Thomas Dybdahl, Peter Von Poehl - Paris, La Boule Noire, 2 juin 2005

07/06/2005, par David Larre | Concerts |
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THOMAS DYBDAHL, PETER VAN POEHL - Paris, La Boule Noire, 2 Juin 2005

Partageant avec son public parisien le souvenir encore ému de sa prestation au Nouveau Casino en février dernier, Thomas Dybdahl, bien entouré pour l'occasion, est venu défendre sur la scène de la Boule Noire son second album, "Stray Dogs", et faire revivre le frisson d'alors. Ayant raté cette première rencontre marquante qui n'est pas passée inaperçue de tout le monde, on ne pourra comparer, mais on est bien certain que la densité du concert, le lyrisme vocal - sensuel et affolant - du chanteur, l'accueil chaleureux des fans et des curieux -massés devant la scène et volontaires pour chanter les refrains du Norvégien-, auront contribué à donner corps à ce qui ressemble à une belle histoire d'amour.
Arrivé au milieu de la première partie, le set folk dépouillé de Peter Von Poehl, ancien membre d'AS Dragon et actuel compagnon de route de Bertrand Burgalat, on ne pourra guère tirer de conclusion valable de la prestation du jeune homme, tout juste quelques impressions fugaces : celles d'une silhouette blonde et mince, clone du jeune Elliott Murphy (dixit Vincent, mon acolyte de popnews), d'une voix flûtée et frêle qui assagit le public, d'une certaine austérité exprimée dans la défense de ses compositions ou la déconstruction de classiques ("Heartbreak Hotel"). Prégnance des modèles, fragilité avouée, filon intimiste, une entrée en matière qui contraste terriblement avec l'assurance terrassante de l'équipe norvégienne.
Ils sont six sur scène, six hommes en costume et sur fond bleu nuit, à chauffer les planches, entre élégance et ferveur, une heure et demie durant. Il y a les guitares (Fender pour Thomas, basse Rickenbacker pour son voisin), il y a un batteur à tout faire sur les mesures duquel le reste de l'équipe, complètement scotchée à lui, se concentre pendant les premiers morceaux, il y a un clavier qui a troqué l'orgue Hammond pour un joujou en plastique Nord Electro, un peu pourri mais suffisant, et il y a les incontournables vibraphone et pedal-steel, qui, sur les albums, donnent à l'orchestration les tonalités oniriques et troublantes qui font le charme de cette musique. Sur scène, elle est tout aussi belle et trouve de nouvelles formes, profondes et nuancées, et des contrastes saisissants, entre l'hypnose et la déferlante sonore. Equilibrée par les brusques moments de tension et d'accalmie, commençant parfois dans l'étrange (la très belle introduction au vibraphone de "Pale Green Eyes") ou s'achevant dans la fureur bruitiste (le final blues virant grunge de "I Need Love, Baby, Not Trouble"), elle trouve souvent les ressorts, à la fois puissants et subtils, qui soulèvent le public
Sorte de concentré d'americana qui aurait choisi de croiser tous les fils d'une ascendance multiple (blues, rock, folk), ce tourbillon sonore bénéficie de surcroît d'un atout majeur au cœur du dispositif, la voix souveraine de Thomas Dybdahl, âme vibrante prête à tous les écarts, entre Marvin Gaye et Jeff Buckley, voix conquérante qui connaît tout des douceurs et des aplombs qui font se hisser les jeunes filles sur les bancs près de la scène. Il n'a cependant pas besoin d'en faire trop, et il tire les meilleurs effets "soul" des moments où il pose simplement sa voix sur des compositions en apesanteur. Dans la voix et dans l'homme, il y a enfin ce feeling étrange, ce charisme qui le fait passer de l'énergie du chant à l'empathie avec les musiciens, avec le parterre, cette bonhomie gracieuse, qui le pousse à se raconter, à lancer une private joke sur une bouteille de bière vide qui devient instrument de musique dix minutes plus tard, à jouer le chef de chœur qui oublie les paroles, à réclamer sans honte un peu plus de chaleur et d'amour. Ce soir, le public ne peut rien lui refuser.

David

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