Destroyer - Bay of Pigs

08/09/2009, par Julian Flacelière | Single |
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DESTROYER - Bay Of Pigs
(Merge Records) [site] - acheter ce disque

DESTROYER - Bay Of PigsLes jeunes et surprenants songwriters nord-américains ne manquent pas. Bradford Cox, Ira Kaplan, Spencer Krug, Daniel Rossen sont les premiers me venant instantanément à l'esprit. Fâcheuse tendance de ma part à évincer involontairement le très talentueux Dan Bejar aka Destroyer, également membre des New Pornographers et tiers de Swan Lake. Evoluant chacun dans son propre registre, un point commun les lie à mes yeux cependant les uns aux autres : un perpétuel besoin de pousser leurs groupes respectifs vers de nouveaux espaces et une obsession presque pathologique pour les constructions aussi habiles que téméraires. Le territoire inédit que Dan Bejar explore avec cet EP est électronique. Certes, les connaisseurs de l'oeuvre de Destroyer noteront que "Your Blues", sorti en 2004, tendait à s'en approcher. "Bay of Pigs", cependant, saccage le poste frontière et s'enfonce résolument sur des terres inconnues du jeune homme. Il est clair, dès les premières secondes de la chanson-titre, que l'EP ne partage pas grand chose, foncièrement, avec la précédente oeuvre de Destroyer, "Trouble in Dreams". Deux minutes de couches de synthés tintinnabulant sur un drone comme du Couperin sous acide s'effaçant ensuite devant la voix haute et nasillarde, mais claire, de Bejar. Les paroles pour le moins codées, auto-référencées, le récit éploré du narrateur, auxquels il nous a largement habitués prennent une autre dimension dans cet écrin atmosphérique délicat et vaporeux faits de beats proto-disco, de lents passages ambient et de petites mélodies folk ou funk blanc passés à travers des claviers au son on ne peut plus contemporain. Le titre durant près de quatorze minutes, le nombre de développements et d'harmonies n'empêchent pas Bejar de s'y embourber quelque peu, sa principale tare étant de s'asseoir sur à peu près le même tempo et les mêmes couleurs en essayant tant bien que mal de mener la chanson à son terme sans tout gâcher. Il y parvient, mais on le sent tout de même coincé, d'où, probablement, une boîteuse conclusion qui semble complètement retranchée du reste. En somme, Bejar pêche ici par un léger manque de dynamisme, ou par excès d'ambition, si l'on peut dire. C'est moins que la chanson stagne que parce que le crescendo s'avère dans un premier temps trop brutal et dans un second temps incapable d'ouvrir une porte de sortie à la hauteur de l'ensemble, répétons-le, d'un grand charme. Parlant d'auto-référence, la face-b de l'EP, "Ravers", n'est rien de moins qu'une superbe disgression synthétique de "Rivers", titre présent sur le huitième LP de Destroyer. Puissante, évocatrice, extrêmement agréable à l'oreille, Bejar y multiplie les séquences indépendantes, prenant tout son temps à bâtir de précaires constructions sonores, s'évaporant aussi discrètement que de la buée sur une vitre. Je ne peux m'ôter de l'esprit que ce serait la bande-son idéale pour explorer une grotte aux parois recouvertes de glacis, des stalactites noueux plongeant jusqu'au sol, des attrape-rêves de givre évoquant mille figures alors que glissent des voûtes de nonchalantes gouttes aux teintes arc-en-ciel. Cette grotte n'est qu'imaginaire, mais tout le pouvoir de Destroyer est de pousser l'auditeur à imaginer de telles images, et de réussir à évoquer une ambiance aussi précise.

Julian Flacelière

Bay of Pigs
Ravers

 

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