Hommage à Hubert Mounier : un personnage, et bien plus

04/05/2016, par | Autre chose |
  • Facebook
  • Twitter
| permalien

Hubert Mounier - Cleet Boris

Avec Hubert Mounier, mon histoire s’est curieusement écrite en pointillés.

J’étais adolescent quand L’Affaire Louis Trio enquillait les tubes. Je les entendais à la radio, je voyais les clips dans le Top 50. J’aimais plutôt bien, mais curieusement je n’ai jamais acheté les 45-tours. En réécoutant aujourd’hui “Chic Planète” ou “Tout mais pas ça”, je m’aperçois que le côté “mambo rigolo” à la Gotainer et le style BD d’époque cachaient, comme chez Kid Creole, une qualité d’écriture qui allait encore s’épanouir par la suite. Et le superbe “Succès de larmes” révélait un crooner comme la France en a peu connus (Henri Salvador, Jean Sablon ?).

Au tournant des décennies 80/90, m’intéressant à une musique se voulant plus sérieuse, j’avais un peu lâché L’Affaire, même si la finesse du texte et de la mélodie de “Chacun de son côté” (le refrain, surtout) m’avait frappé.

Comme pour beaucoup, la révélation est venue avec l’ambitieux “Mobilis in mobile” en 1993, qui reste pour moi le dernier grand millésime indie pop. Bien que chanté intégralement en français et souvent classé dans la variété, je trouvais bien des points communs entre cet album plus ou moins concept et les chefs-d’œuvre qui se ramassèrent à la pelle cette année-là, signés The Apartments, Divine Comedy, The Auteurs, Tindersticks ou Trashcan Sinatras. “Loin”, pour ne citer que ce morceau déchirant, mérite sa place au panthéon de la chanson française.

Le rapprochement avec XTC (et donc avec les Beatles, passion d’enfance) était encore plus évident, à tel point d’ailleurs que Colin Moulding produisit une partie de l’album suivant, “L’Homme aux mille vies”. Que je n’ai pas (bien que j’adore le morceau titre), pas plus que celui d’après (sorti en 1997), le tout dernier d’un bateau ivre risquant le naufrage, dont la pochette était ornée d’un très parlant cachet d’aspirine… La brouille avec son frère cadet Vincent, puis la mort en 2008 de François Lebleu alias Bronco Junior ont scellé le destin du groupe, rendant tout retour impossible contrairement à leurs alter ego des Innocents. L’Affaire a ainsi été un peu oubliée ; aujourd’hui, il serait bon de rééditer l’intégrale.   

Tout aussi étrangement, je n’ai pas écouté les albums solo d’Hubert Mounier, seulement quelques extraits qui me plaisaient beaucoup. Je serais bien incapable d’expliquer pourquoi je suis passé à côté. En revanche, je suivais Hubert sur Facebook (le compte est toujours actif à l’heure où j’écris ces lignes), où il écrivait peu, mais postait chaque jour des images chères à cet artiste qui était dessinateur autant que musicien : vignettes de comics, dessins, pin-up vintage… L’une de ses œuvres les plus touchantes était d’ailleurs une bande dessinée très autobiographique, dans laquelle apparaissait son fidèle ami, disciple et collaborateur Benjamin Biolay : “La Maison de pain d’épice” (2011). Il travaillait au moment de sa mort sur un nouvel album de BD en hommage à l’un de ses héros, Tarzan. Chez Hubert Mounier, les émerveillements d’enfant semblaient se cogner sans cesse aux tourments d’adulte. Sans ce chic type, c’est sûr, la planète sera un peu moins chic.

les derniers articles


»» tous les articles
»» toutes les chroniques de disque
»» tous les posts du blog
»» toutes les interviews