Hip Hop en Bref - Hymie's Basement, Bleubird, Ostrich Head, Morse Code

24/03/2004, par Sylvain Bertot | Albums en bref |
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HYMIE'S BASEMENT - Hymie's BasementHYMIE'S BASEMENT - Hymie's Basement
(Lex Records / PIAS)

Ce qu'il y a de bien avec Why?, c'est qu'il n'a pas d'état d'âme, c'est qu'il ne s'impose pas un rôle, des ambitions qui ne lui iraient pas. Le rap ne l'intéresse plus, ou pas, alors il fait son truc à lui. Et ce truc, il l'a assez montré sur son dernier album, c'est la pop de slacker, c'est la lo-fi n'importe quoi. Hymie's Basement est une suite logique, la rencontre prévisible entre l'ex-rappeur et un artiste cousin, adepte de tous temps du même registre bordélique, à savoir Andrew Broder de Fog. Prenez "Oaklandazulasylum", mélangez-y "The Fog" et "Ether Teeth", et vous obtenez ce nouveau disque, une collection un peu fouillis de chansons brinquebalantes et de beats indécis, avec de tous petits bouts de jouissance éparpillés à droite, à gauche. A droite, à gauche, et surtout au début, où se suivent trois charmants "21st Century Pop Song" (oui, la chanson pop parfaite de ce début de siècle), "All Them Boys" (duo acoustique bancal que Jad Fair et Daniel Johnston n'auraient pas renié en leur temps) et "Ghost Dream" (un titre beau et lent, tout simplement).

BLEUBIRD - Sloppy DoctorBLEUBIRD - Sloppy Doctor
(Endemik Music)

Sole et Alias sont les invités les plus illustres du premier album de Bleubird, un MC floridien méconnu signé sur un jeune label d'Halifax. Et cette présence n'a rien d'un hasard, Sloppy Doctor sonne en effet plus anticonien que nature. La faute aux beats éclatés, variés et démembrés qui forment tant bien que mal son ossature, la faute aussi au rap en rafale du principal intéressé, lequel a des tas de choses à nous apprendre sur lui, sur l'Amérique et sur le train où vont les choses. Toutefois Bleubird se différencie de ces encombrants mentors par deux caractéristiques à son avantage. D'abord, sa voix narquoise et aigre de petit blanc qui ne s'essouffle jamais le distingue amplement du flow de gros boeuf asthmatique de l'ami Sole. Ensuite, un sens prononcé de l'autodérision (jetez un oeil à ses autoportraits en Ben Laden ou en vierge Marie, écoutez-le faire rapper son chat) et un humour violemment ironique ("We The Bomb!", final réussi où Bleubird cite chronologiquement toutes les interventions/agressions extérieures des Etats-Unis depuis 1945) lui évitent largement les affres du ridicule. On sourit souvent avec Sloppy Doctor, disque verbeux et épuisant, mais on sourit de contentement.

OSTRICH HEAD - Tower of BabbleOSTRICH HEAD - Tower of Babble
(Kingspin Entertainment)

Ostrich Head proviennent de Californie et cela s'entend. Leur fougue, leurs flows rapides, leur rap psychédélique et leurs lyrics touffus ont tous les attributs du West Coast Underground. Avec en prime une instrumentation très live plutôt bienvenue. Les batteries fusent sur Tower of Babble, les basses virevoltent, parfois les cuivres pointent leur nez ("Head Trips") et les nombreux MCs (six) épousent au mieux le rythme de tout cela, rappant dans tous les sens, sur tous les modes. Ca démarre d'ailleurs sur les chapeaux de roue avec un "House of our Name" tout aussi décapant qu'excellent. La suite aussi est endiablée : "Around These Parts" décoiffe, "Head Trips" et "Bastard Peace Theatre" sont pour le moins efficaces. Mais ça ne peut pas continuer indéfiniment sur un tel rythme et peu à peu, Ostrich Head s'essouffle. Le groupe fait même une énorme faute de goût avec un sample facile d'Erik Satie au milieu d'un "Soooo High" incongru. Heureusement, en toute fin, le formidable "Creation 2 Completion" vient redresser la barre et rappeler le genre de petite bombe qu'Ostrich Head, au sommet de leur forme, sont capables de larguer.

MORSE CODE - TurnstylesMORSE CODE - Turnstyles
(Universatile Music)

Même date de sortie, même profusion de sons et même esprit très live pour Turnstyles, l'album du groupe arizonien Morse Code. Sauf que là, malgré la présence de "vrais" instruments (batterie, basse, guitare, flûte), l'essentiel est assuré par le meilleur ami du hip hop : la platine. Pas de sample donc, que du vinyle manipulé, plus deux emcees. Et ça marche plutôt bien. On craint le pire un moment avec le rap hardcore et métaleux de "Start'N Sheeah", mais l'exercice est réussi et le disque change par la suite 10 fois de style et de coloration. Un synthé vient illuminer le très bon "Journey Thru the Levels" ; "Fellow Constituent" exploite une veine sombre et oppressante et "Thought Process" une boucle de guitare répétitive ; tandis que "Pure N' Wyze" donne dans la jungle. L'étonnant dans tout cela, c'est qu'à part deux titres véritablement enregistrés en public ("Got that Feelin'" et "Clash of the Goats") et un instrumental démonstratif ("Assembly Line"), les DJs parviennent à se faire oublier. L'album est donc loin de se résumer à une bête débauche de turntablism virtuose et de technicité. Malgré de nombreux titres pas loin d'être ratés, Turnstyles est l'exemple d'un usage accompli d'une platine dans un studio.

 

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