Hip Hop en Bref - Mac Lethal, Sankofa, Denizen Kane

28/08/2002, par Sylvain Bertot | Albums en bref |
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HIP HOP EN BREF 1 - par Sylvain

La critique hip hop est un sacrifice que les magazines pop ont pris l'habitude d'honorer, sur l'autel de l'ouverture d'esprit. Trop souvent, malheureusement, le rituel est réduit au service minimum : la nomination de trois ou quatre albums rap écoutés et approuvés que les gentils popeux se devront d'acquérir cette année. La critique hip hop est un exercice auquel on s'adonne avec la bonne conscience d'un couple de vieillards qui se rend à la messe. Il lui manque l'entrain, la conviction, le coeur à l'ouvrage, et surtout, la volonté de vraiment découvrir quelque chose de neuf.

C'est bien dommage. Le hip hop est aujourd'hui tellement dominant, incontournable, envahissant qu'il devient le premier mode d'expression d'artistes qui, en d'autres temps, se seraient sentis plus à l'aise dans un format pop. Artistes, qui, malheureusement, ne sont pas toujours les plus trouvables et les plus identifiables et ne figureront pas dans les précieuses sélections mentionnées plus haut.

Ayant identifié ce travers, il ne nous reste donc plus qu'à l'éviter et à redoubler d'effort. C'est ce que nous tenterons de faire avec cette rubrique irrégulière de critiques d'albums hip hop en accéléré. Première édition dès aujourd'hui consacrée exclusivement aux albums solos de trois brillants MC's...


MAC LETHAL - Men are from Mars, Pornstars are from Earth...MAC LETHAL - Men are from Mars, Pornstars are from Earth...
(HHI Recordings)

Tout juste sorti de son Kansas natal, Mac Lethal n'est pas encore une célébrité interplanétaire. Ses seuls faits d'arme pour l'instant sont son appartenance au groupe Johnny23 (à peine plus connu que lui) et, surtout, ses prouesses aux éditions 2001 et 2002 du Scribble Jam, une compétition de MC's où ont été révélés et se sont distingués ces dernières années des gens aussi divers qu'Eminem, Slug, PEACE (de Freestyle Fellowship) et Sage Francis.

Le statut de battle MC (adepte des joutes verbales) de Mac Lethal, le titre de son premier album et la pochette censée l'abriter sont autant d'indications sur le type de morceaux qu'affectionne le rappeur. Men are from Mars, Pornstar are from Earth... est d'abord un disque récréatif, prétexte pour Mac Lethal à reproduire le numéro désormais habituel du MC blanc, redoutablement volubile, porté pour deux tiers sur le sexe et l'humour potache et pour un tiers sur des notes plus introspectives (un morceau potable sur le 11 septembre, ça peut exister quand on est naïf et américain, curieusement).

Tout cela pourrait paraître court sans les sons de circonstance. Heureusement pour lui, Mac Lethal a su recruter deux beatmakers de choix, Surgeon General (un vieux compère) et Blockhead (le producteur d'Aesop Rock), et assurer lui-même la production des autres titres. Et comme on n'est jamais aussi bien servi que par soi-même, ça marche. Ici, ('A Cool Breeze') Mac Lethal maltraite un sample de Morcheeba, là ('Cyborg's Revenge') il pénètre en territoire ambiant, partout, il arrive à faire de son album autre chose que le simple délire d'un virtuose du micro.

SANKOFA - Obese AmericaSANKOFA - Obese America
(Autoproduit)

Ne cherchez pas les disques de Sankofa chez vos disquaires préférés, même spécialisés. Adepte du "netceeing", cet Américain appartient à cette catégorie croissante de rappeurs blancs et cérébraux qui n'existent que sur Internet. Il en est même le modèle, l'archétype, aux côtés de son compère et mentor suédois Kashal-Tee.

"Obese America" n'est pas le premier album de Sankofa. Il a déjà sorti l'an dernier un très recommandable Invest Mentality, en compagnie des White Collar Criminals. Ce n'est même pas un véritable album. Il n'est disponible qu'en CD-R numéroté à la main par l'auteur lui-même et son tracklisting peut varier d'un exemplaire à l'autre.

L'album présente l'intérêt de compiler l'ensemble des titres les plus marquants de la carrière du rappeur depuis 1998. Naturellement, tout n'est pas bon, et bon nombre de plages désespérément lo-fi n'ont ici qu'un intérêt documentaire. D'excellents titres comme "Emasculation", "Bankshot", "Pythagoras" et "Lazsyn" prouvent cependant que le talent de Sankofa est bien davantage que purement virtuel.

Battle him in zero gravity and you still fall.


DENIZEN KANE - Tree City LegendsDENIZEN KANE - Tree City Legends
(Galapagos4)

Il y a deux ans, l'excellent label chicagoan Galapagos4 sortait l'un de ses premiers albums, celui du trio de MC's Typical Cats. Redoutable démonstration de emceeing dans le style "battle", l'album avait fait date. C'est pourtant quelques mois plus tard et en solo que deux des membres du groupe, Qwel et Qwazar, s'étaient le plus brillamment illustrés. Inutile dans ces conditions de préciser que ce premier EP du troisième larron était attendu au tournant. D'autant plus que Denizen Kane, également membre du groupe I Was Born With Two Tongues sous le nom de Dennis Kim, était le rappeur le plus connu du trio et le seul à avoir mené une carrière avant les Typical Cats.

"Tree City Legends", pourtant, décevra plus d'un b-boy de base épris de punchlines ravageuses et de sons "patate". On ne s'en plaindra pas. Sans pour autant se séparer de ses producteurs habituels (Anacron des Netherworlds et DJ Natural des Typ Cats), Denizen Kane fait prendre un tournant franchement folk à son hip hop. La voix, le rap, les exercices presque spoken word sont toujours présents, mais très fortement mâtinés de guitare acoustique. L'instrument est même le seul à accompagner le rappeur sur le très long titre final, "Lost Found Nation". Déroutant, Denizen Kane vient de montrer avec réussite qu'un quasi unplugged hip hop peut ressembler à autre chose qu'à un disque de mauvais jazz.

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