Dope straight contre Gâteaux queer : deux clips de rap américain

23/07/2012, par Christophe Despaux | Clips |
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Il y a peu, on suffoquait devant la vulgarité satisfaite du minabloïde "Freedom at 21" filmé pour Jack White par Hype Williams. On avait oublié de dire que celui-ci s'exprimait d'ordinaire dans les clips de rap, et qu'il exportait là un univers livré clefs en main. L'ajustement principal résidait dans le fait que les créatures libidineuses menaçaient White de leurs désirs sans limite. Toutes des salopes (sauf Maman) - mais en plus des salopes incontrôlables ! Nous associerons cet écart à l'une des valeurs plus ou moins souterraines du rock, l'auto-destruction, là où le hip-hop préfère se vautrer dans une auto-valorisation très néo-libérale. Preuve récente avec le pourtant assez beau "Dope Bitch" de The-Dream, un travail d'orfèrve signé Lance Drake. Plus littéral que ça, on meurt puisque s'y donnent en spectacle a) des mannequins l'oeil lourd, b) de la coke par kilotrons, c) des néons, d) le rapper principal et son guest, des trumeaux certains à côté des filles toutes absolument magnifiques - mention spéciale à la "dope bitch" et à la ravissante Hepburn black période Damants sur Canapé qui se protège d'une pluie de cocaïne avec son parapluie. Hormis le casting féminin, le principal intérêt du clip réside en sa réalisation qui en impose dans le genre tape à l'oeil. Les plans sont composés et montés avec un goût un peu poseur, mais certains raccords sont sidérants (celui à 1 minute 7), et le tout brille comme une plaisante verroterie. On cherchera cependant en vain une amorce de second degré (la pseudo-Audrey peut-être ?). "Dope Bitch" se cantonne à la consommation courante - ce qui n'est déjà pas si mal.

Beaucoup plus transgressif, Cakes Da Killa fait éclater au grand jour le hip-hop "queer" avec une vidéo tournée sans un sou par Alana Peters. Notre rapper a deux tenues, un couple de figurants, aucun décor apparent, un maquillage inexistant et pourtant le clip a cet espèce de charme boîteux qui tient à la performance effarante de Da Killa (l'unique effet spécial visible est son invraisemblable jeu de mains). Nul doute qu'on tient là une version gay du libidineux "212" mis en orbite par le clip simplissime (et sublissime) où Azealia Banks déversait un tomberau d'obscénités à la face du monde en sweat-shirt Mickey. Ce qui n'empêchera pas le rapper folle perdue de palper en gros plan les fesses de la jeune figurante dans un plan qui révulsera les Chiennes de garde. Ajoutons que son comparse danse tout du long juste vêtu d'un pagne et d'une fraise en plumes, comme une sorte de Joséphine Baker mâle. Choquant et risible, le trio fatal prend la pose au dernier plan, comme à la fin du fameux clip "Groove Is In the Heart" dont il offre un pendant cheap mais presque aussi groovy. Antidote un peu fort en goût à tous les "Dope Bitch" du monde, "Whistle (Beat It Up)" compte bien faire trembler les stéréotypes sexuels avec d'autres tout aussi douteux mais encore inédits dans le monde du hip-hop. On attend tout ça en se frottant les mains.

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