Dominique A - Paris, Théâtre des Bouffes du Nord, le 26 juin 2004

18/08/2004, par Sacha Tannai | Concerts |
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DOMINIQUE A - Paris, Théâtre des Bouffes du Nord, le 26 juin 2004

Un public hétéroclite prend place dans le théâtre des Bouffes du Nord, les places des premiers rangs sont vite accaparées, tandis que les balcons se remplissent plus calmement.

L'introduction surprend le public : le noir se fait brusquement et Dominique A entame a capella un morceau, puis enchaîne avec "Elle parle à des gens qui ne sont pas là" pendant que des lumières bleutées révèlent progressivement la scène peu chargée : deux guitares et leurs amplis, ainsi que deux micros avec un bouquet de pédales d'effets à leurs pieds.
Une atmosphère de recueillement s'installe sur une version acoustique et nerveuse d'"Evacuez". Sur "Je suis une ville", les éclairages découvrent en arrière plan le mur décrépi du fond de scène, et le morceau prend toute sa dimension dans ce cadre vétuste et abîmé.
La voix, puissante mais nuancée, charpente les morceaux. Elle sait aussi s'en libérer pour les sublimer et créer des versions encore plus envoûtantes. Comme un illusionniste sonore, un magicien des effets, Dominique A jongle avec ses pédales et tisse des volutes mélodiques qui s'envolent sous la voûte du théâtre. Il interprète ses morceaux, se laissant habiter par les mélodies et les textes, et nous les restituent puissamment ; pris de secousses, il se désarticule, se déhanche à l'instar d'un Elvis Presley.

Le public, très sage, écoute religieusement, n'applaudissant qu'entre les morceaux pour ne pas parasiter le show, s'autorisant un cri ou un bravo de ci de là.
Dominique A, tout de noir vêtu, arrive à animer la scène de sa présence, démultipliant les mélodies et les voix qui s'entrecroisent et se décroisent à sa guise ; les morceaux sont ainsi épurés puis étoffés, offrant des versions inédites.

Les éclairages ne sont pas ici qu'un simple accessoire de scène ni un artifice : ils contribuent à plonger le public la tête la première dans l'univers tourmenté du chanteur. Grâce à eux, les morceaux entrent en résonance avec ce théâtre et ses aspérités. Un habile agencement des projecteurs rend un effet surprenant et suggestif, construisant un écrin visuel parfait pour chaque morceau : on passe d'atmosphères rougeoyantes à des éclairages très bretchiens, jouant avec les colonnes du théâtre. D'autres lumières, astucieusement placées, mettent en scène un jeu d'ombres chinoises de part et d'autres de Dominique A, démultipliant sa silhouette sur les murs de la salle.

Les chansons du dernier album sont jouées dans des versions plus digestes, moins chargées d'arrangement ("Tout sera comme avant", "Pendant que les enfants jouent" ) ; ainsi dénudées, elles acquièrent un impact plus fort sur le public.
Des morceaux de "Remué" viennent nous fouetter les oreilles : le très beau et troublant "Pères", "Surestimé", "Tu vas voir ailleurs" et une version du "Détour", en duo avec Pierre Bondu.
Une reprise de Françoiz Breut marque ce concert : une version rythmée de "Motus".
Quelques titres d'"Auguri" viennent compléter ce set ("La Peau", très électrique, "Evacuez"). "Antonia" est le dernier morceau joué avant les rappels, tout en puissance, un cercle de néons au sol embrasant le théâtre d'une lumière violente. La guitare hurle sur son support pendant que Dominique A court sur scène comme un fauve sur une piste aux étoiles avant de s'éclipser en coulisse.

Quatre rappels suivent, ravissant le public : entre autres, la "Mémoire Neuve", dans une version émouvante, "Le courage des oiseaux" et "Le Faussaire" qui donnent des frissons jusqu'à la moelle épinière.

L'artiste conclut ainsi en beauté sa prestation de quatre dates au Théâtre des Bouffes du Nord, saluée par une standing ovation. Dominique A relève une fois de plus brillamment le défi de présenter ses créations seul sur scène. Sans tomber dans le piège de l'homme orchestre et de la surenchère technique, il nous offre un set émouvant, terriblement humain, nous faisant redécouvrir son répertoire pourtant bien connu.

Sacha

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