Dominique A – Théâtre de la Ville, Paris, 26 janvier 2012

31/01/2012, par | Concerts |
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Dominique A 1

 

Katerine, Vincent Delerm, Bertrand Belin… Dans le foyer du Théâtre de la Ville, c'est un véritable Who's Who de la chanson française (pour aller vite) qui défile, venu célébrer les 20 ans de carrière de Dominique A. Mais aussi et surtout quelques centaines de "simples" fans, dont on suppose qu'ils entretiennent tous ou presque un rapport intime avec "La Fossette", premier album du chanteur qu'il revisite intégralement ce soir-là en première partie de programme. Sachant l'homme peu porté sur la nostalgie, on s'était d'abord étonné de cette plongée dans son passé ; elle prend en fait tous son sens en regard de la seconde mi-temps, un déroulé des chansons encore inédites du prochain album "Vers les lueurs", qui sortira en mars.

Comment jouer "La Fossette" 20 ans après ? On ne doute pas que Dominique A s'est sérieusement posé la question, d'autant que cette œuvre autarcique n'est pas franchement taillée pour le live. Reproduire les arrangements originaux (ou leur absence) aurait été absurde ; transposer des morceaux aussi ténus dans un contexte "maximaliste" n'aurait pas eu davantage de sens. C'est une formule en trio qui a été choisie, avec deux guitares électriques et un piano (un vrai, de concert), plus un accordéon très intelligemment utilisé et des claviers ou machines sur certains morceaux. Même si l'on regrette parfois de ne pas retrouver tels quels les petits gimmicks sonores "arte povera" éternellement associés aux chansons dans notre mémoire, la formule s'avère payante.

Les titres les plus forts ("Le Courage des oiseaux", bien sûr, "Va-t'en", "Sous la neige", "L'Echo") en ressortent magnifiés, d'autres un peu sous-exposés ("Les habitudes se perdent", "La Folie des hommes") brillent enfin en pleine lumière, et les plus anecdotiques ("Trombes d'eau", "Mes lapins"…) donnent l'occasion à Dominique et ses deux acolytes de s'amuser un peu. Les sentiments se bousculent en nous, faisant l'aller-retour entre 1992 et 2012, entre ce que ces chansons signifiaient pour nous à l'époque et ce qu'elles nous disent aujourd'hui, entre ce qu'on était alors et ce qu'on est devenu – si tant est qu'on ait beaucoup changé –, entre le Dominique A débutant et le Dominique A artiste confirmé et respecté… C'est forcément émouvant, un peu déstabilisant aussi. Et beau, simplement.

Un court entracte, et c'est une formation bien différente (à part le guitariste, identique) qui prend possession de la scène du Théâtre de la Ville. Au fond, un quintette de vents ; devant, un groupe électrique, toujours avec le piano (David Euverte, également auteur des arrangements). Pas évident au départ, le mélange des deux va s'avérer très convaincant. Si "La Musique/La Matière", avec son parti pris minimaliste, bouclait d'une certaine façon la boucle ouverte avec "La Fossette", les quinze morceaux inédits de "Vers les lueurs" – précédés d'une intro instrumentale – regardent vers de nouveaux horizons. Même si, au-delà de l'utilisation très fine des cuivres et des bois, on ne trouvera pas ici de révolution stylistique. Juste une consolidation des acquis, entre titres rock à la dynamique impressionnante (on espère autant de punch sur disque) et épopées intimes où la lumière est souvent évoquée. Curieusement, sur scène, ce sont des ombres que l’on remarque : celles, portées, de grilles suspendues à quelques mètres de hauteur et éclairées par en dessus. Elles semblent emprisonner chaque membre du groupe, alors que la musique de Dominique A n’a pourtant jamais paru aussi libre et épanouie (les neuf minutes étourdissantes du "Convoi", morceau de bravoure du set).

La rappel pioche trois morceaux dans les vingt ans séparant les deux albums joués ce soir-là. D'abord "Le Sens" voix-guitare, pas loin d'être bouleversant, puis, avec le groupe électrique, "En secret" (tiré d'"Auguri") et le plus rare "Le Métier de faussaire" ("La Mémoire neuve"), secs, nerveux, francs, puissants. 23 heures passées, ovations, saluts. Rendez-vous dans vingt ans, sans faute.

Photo Frank Loriou.

Un immense merci à Eric Marjault.

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