Mikel Cee Karlsson et Fredrik Egerstrand - The extraordinary ordinary life of José Gonzales

02/09/2010, par | Articles |
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MIKEL CEE KARLSSON ET FREDRIK EGERSTRAND - The Extraordinary Ordinary Life Of José Gonzáles

José Gonzáles et moi, c'est entendu, c'est une histoire de non-rencontre ou plutôt de rendez-vous avortés.
La première fois que je l'ai loupé, c'était au Primavera Sound de Barcelone, parce que je ne le connaissais pas, puis, récemment encore, toujours au même endroit, avec Junip, son groupe, dans lequel je ne savais pas qu'il jouait...
Evidemment, lorsque le film "The Extraordinary Ordinary Life of José Gonzáles" sort en grande pompe à Stockholm, en avant première, il fallait qu'on loupe ça. C'était trop beau, l'avant première au Rio Bio, superbe cinéma indépendant de Södermalm datant des années 40, puis un mix assuré par l'auteur et son sujet dans la salle attenante, Strand. En même temps, nous nous devions, en tant que représentants de notre pays, de soutenir la Culture Française en assistant à la rétrospective Carné à la Cinémathèque...
C'est donc 2 jours après l'événement, que nous nous rendons au Rio pour voir le documentaire. Evidemment, comprendre un film suédois sans sous-titres sur un chanteur d'origine argentine, conçu en Amérique du Sud presque sous les bombes, né en Suède et tournant en Asie, n'était pas à notre portée. Ce sera donc un compte-rendu très partiel.


"The Extraordinary Ordinary Life of José Gonzáles", tourné sur 3 ans, est exactement l'opposé de "Dig!" sur The Brian Jonestown Massacre. Nous avons ici un chanteur, presque docteur en biochimie, taciturne, aimant la solitude et les guitares en bois, lire des livres et se prendre la tête, comme disent les jeunes. Rien à voir avec les mythes frelatés du rock 'n' roll et les postures entraînées par le regard de la caméra. D'emblée, nous sommes mis dans le bain (ou prévenus), on voit José dormir dans l'avion (et presque se bavant dessus), enregistrer dans un mini studio seul avec ses machines, se grattant le nez etc. Nous sommes bien dans un projet un peu voyeuriste accepté : bien souvent, José est filmé par des caméras de quasi surveillance branchées sur son ordinateur, voire se filme et s'enregistre lui-même. Alors que voit-on ? Est-ce vain ?
Point du tout, nous voyons un artiste humble, vivre son processus de création et sa vie en tournée comme cela doit être le cas pour la majorité des musiciens sans drogues ni groupies, parties infinies et instruments brisés.
On le voit, par exemple, dans sa loge, sortant de scène, visiblement encore sur une autre planète, répondre gentiment à une organisatrice de concerts qui l'embête avec ses supposées références : John Martyn qu'il n'a jamais écouté mais oui il devrait, c'est vrai, surtout ses premiers albums, non j'ai surtout écouté Nick Drake, oui merci, c'est bien que ça vous ait plu, oui ah bon, la dernière chanson sur la guerre d'accord etc.
Ou encore, une autre scène, ou une journaliste asiatique lui dit qu'il est le "Paulo Coelho de la musique" !!! Et lui, gentiment lui répond qu'il n'a jamais lu ses livres mais peut être qu'il devrait ! Un vrai gentil, ce José, surtout lorsqu'il lui dit qu'il a aimé l'avoir rencontrée. Un saint !
Les scènes comme celles-là sont entrecoupées de vidéo de concerts, souvent filmées très proche de lui, voire dans son dos, donnant une impression d'intimité voire de familiarité avec José au fur et à mesure du film. Le public est de cette façon toujours invisible, au mieux, on le devine dans le noir ce qui renforce cette impression ainsi que la solitude de l'artiste face à un public aimant. Cette espèce d'amour étrange qu'on envoie à quelqu'un qui ne nous connaît pas et dont on se sent pourtant si proche. Pour une fois, on le sent du point de vue de l'artiste et c'est très curieux.

Quelquefois, l'action est soulignée par de petites animations dessinées par Mikel Cee Karlsson, à la fois naïves et très belles. Certaines, racontant plus particulièrement ses relations avec ses parents sont hilarantes (sa "conception" et sa naissance) ou touchantes (ses parents se sont séparés il y a une dizaines d'années). La tournée mondiale de José le conduit à retourner sur sa terre presque natale et à ses retrouvailles avec son père. Tout est filmé de façon très pudique mais toujours touchante, à l'image de sa musique.

A la fin, nous voyons José discuter avec les membres de son groupe. Il leur parle de chromosomes, livre à l'appui, puis, presque sans transition, va prendre sa guitare, parcourt quelques couloirs, se retrouve sur une scène qui l'acclame et donne son concert ! C'est peut-être un détail pour vous mais pour moi ça veut dire beaucoup.

Le film se termine par une interview de José racontant joyeusement la genèse de son album, que nous avons vu se faire y compris dans ses moments de creux, de vide, et tout se conclut avec la chanson "CyclingTrivialities", comme sur la fin de l'album "In Our Nature", que je vous conseille vivement d'écouter ou de réécouter.

Bon, nous avions loupé l'avant-première du film, c'est vrai, mais nous sommes allés à la party d'après, à Strand en fait. Pour voir les artistes et la faune indie stockholmoise. Fredrik Egerstrand et José Gonzáles étaient donc derrière les laptops (vous savez, on mixe avec ça maintenant) à boire des bières en rigolant comme des bossus (ou plutôt comme des gamins) tout en passant des tubes. Rien de prétentieux ni de volontairement obscur, juste des tubes électro 80, disco, une pincée de tropicalisme, un remix de Konono n°1... Toujours de quoi faire danser et sourire. Ça n'amuse que nous et leur dizaine de copains venus les voir tous tassés dans le fond de la grande salle, près du bar. En repartant, nous voyons les hipsters à l'opposé du bar buvant des cocktails onéreux et papotant bien fort. Une fois de plus, nous avons choisi notre camp... du côté du Paulo Coelho de la musique.

Guillaume Delcourt

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