Doctor Flake - Interview

19/07/2010, par Luc Taramini | Interviews |
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L'outil de base c'est le sampling, or tu utilises aussi de vrais instruments, et sur "Minder Surprises", tu invites même des chanteurs. Pourquoi ce besoin d'ouvrir la formule ? 

Disons que c'est plutôt une suite logique. J'ai rencontré Vale Poher par l'intermédiaire d'une amie que nous avions en commun. Elle m'a proposé un remix que j'ai fait. En fait, j'ai aimé utiliser sa voix sur un instru assez dark. Cela a donné un super titre qui sera probablement dans le quatrième album. Donc à la base, il y avait une envie de collaboration de ma part, la rencontre avec Vale a permis de la concrétiser. Je n'ai rien prémédité sauf pour Pierre, le rappeur, que je suis allé délibérément chercher pour ce qu'il sait faire.

Qu'est-ce qu'ils apportent concrètement ?
En fait ils m'apportent leur personnalité, leur propos, leur capacité mélodique (notamment pour Vale). Ils m'apportent des vacances car c'est moins de recherche d'arrangements. C'est un dialogue, les morceaux n'auraient pas lieu d'être sans eux.

Tes instrus sont souvent assez cotonneux et engourdissants, as-tu des marottes sonores récurrentes ?
Oui, avec le recul je me rends compte que les thèmes de violons ou de violoncelle reviennent souvent. Sur le dernier album, le titre "A Last Dance with Léon" est l'exemple typique de boucle qui peut me tomber dans l'oreille et me donner envie de la faire évoluer. C'est plutôt les boucles de violons qui m'intéressent car c'est là que je vais traquer le sample. Après je ne trouve pas toujours. Le sample ne se prémédite pas. Parfois il s'impose, parfois pas du tout.

Tu es un peu comme un chercheur d'or qui traque la pépite sans jamais être sûr de la trouver ?
Exactement. Là, je reviens de plusieurs croisades infructueuses. Parfois je rapporte 20 ou 30 disques, je fais des sessions, je repasse les disques. Il y a des choses que j'avais mises de côté qui remontent au premier plan. L'évidence du sample met parfois du temps à s'imposer car je cherche aussi des paramètres qui m'intéressent : il faut que la boucle tourne à une certaine vitesse, entre 60 et 100bpm, qu'elle soit dans ma couleur mélancolique. Après j'installe un beat et je vois si ça commence à tourner. C'est vraiment une démarche hip-hop. Après je vois si j'ai envie de jouer de la basse, du thérémine ou des claviers par-dessus. Le sample n'est pas une conduite systématique, il peut parfois venir en arrangeur. Sur le deuxième album, le morceau "Only You" est basé sur une mélodie que je joue au piano et tout ce qui vient en autour, en arrangements, ce sont des éléments samplés.

Qu'en est-il de ces samples de voix qui constituent une narration sur tes albums "Intervention chirursicale" et "Paradis dirtyficiels" ?
Très souvent la narration vient sur le titre a posteriori. C'est une collection de voix que j'avais envie de poser et que j'ai réparties en fonction des ambiances en préparation. Après, tout ça se fait sur des phases de deux ou trois ans. Il y a un phénomène de maturation des instrus. J'en laisse reposer certains en attendant d'y revenir. Le temps est l'ami de la réalisation même sil est l'ennemi de la trésorerie. Il faut aussi savoir fixer les choses à un moment donné.

Que retires-tu de ton passage au Printemps de Bourges en 2010 ?
C'est une étape où tu joues devant des professionnels. C'est un peu bizarre… j'attendais beaucoup plus de retombées après le concert. On va voir ce qui se met en place sur l'année qui vient mais, pour l'instant, c'est mou. C'est beaucoup de paroles qui ne voient pas le jour.

Tu ne te sens pas taillé pour ce milieu des festivals et le circuit traditionnel des salles de concert ?
Si, j'aimerais bien en faire partie mais on ne veut pas de moi parce que ma musique est trop triste. Ce n'est pas un problème artistique mais je n'ai pas assez de diffusion radio pour convaincre les programmateurs. Il faudrait que je sois en position de force. Pour l'instant je suis trop petit et je ne suis pas non plus dans le registre festif, c'est-à-dire que je ne fais pas boire des bières au public, qu'il ne se défoule pas assez sur ma musique.

Doctor Flake

Cela dit, tout le monde n'est pas obligé de faire une musique festive pour remplir les salles. Il y a peut-être des formules scéniques à trouver ?
Oui, c'est ce qu'on a travaillé. Sur scène je suis accompagné de Vale au chant et à la guitare, et à partir de la rentrée je serai accompagné de Pierre. Mais le problème auquel je suis confronté c'est que je tourne avec quatre personnes (dont un ingénieur du son) en ayant toujours une côte d'artiste solo. Développer une scène sans pognon, c'est usant. Donnez moi de l'argent, j'ai plein d'idées. Je voudrais un thérémine sur scène, une scie musicale, un quatuor à cordes etc.

Qu'est-ce qui explique qu'un artiste comme le Chapelier Fou perce avec une formule assez similaire finalement ?
Je ne sais pas… L'encadrement : Ici d'ailleurs ? Le fait qu'il joue d'un instrument sur scène, c'est peut-être plus parlant pour le public ? Plus interactif aussi. Chapelier Fou a été découvert à Bourges il y a deux ans, depuis il y a eu pas mal de travail derrière lui au niveau du tour. C'est normal que ça finisse par marcher. Bref, j'attendais plus de Bourges même si ça m'a permis d'avoir quelques dates sympas cet été.

Te sens-tu appartenir à une communauté spécifique ? Est-ce que tu t'exportes un peu à l'international ?
Je m'intègre à une communauté de producteurs, mais j'ai plus envie d'axer ma représentation sur du live et de la complicité scénique plutôt qu'à un rapport aux platines. Pour répondre à ta deuxième question, oui j'ai parfois joué à l'étranger, mais encore une fois, je pense qu'il faut déjà être connu ici pour prétendre à l'export.

Photos par M. Perruchini et C. Sorel
Merci à Dominique Marie

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