie sociale pour garder les pieds sur terre, se lever le matin, être confronté à la vraie vie, et ne pas s'enfermer dans des sphères artistiques et musicales qui te coupent complètement du reste du monde...


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Disque "Suddenly Yours : A Tribute to Nikki Sudden" (Sunthunder Records)

 

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