Jason Molina - Interview

24/02/2010, par Jean-Charles Dufeu | Interviews |
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JASON MOLINA


Qu'est-ce qui vous lie autant au public français ? Ce soir vous aviez l'air particulièrement heureux de jouer ici devant ce public parisien.
Les premières fois qu'on a joué à Paris, il y a dix ou douze ans, on avait à peine une salle, c'était vraiment compliqué de faire un concert comme il faut. Ce soir, on jouait dans le centre-ville, la moitié de la salle connaissait les paroles. C'est beaucoup plus agréable pour nous de venir aujourd'hui et je pense qu'on apprécie particulièrement de voir à quel point les choses ont évolué.

Jason Molina

On vous compare régulièrement à Neil Young et c'est même devenu un cliché à votre sujet, ce qui a tendance à vous lasser un peu. Quels sont les autres groupes ou artistes auxquels vous aimeriez être plus souvent comparé.
Comparé, je ne sais pas, mais mes influences regroupent Patti Smith, Roxy Music, David Bowie, Tangerine Dream, beaucoup de musique psychédélique. Lou Reed aussi. C'est cette musique que j'écoutais quand j'étais tout jeune, pas même en âge de tenir une guitare correctement.

Votre premier groupe, avant Songs: Ohia, était encore dans un tout autre style, proche du métal...
Oui, c'était un mélange de Krautrock et de Black Sabbath. La connexion avec ce que je fais aujourd'hui, c'est que j'écris toujours les chansons, musique et textes. C'est moi qui écris tout et ensuite je soumets ça au groupe et on voit où ça nous mène. Cette formule n'a jamais changé.

A l'époque, vos paroles étaient-elles aussi mélancoliques ?
Oui, si on veut. Elles étaient très symbolistes en tout cas. Très sérieuses. Il n'y avait pas de place pour l'humour. Aujourd'hui c'est un peu pareil. Je crois que je pourrais faire un dessin de toutes les chansons que j'ai écrites.

Vous devriez essayer d'ailleurs.
Oui, ça pourrait faire un livre assez intéressant.

Quand j'ai écouté le dernier album, je m'attendais à quelque chose de plus mélancolique et de plus difficile à écouter, compte tenu du contexte de son enregistrement...
"Josephine" est un album très triste. Bien qu'il ne soit pas complètement dénué d'espoir. Cet album parle de la mort d'un des membres du groupes, qui était aussi l'un de mes meilleurs amis. Il y a quelques mois de ça, je n'étais pas sûr que je serais capable d'enregistrer un autre album. Il y a des moments dans la vie où vous n'arrivez pas à voir la lumière. Ce disque a sauvé ma vie. Ce n'est pas le seul d'ailleurs. D'autres l'avaient fait avant eux. L'album noir de Songs: Ohia par exemple. Avec "Josephine", c'était particulier. Je n'avais jamais pu dire à qui que ce soit à quel point j'avais de la peine. Avec ce disque, je n'avais plus besoin de le dire, c'était devenu évident... Mais si on peut changer de sujet et passer à un autre, ce serait mieux.

Vous avez en commun avec un certain nombre d'autres songwriters indie-folk le fait de cacher votre identité derrière un pseudo et d'avoir enregistré énormément de disques sous plusieurs noms différents. Vous partagez ce trait avec Will Oldham, Bill Callahan, Lou Barlow... Pensez-vous que ce soit un hasard ?
C'est quelque chose de très conscient en ce qui me concerne. Ces gens-là sont des personnes que je connais d'une façon ou d'une autre, avec qui j'ai éventuellement travaillé ou qui sont des amis. Nous ne sommes que des songwriters. Changer un nom n'est pas un mécanisme de défense. Ce n'est pas aussi bizarre que ça en a l'air sur le moment. Les choses peuvent se faire de façon très spontanée, très accidentelle même : vous rencontrez un type avec qui vous enregistrez quelques chansons et ça devient une nouvelle formation, un nouveau groupe. Même si c'est accidentel les noms signifient quelque chose de particulier. Je ne suis pas Jason Molina, même sur mes disques solo. C'est toujours "le type de Songs: Ohia, le type de Magnolia, etc."

Pour vous est-ce qu'il y a quelque chose d'un peu confortable à cela, d'être toujours reconnu comme "le type de Songs: Ohia", plutôt qu'on vous identifie à votre propre nom ?
Oui, parce que je suis fier de tout ce que j'ai enregistré. Aucun de mes disques n'était du flan. J'étais jeune au début et beaucoup de disques ont été enregistrés de façon non traditionnelle, mais je n'ai aucun regret sur ce que j'ai mis sur album.

Propos recueillis par Jean-Charles Dufeu
Photos par Guillaume Sautereau


A lire également, sur Jason Molina :
la chronique du concert au Café de la Danse (2009)
la chronique de "Molina & Johnson" (2009)

la chronique de "Let Me Go, Let Me Go, Let Me Go" (2006)
la chronique de "Fading Trails" (2006)

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