Interview de Thomas Desmaison, vice-président d'Elizabeth My Dear - XVIe festival Ô les Chœurs

25/10/2012, par Béatrice Lajous | Interviews |
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Depuis combien de temps travailles-tu pour le festival ?

Je suis un fervent « consommateur » des concerts et du festival organisés par l'asso depuis 1999 et notamment avec un fameux set de The Ex. Après mes années de découverte de l'âge adulte, je me suis enfin lancé dans une implication active. Cela fait donc deux ans que je bosse au sein du bureau dirigeant, en tant que bénévole.

Peux-tu nous en dire plus sur l'association Elizabeth My Dear, organisatrice de l'évènement ? Une référence aux Stone Roses ?


C'est effectivement un clin d'oeil à la chanson d'un des meilleurs albums des années 80 (je fais un effort pour rester objectif). L'association en elle-même provient, selon les anciens et selon l'heure de la soirée à laquelle ils se livrent à un exercice descriptif, d'une envie toute bête de promouvoir le bon son rock à Tulle au milieu des années 90. Et de faire partager un goût plus pointu que ce qui était proposé jusqu'alors à la jeunesse sur le territoire très rural de cette partie de la Corrèze (oui il y a des zones urbaines aussi). En fait si l'on se colle à une analyse plus chiadée, il faut bien voir que le département et la région (le Limousin) et leurs limitrophes, sont pourvoyeurs d'un très grand nombre de bons groupes et artistes, au prorata de la démographie, depuis les années 80. On pourrait même dire qu'il y a un vrai terreau de taiseux songwriters. D'ailleurs, soit dit en passant, des « gros » noms des diverses scènes indées se sont très régulièrement trouvés attirés par cette ébullition cachée sous le calme paysage de verdure. Je pourrais citer ne serait-ce que le chanteur des Tindersticks Stuart Staples, qui a élu domicile dans le coin avec sa petite famille. Bon en bref, l'asso s'est créée pour développer un festoche qui donne à voir les meilleurs groupes possibles dans tout ce que le rock - acception prise dans le très large spectre - peut apporter d'intéressant. 

Selon toi, quelle est la ligne directrice du festival ? 

C'est une ligne très franche, très directe : promouvoir la création artistique dans ce qu'elle a de plus actuelle, avec une féroce envie de rester loin de la complaisance des circuits habituels, tout en ne négligeant jamais les formations dites plus grand public. Il s'agit de fournir un festival annuel dense, éclectique, original et exigeant, à des publics locaux plus isolés.

Ô Les Choeurs

A-t-elle évoluée sur ces dernières années, et pour quelles raisons ? 

En dehors de cette volonté originelle, qui reste le guide, la ligne a également évolué vers d'autres formes d'expression, et leur mise en valeur. Dans tous les cas, on reste complètement fixé sur l'idée de proposer des noms à la fois très pointus et plus consensuels pour le festival « in ». A côté de cela, le « Barathon off » asseoit une action de valorisation des groupes ou artistes en début de carrière, locaux, régionaux, nationaux, et même internationaux. Enfin, les arts plastiques ont pris une part grandissante avec l'organisation de workshops, d'ateliers et d'expos, aux thématiques en lien avec le festival et donc la musique. Ça s'explique par l'ouverture permanente aux désirs prononcés par nos festivaliers, nos amis, les acteurs du territoire, ainsi que par les opportunités qui apparaissent sur celui-ci. Ô les Chœurs cherche à s'adapter mais surtout à surprendre en permanence.

Peux-tu nous en dire plus sur la Corrèze et son tissu associatif, notamment à Tulle ? 

Ah la Corrèze, on en entend beaucoup parler ces derniers temps. Tulle en particulier. Il ne faut pas négliger le volontarisme des acteurs politiques locaux, mais surtout j'ai envie de dire et de souligner la grande passion et l'énorme énergie dépensées par les associations du secteur social, touristique, artistique et culturel pour catalyser puis dynamiser les ressources. Depuis des dizaines d'années, et je me risquerai presque à dire depuis plus d'un siècle, Tulle et ses cantons périphériques sont des espaces fertiles pour la concrétisation des idées d'éducation populaire, de démocratisation culturelle, de développement concerté. C'est une ville très anciennement ouvrière, qui a beaucoup souffert de la deuxième guerre mondiale, qui a connu des hommes et des femmes d'action aux convictions très progressistes, pour sauvegarder puis essaimer. Tulle, c'est un effort permanent de « retournement du stigmate ». Il faut en permanence prouver l'inverse de ce qui apparaît superficiellement. 

Combiner la promotion des groupes locaux et la présence d'artistes reconnus au niveau national... Un exercice difficile, une véritable envie, ou un impératif ? 

Oui donc voilà, c'est un sport assez technique en effet. Mais, oui, c'est surtout une envie fondamentale. Cette année, on a choisi de voir moins gros, moins lourd que les années précédentes. Pas de Gaétan Roussel ou de Dub Incorporation, ni de Lee Scratch Perry ou de Tindersticks. Pas de jauge de plus de 1000 personnes. On assure le quali plutôt que le quanti. Cela s'explique par une année de transition : budget serré du fait des difficultés de l'année dernière, et nouvelle salle toute neuve l'année prochaine. On appuie sur la démarche vers les jeunes groupes, avec notamment la première organisation tulliste des découvertes limousines du Printemps de Bourges. Où d'ailleurs il y a vraiment des supers combos, dont on avait déjà bien repéré la qualité (I am a Band, Mountebank). On va également proposer pour la première fois une grosse scène ouverte. Ainsi qu'un Barathon revigoré. Bref, cette année, malgré la présence d' « historiques » à l'affiche (Daniel Darc, Rebotini, The Hacker), on se cache pas : on appuie sur la découverte !

Défendez-vous d'autres projets actuellement ? 

On s'est positionné parmi les premiers sur la création d'une plateforme des musiques actuelles locales réunissant toutes la chaîne des animateurs territoriaux de ce secteur. Celle-ci fonctionne de plus en plus concrètement mais il y a encore du travail. Par ailleurs, la ville de Brive a fait appel à nous pour une programmation musicale et une animation urbaine liée pour les mois prochains. Enfin, au vu de leurs succès, on va réitérer les deux, trois concerts qu'on a organisé cette année. Mais là on l'espère, ce ne sera pas au prétexte du soutien, mais belle et bien de la fête et de la musique ! Sinon au demeurant, il est clair qu'on est les premiers défenseurs de toutes les initiatives culturelles ambitieuses du coin. A commencer par les autres festivals, comme ceux de Davignac ou de Sédières par exemple.

 

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