Hip Hop en Bref - Aceyalone, Myka Nyne, K.i.t's & P.i.t's

22/10/2003, par Sylvain Bertot | Albums en bref |
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HIP HOP EN BREF 5 - par Sylvain

La Freestyle Fellowship a tout inventé, elle est le fondement de tout. Sans elle pas de West Coast Underground, sans elle pas de hip hop indépendant, sans elle pas de rap tel que nous le connaissons en 2003. Toutefois, le groupe vieillit. Lentement, doucement, honorablement, bien mieux que 99% des rappeurs, mais il rouille, il s'émousse. Pour preuve trois albums en demi-teinte, jamais totalement négligeables, mais bien en-dessous, tellement en-dessous des chefs d'oeuvre du passé...


ACEYALONE - Love and HateACEYALONE - Love & Hate
(Project Blowed / Chronowax)

Avec Love & Hate, Aceyalone confirme son statut de tête de proue de Freestyle Fellowship en invitant un panel représentatif d'une certaine intelligentsia hip hop. Sur cet album se retrouvent, bien sûr, quelques membres de la Fellowship et du Project Blowed (Self Jupiter, Abstract Rude, Riddlore) et un autre californien célèbre (Casual des Hieroglyphics), mais aussi quelques new-yorkais illustres (El-P, Priest et M. Sayyid). Malheureusement, ça n'est pas pour autant qu'Acey renoue avec son meilleur album solo (All Balls don't Bounce selon les uns, A Book of Human Language selon les autres dont votre serviteur). Dès l'introduction mille fois entendue, il est clair que Love & Hate s'inscrit plutôt dans la suite directe du décevant Accepted Eclectic : en dépit d'un Acey toujours en verve, les thèmes sont prévisibles et les sons font défaut. Peu de titres surnagent, malgré l'armada de producteurs (une dizaine) qui se presse sur cet album. Qu'ils donnent dans un rap sautillant ('Junk Man', 'Lost your Man', 'Find out'), dans l'électronique ('In Stereo', 'City of Shit') ou entre les deux ('Love and Hate'), les beats s'avèrent sans grande personnalité, entre pas mal et assez pénibles. Même la confrontation attendue entre Ace, Sayyid et Priest sur 'Lights out' n'aboutit pas à grand chose, sinon à une sorte d'APC mou du genou. Ce ne sont finalement que quelques petites escapades soul chantées, de très corrects 'Moonlight Skies' et 'Ace Cowboy', qui apportent à Love & Hate son meilleur moment. Sans oublier un 'Takeoff' signé RJD2 qui retient l'attention, grâce à un synthé pour le moins efficace, piqué, me dit-on, à Jean-Michel Jarre (logique, RJD2 n'est-il pas le Jean-Michel Jarre du rap ?). Il fallait oser, mais ça marche. Pendant 4 minutes tout du moins.

MYKA NYNE - A Work in ProgressMYKA NYNE - A Work in Progress
(M9 Records)

Après Aceyalone, Myka Nyne (ou Mikah 9) est sans doute le membre le plus notable de la Fellowship, celui dont le flow supersonique a le mieux fait florès, l'un de ceux dont la discographie hors FF est la plus riche. C'est aussi pour cela, vraisemblablement, que son nouvel album se trouve lui aussi (relativement) disponible en France. Malheureusement, la comparaison avec Love & Hate ne s'arrête pas là : comme lui, Work in Progress est terriblement inégal. Il l'est même davantage, les bons morceaux étant bien meilleurs, les mauvais bien pires. Pourtant, ça commence assez bien. Le début du disque contient ce qu'il faut de raps pas trop mal ('Picasso', avec RBX et surtout Saafir, autre MC californien cultissime), d'étrangetés ('Wartnbe' ou le ragga jungle 'D.N.B.N.M.') et d'escapades réussies dans les musiques du passé, des titres chantés, soul et mystiques qui s'épanchent sur l'infini de l'univers et tout et tout (le charmant 'Can we Smoke', un 'Your Heart' trop court, un 'Hibiscus Flowers' assez splendide dans le genre). Seulement voilà, après 'Xj9', tout se gâte, tout se détériore. Donnant raison au titre, la seconde moitié de l'album ressemble à une ébauche, elle s'avère assez ratée, banale et ennuyeuse (à l'exception d'un réussi 'Reconstruct'). Qu'elle soit franchement rap ou qu'elle tourne à la soul, elle efface les quelques impressions favorables du début. Dommage.

K.I.T'S 'N' P.I.T'S - Presents GumboK.I.T'S & P.I.T'S - Present Gumbo
(I.S.T.S Records)

Nettement plus confidentiel est ce Gumbo, moins célèbres les pseudos P.I.T'S et K.I.T'S. Derrière le premier se cache pourtant ni plus ni moins que le P.E.A.C.E. de cette même Freestyle Fellowship (celui auquel le hip hop doit 'For no Reasons', le plus beau des titres du groupe) et derrière le second son cousin, à l'origine chanteur de rythm'n blues. Installés désormais à Oakland, dans la Bay Area (l'autre base du hip hop West Coast Underground avec leur Los Angeles natale), les deux compères proposent avec ce disque discret sorti sur un label improbable un résumé de leurs travaux communs. Nous l'avons vu avec les deux albums précédents, les incursions de la Fellowship dans les musiques black du passé est aussi ancienne qu'établie. Mais cette fois, c'est l'album tout entier qui est funk. Pas du funk d'époque, les cousins et leurs invités (Pep Love des Hieroglyphics et Bicasso des Living Legends) rappent plus qu'ils ne chantent, mais du putain de funk rap de pokémons de l'an 2000, façon Outkast (la parenté avec le duo d'Atlanta est frappante sur 'What the don't Know' ou sur le hitesque 'Fonk 4 Me' mais n'allez pas croire que Big Boi et Andre 3000 aient influencé ces gens, c'est tout le contraire). L'ensemble est sans doute moins ambitieux et plus ouvertement ludique que les deux albums précédemment cités, mais aussi plus homogène. K.I.T'S et P.I.T'S Present Gumbo n'est presque jamais extraordinaire, mais il est rarement saoulant (sauf pour ceux, ils sont nombreux, qui sont allergiques au funk). Et surtout il contient une petite tuerie, un tube en puissance, un 'D.S.L.' pour lequel bien d'autres se damneraient.


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