Destroyer - Interview

27/06/2011, par Guillaume Sautereau | Interviews |
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Profitant de journées de RTT à solder, je me suis rendu à Montreuil pour aller poser quelques questions à Dan Bejar, héros personnel (vous allez voir, je suis quelque peu intimidé), en tournée promotionnelle en Europe pour la sortie sur notre continent de son dernier album, "Kaputt", paru en début d'année en Amérique du Nord. Le Canadien m'attend vautré sur un petit sofa, caché derrière ses lunettes noires, il prend son temps pour répondre à chacune de mes questions, ce qui est parfois un peu déroutant (mais rassurez-vous, j'ai remplacé les blancs par des "...").

Dan Bejar (Destroyer)

 

"Kaputt" a enfin droit à sa sortie européenne, presque six mois après sa sortie aux États-Unis. Qu'as-tu pensé des premiers retours sur ce nouvel album ?

Il y a quelque chose qui n'était pas prévu et qui est arrivé... Des gens qui méprisaient Destroyer - moi, ou les disques - par le passé aiment le nouvel album. Je ne m'y attendais pas. Il semblerait aussi que l'album ait plu à un public plutôt jeune, ce qui est étrange, car je suis si vieux... Nous avons fait une tournée en Amérique du Nord, et la réponse est vraiment bonne.

 

Chacun de tes albums est assez différent du précédent, tout en gardant ta patte. Celui-ci paraît au premier abord très très différent des précédents.

Je ne pense pas que "Kaputt" soit plus éloigné de mes autres disques que l'étaient, par exemple, "This Night" en 2002 et "Your Blues" en 2004. Là, c'était un peu extrême. Les gens qui ont suivi Destroyer depuis 10 ou 12 ans savent que mes disques sont assez variés. Ça dépend aussi des gens avec lesquels je collabore. Je pense toutefois que "Kaputt" est différent des autres disques, pas nécessairement en termes de son, mais dans l'approche de l'écriture et du chant. C'est aussi une tentative d'avoir un thème constant du tout début à la toute fin du disque. C'est la première fois que j'ai voulu faire ça. Les fois précédentes, je voulais plutôt l'inverse : créer des conflits d'idées, des ruptures de ton au sein d'un même disque. Sur "Kaputt", l'objectif n'a pas du tout été le conflit, mais sa résolution. C'est aussi ma première tentative de faire un disque pop. Je n'en avais jamais fait avant.

 

Qu'est-ce que tu veux dire par disque pop ? Plus exactement, en quoi "Kaputt" l'est-il ?

En quoi, "Kaputt" est-il un disque pop alors que "Destroyer's Rubies" ne l'est pas ? Je voulais faire un disque qui puisse avoir une existence publique. Les disques précédents de Destroyer cherchaient plutôt l'opposé ! Je voulais aussi que la voix soit plus fondue au sein de la musique, qu'elle soit presque comme un instrument, que la musique en elle-même soit plus "musicale", moins spécifique aux paroles. Pour moi la pop musique est surtout une histoire de production, vraiment, je ne pense pas que ça ait à voir tant que ça avec la structure des chansons ou la mélodie. Vouloir écrire une pop song, c'est vouloir faire rêver l'auditeur pendant trois minutes.

 

Avant "Kaputt", il y avait eu deux EPs assez singuliers, en particulier celui enregistré avec Loscil et Tim Hecker, "Archers on the Beach". Quel était ton objectif avec ce disque ?

Quand j'ai commencé à enregistrer "Kaputt", j'étais plein de grandes ambitions. Je voulais mêler ce que je voyais comme de la musique sérieuse, de l'ambient, à une trame de pop song plutôt dansante. A la fin, comme les chansons m'ont donné l'impression de former un tout, j'ai décidé de ne pas rompre cette cohésion et d'utiliser mes autres idées pour un autre disque, qui est devenu "Kaputt". "Archers on the Beach" est plus représentatif de la musique que j'écoute, et je me vois plus aller dans cette direction que dans celle indiquée par ce que j'ai fait sur "Kaputt". J'aime l'idée de collaborer de cette façon, avec des gens qui ne font pas de musique pop, et de leur confier totalement la musique pour me concentrer sur la voix et les paroles.

Dan Bejar (Destroyer)

 Quel a été le processus créatif pour ces deux morceaux ?

Pour le morceau avec Tim Hecker, j'ai écrit la chanson, je l'avais jouée au synthé, lui a décidé d'utiliser un piano, et il a totalement pris le contrôle sur toute la partie musicale, je n'ai ensuite fait que chanter par dessus. Sur la deuxième face, avec Loscil, la musique était complètement terminée et je n'ai eu qu'à ajouter le chant. C'était vraiment intéressant comme façon de travailler. 

 

Et pour le EP "Bay of Pigs", la chanson-titre est également assez spéciale, très longue.

La version du EP est plus longue que celle qui s'est retrouvée ensuite sur "Kaputt". Elle est issue de la même session d'enregistrement que l'album. Je voulais sortir un EP avant la sortie de l'album, je savais que ça devait être long, en plusieurs mouvements, c'était ce qui m'intéressait à ce moment-là. A cette époque, le planning pour l'album était quelque peu relâché, on traînait. Avoir une deadline pour sortir "Bay of Pigs" m'a aidé à trouver de l'élan pour finir l'album. Ça m'a également aidé à structurer mes pensées, à savoir plus précisément ce que l'on voulait faire pour l'album. Ça a finalement été très important de sortir cette chanson.

 

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