Evangelista - Prince of Truth

30/10/2009, par Julian Flacelière | Albums |
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EVANGELISTA - Prince Of Truth
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EVANGELISTA - Prince Of TruthProTools est le diable, le refrain est connu. Sans le diable, beaucoup de choses sur cette bonne vieille planète n'auraient pu exister. Sans ProTools, "Prince of Truth" n'existerait pas sous cette forme. Ironique plaisanterie quand on sait que le prince de la vérité est le fils de Dieu. Quoi qu'il en soit, voici les faits : au deuxième jour de l'enregistrement, Carla Bozulich tombe sévèrement malade, au point de devoir rester couchée au lit durant quelques semaines. Son backing band retourne en studio travailler différents titres, amassant prises multiples, overdubs, extras sur lesquelles travailla ensuite Bozulitch. Pendant deux mois, elle s'amuse, nous le supposons, à déconstruire encore et encore les master tapes, ajoutant, supprimant, modifiant, déformant, bouleversant les couches, les structures, les motifs. On imagine la jeune femme marcher dans ce labyrinthe de bruits, dérouler petit à petit son fil d'Ariane, qu'elle seule voit clairement, pour trouver son chemin jusqu'à la musique. Affirmer que les structures des chansons diffèrent des conventions est un cliché facile et, en l'occurence, faux. Oui, elles sont formées à partir de multiples sources disparates, formées au sens littéral, mais dont, souvent, seul sa créatrice peut percevoir tous les contours. Si l'on devait résumer le disque, on userait de termes liées à la vitesse (accélération, décélération, soubresauts, etc.) et donc de temps, Bozulitch essayant de le découper et de le réorganiser pour en faire des chansons.

Les premières minutes, donc, intriguent : bourdons de contrebasse, bruits divers semblant extraits d'une bande originale d'un film de Carpenter, voix blanche cafardeuse soudainement parasitée, couches et des couches de tiraillements, de gargouillis, roues de vélo... Le titre d'ouverture remplit son office, entrer dans le cerveau de l'auditeur par effraction, bousiller tous ses repères et le placer dans le même dédale que son auteur. On tatonne les murs au lieu de se réveiller parce que, c'est bête à dire, c'est vraiment très beau.

"The Slayer", véloce et agressif, tire notamment sa force de son opposition motrice avec la piste suivante, lente et relativement bienvaillante, dont les beaux passages sont perpétuellement obscurcis par un bavardage musical excessif et des passages superflus. Terroriste minant son propre terrain, Evangelista semble vouloir opérer d'abord par la terreur, fasciner par la peur, à l'aide de ces éternels bruits monstrueux, par essence innommables. Vous savez, ces bruits que l'on identifie ainsi, portes, râles, grincements, bagues sur le tableau noir et qui sont tout autre chose, parfois rien. Vouloir asservir l'auditeur à une ambiance, c'est prendre le risque de supprimer la suggestion ; ma foi, je n'aime guère sentir mon imagination enchaînée d'une si primitive manière. Pourtant je continue, car, bête à dire, mais c'est vraiment très beau et lorsqu'elle tient les rênes, se concentre sur la ligne mélodique et sur le chant, elle fait des merveilles. Ainsi sur ce titre parfait, inoubliable, "I Lay There in Front of Me Covered in Ice".

Carla enfonce le clou de la croix avec cet incandescent, furibond "You Are a Jaguar", ses guitares lâchées comme un fauve blessé à mort dans l'arène, mordant à pleine mâchoire tout ce qui est chair, se jetant toutes griffes devant l'auditeur-empereur, ravi de ce spectacle macabre, et la jeune femme vociférant telle une PJ Harvey folle de rage, foutue en cage. Ah! Elle veut nous la faire sentir sa petite apocalypse en quatre minutes chrono et ne mégote pas sur la friture. Le reste est à l'avenant, brillamment écrit et interprété, péchant par une structure trop éclatée, justement trop déconstruite. Paradoxalement, c'est aussi ce qui fait toute son étrangeté et une majeure partie de son pouvoir de séduction. Ah! Le labyrinthe n'est en fait qu'un simple cercle. Normal qu'on s'y égare. Et, sachant qu'il n'y a point de Cerbère, on y demeure avec un malsain plaisir.

Julian Flacelière

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The Slayer
Tremble Dragonfly
I Lay there in Front of Me Covered in Ice
You Are a Jaguar
Iris Didn't Spell
Crack Teeth
On the Captain's Side

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