Hip Hop en Bref - Galapagos4, Meaty Ogre, Maker

04/02/2004, par Sylvain Bertot | Albums en bref |
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HIP HOP EN BREF 9 - par Sylvain

A partir de février, Galapagos4 sera distribué en France et tout son back catalogue progressivement réédité. Cela s'encourage, cela se fête et cela vaut bien une petite spéciale, histoire de passer en revue trois disques sortis plus ou moins récemment par le label de Chicago ou par des amis.


V/A - Wind InstrumentV/A - Wind Instrument
(Galapagos4 / Nocturne)

La première sortie Galapagos4 disponible chez nous est une compilation. Tant mieux, rien de tel qu'une rétrospective pour dresser le portrait fidèle d'une maison de disque, pour permettre au néophyte de se faire une idée, une oreille et finalement un choix parmi les artistes présentés. Datant de 2002, Wind Instrument est disponible depuis 2003 dans notre pays et pioche ses morceaux parmi une dizaine d'albums sortis sur le label depuis ses tout débuts jusqu'à nos jours. L'essentiel de l'écurie est représenté : Offwhyte, Royce, les Typical Cats (Qwel, Himself et Denizen Kane), les beatmakers Meaty Ogre et White Lightning, et des copains comme Robust ou Pugslee Atomz. Seuls manquent les Netherworlds, un peu en dehors de cette scène il est vrai. Mais curieusement, les titres choisis par Galapagos4 sont loin d'être parmi ses plus tonitruants, ce ne sont pas des singles. Le label aurait pu recycler quelques unes de ses bombes, un "Sundial" issu du dernier album de Qwel par exemple, ou un "Get a Hold" sorti du dernier Offwhyte, pour citer les plus récents. Au lieu de cela, les concepteurs de la compile ont préféré des titres sages, des morceaux sobres et normaux. C'est dommage, ça manque de grands moments, mais en même temps, ça a le mérite de ne pas mentir sur la marchandise, tant les 13 plages sélectionnées sont représentatives du rap conformiste mais solide qui caractérise ce label phare du Mid West.

MEATY OGRE - Leo Vs. PiscesMEATY OGRE - Leo Vs. Pisces
(Galapagos4)

Le premier solo de Meaty Ogre, qui se présente sous le format moitié instrumental moitié rappé typique du disque de producteur, donne lui aussi dans le néoclassicisme rap. Comme la plupart des sorties de Galapagos4, il assure, il tient la route, il ne s'expose pas facilement à la critique (hormis sur un lassant "Orion's Right Shoulder" rappé péniblement par Qwel sur un sample oriental réglementaire). Ce disque est bien, mais il ne bouscule aucune habitude, il est conventionnel. Même ses passages les plus ludiques (les samples de "Pornounciation" chargés d'épeler le nom de l'artiste) laissent une gênante impression de déjà-entendu, de déjà-tenté. La fausse inventivité et l'imagination sous contrôle du producteur donnent peu d'espace aux véritables perles ("Teach Em", "Pisces Swims Away" et un "Mutable End" sexy qui aurait fait un bien meilleur single que "Flibbertigibbit"). Pourtant, il existe un style Meaty Ogre, une personnalité déjà perçue sur d'autres albums. Ce sont ces douces envolées, ces légers changements de ton que l'on entend parfois en queue de titre (sur "Amusing Ourselves to Death" par exemple) et qui subliment, malheureusement trop rarement, son hip hop de premier de la classe.

MAKER - HonestlyMAKER - Honestly
(Birthwrite Records)

Le producteur Maker exploite strictement la même veine que Meaty Ogre, le même hip hop bien sous tous rapports, la même alternance de titres rappés et sans parole. Et pour cause, les deux hommes se connaissent de près, au point d'avoir sorti récemment un disque commun (Meet your Maker Vol. 1). Et Birthwrite Records, le label où sort Honestly, est un peu le petit frère de Galapagos4, son jumeau, sa réserve. Bref, les deux disques ont un air prononcé de parenté. Pourtant, Honestly se trouve sans mal trois ou quatre divisions au-dessus de Leo Vs. Pisces. L'une des différences, c'est que Maker est allé recruter ses rappeurs un peu plus loin qu'en Illinois. Certes, il y a les Nacrobats, Lord 360 (Slaughterhouse V) et Thawfor, peu surprenants en ces lieux, ainsi qu'un Qwel sarcastique et en forme qui ironise sur la fausse honnêteté et recycle les paroles du "In Bloom" de Nirvana. Mais il y a aussi Adeem des Dorian Three et surtout Sarcazm, Josh Martinez et Governor Bolts sur l'excellent "Uphill Climb", sur son fabuleux piano et son tout petit banjo subreptice. L'autre différence, justement, ce sont les beats, plus visionnaires, plus habités que ceux de l'ogre charnu, des beats qui prennent toute leur ampleur sur les longues plages instrumentales langoureuses et suaves qui parcourent l'album, des "Dead of Winter", des "Tomorrow by the Ocean", des "How about This', des "Call Center Anthem" et des "Enter the Mind" irréprochables. Pour tout cela, Honestly est un très bon album. Et pour le coup, je me demande bien pourquoi j'ai commis l'injustice de placer cette critique en bas de page.



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