Horseface – Jääkausi & Jääkautiset

03/07/2019, par | Albums en bref |
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Horseface - Jääkausi

 Je me suis laissé dire qu’en Suède, la musique en ce moment, ça se passait tout là-haut, à Umeå. Je suis d’un naturel crédule, certes, mais tout autant méfiant, et j’aime bien vérifier. Et sans l’avoir cherché, voilà qu’on me colle quasi de force dans les esgourdes deux groupes récents venus d’Umeå et qui deviennent vite deux forces addictives dans des genres bien différents mais pour lesquels j’ai plus qu’une vague sympathie. On a beaucoup parlé ici de Boys (album et concert), donc, dans le genre twee pop, qui trouve dans les terres fraîches acides et monotones suédoises un terreau tout à fait propice à sa transplantation outre Royaume Uni. Plus inattendu, Horseface donne dans le genre… transgenre à la Deerhoof. Et Deerhoof faisant des petits, voilà de l’inattendu à priori propre à faire peur… On n’imagine pas forcément les Suédois gravement dépressifs du Nord s’adonner au joyeux bordel mélangiste crossover de nationalités musicales mais c’est sans compter la présence de membres, notamment la chanteuse, issus de minorités de langue finnoise. Et l’on connaît le goût finlandais pour l’excentricité, l’humour et cette aptitude à supporter nuits glaciales prolongées et chaleur sèche sans se transformer en boudin humain (même si cela arrive). Tout cela se ressent dans ce Jääkausi, moite comme une forêt congolaise, sorti en 2017 et agrémenté cette année d’un supplément cassette Jääkautiset, enrichi de quelques nouveaux titres et de remixes de groupes amis.

 On y trouve une guitare agile souvent aigre aux airs inspirés de rumba congolaise bricolée ("Kentauri") assez loin des africaneries proprettes de Paul Simon, sur des rythmiques électro bancales doublées d’une batterie qui n’est de toute évidence pas là pour rigoler (M. joue au clic en concert). Pour la fantaisie, le chant charmant en finnois, répétons-le, rappelle les hauteurs aiguës de Satomi, se montre tout aussi chaloupé et ondulant, et donne également dans le répétitif enfantin ("Dägä, dägäg/Dägäteng").

 L’ensemble est habilement réhaussé, ou massacré c’est selon, par des ajouts ou brisures électroniques qui zèbrent l’ensemble pour emmener tout cela loin de chemins pop bien balisés. On sent partout le bricolage ludique autour de quelques marottes musicales (on est loin de l’encyclopédique baroque Deerhoof) mais ce resserrement (relatif tout de même : Horseface est un sacré bordel) est toujours au service de compositions qui se veulent efficaces, variées, fouillées et, surtout, réalisables sur scène. Expérience scénique que l’on recommande ne serait-ce que pour percevoir aussi une partie de l’humour et de la dérision qui fait partie du groupe (des histoires de vie étudiante sordides et de concours du plus grand nombre de saucisses à avaler, enfin… si on a bien compris : ces suédois du nord ont un accent à couper le yaourt de rennes au couteau Sami).

 

Horseface - Jääkautiset

Avec "Jääkautiset", (la chasse à) l’inspiration n’a pas tari (blague Hawksienne). Sur "Pörina", par exemple, est-ce de la poésie sonore ? Du dub ? De l’électro ? De la musique folklorique (ce violon dingue) ? Tout cela en même temps bien sûr et aussi un acte politique fort puisque les textes n’apparaissent nulle part, ce qui nous force à tendre l’oreille vers un chant poétique véritablement inouï, du moins rarement entendu, le tout dans un maelström de cultures musicales tout à fait vivifiantes, qui renouvelle le plaisir de nos toutes premières fois d’écoute de Deerhoof.

Avec l’aide de ma grande saucisse d’élan, Johanna D.

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