Dean Wareham - Interview

12/04/2011, par Christophe Despaux | Interviews |
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Dans ton livre, tu racontes comment Galaxie 500 a joué "Ceremony" à Manchester. Peter Hook est arrivé en Porsche et a débarqué dans les loges après le concert pour montrer à Naomi comment jouer correctement la ligne de basse.

En fait, c’était une Jaguar, et il était plutôt sympathique. C’est, selon Kramer, le genre de personnes qui pense toujours avoir raison pour la simple raison qu’il a du succès...

 

Tu es parti en tournée avec Lou Reed, et c’est l’un de tes amis. Pourquoi n’écris-tu quasiment rien sur lui dans "Black Postcards" ?

Il a été très gentil avec moi. Ce que je pense de sa façon de chanter sur cette tournée n’est pas très intéressant (rires). J’ai déjà vu Lou se braquer au cours d’une conversation quand quelqu’un faisait mine de noter ses paroles. Tout le monde a droit au respect de sa vie privée.

 

Tu as été consultant musical pour le film "Les Berkman se séparent" ("The Squid and the Whale") de Noah Baumbach. C’est toi qui as choisi la chanson "Street Hassle" de Lou Reed ?

Je l’ai fait écouter au réalisateur et c’est lui qui a choisi de la passer à la fin du film, qui est un moment très fort. Lou Reed a vu le film et a dit que c’était la meilleure utilisation de sa musique au cinéma. 

 

Il a également choisi la chanson "Strange" de Galaxie 500 dans son film "Greenberg", qui aide à comprendre à quel point Greenberg (le personnage joué par Ben Stiller) est socialement inadapté...

Noah Baumbach est très bon pour colorer des scènes du quotidien avec de brèves séquences musicales. J’aime beaucoup, dans "les Berkman se séparent", le moment où l’un des personnages s’enfuit en courant du musée. Pareil dans "Greenberg"  avec le passage où Ben Stiller est en train de conduire et sort de sa voiture précipitamment.

 

Tu envisages de travailler encore avec lui ?

Je l’espère. J’ai déjà travaillé sur plusieurs de ses réalisations notamment pour une chanson de "Mr Jealousy", son 2e film, qui n’est pas son meilleur mais qui est très amusant, et aussi sur "Margot at the Wedding" qui a été très sous-estimé, par les critiques. C’est un film dur mais drôle. Jack Black est très convaincant et Nicole Kidman joue une mère exécrable. Ca n’est pas très facile pour le public de supporter un tel personnage. Le premier film de Baumbauch, "Kicking and Screaming", était également très réussi, sur une bande de copains qui finissent le lycée et ne savent pas quoi faire de leur vie.

 

Ton livre a eu beaucoup de succès aux Etats-Unis. Il a un côté manuel de survie pour jeunes groupes de rock. Quels seraient tes 3 principaux conseils à un groupe de jeunes musiciens ?

Le premier serait de leur dire dès le début qu’ils sont un groupe de copains, mais qu’ils travaillent ensemble, et qu’ils doivent se mettre autour d’une table pour discuter sérieusement de leurs rôles respectifs si possible avec les conseils d’un professionnel. Les choses se seraient sûrement mieux passées au sein de Galaxie 500 si on l’avait fait, cela nous aurait aidés au début. Je ne suis pas sûr d’avoir d’autres conseils à donner… Faire des études de droit serait peut-être le second ! Ne choisissez pas cette carrière pour gagner de l’argent, je ne l’ai pas fait pour ça. Je pensais qu’on n’aurait pas de succès. Il y a tellement de gens qui font ce métier. Je considère que j’ai eu de la chance d’avoir ce qu’on peut appeler une carrière. Il faut avoir de la chance. Bon, il faut aussi proposer quelque chose de bien.

 

De tous les groupes américains à guitare des années 1990, seuls Galaxie 500 et Mazzy Star ont ce son aussi particulier avec beaucoup de réverb...

Je me souviens qu’au début des années 90, ça m’énervait qu’on compare Luna au Velvet, alors que le jeu des guitares est très identifiable sans même que j’aie besoin de chanter. Dans le même temps, il y avait 300 groupes grunge qui jouaient tous de la même façon. A l’époque de Galaxie 500, en 1989, on aimait ce qu’on faisait mais on ne pensait pas qu’on était un groupe important. Avec le recul, quand je compare avec les groupes de cette époque, on était parmi les meilleurs, et nos albums ont bien vieilli.

 

Pitchfork a donné la note maximale de 10 à l’album "On Fire", c’est un accomplissement, non ?

Un gars a écrit à ce propos qu’on avait obtenu cette note uniquement parce qu’on était jeunes, et que des groupes comme Wilco et The National étaient bien meilleurs que nous.

 

A plusieurs reprises dans "Black Postcards", tu dis que tu n’aimes pas les Pixies, sans développer ton propos.

Je ne les déteste pas. J’ai toujours trouvé leurs albums un peu stridents, comme un truc qu’on t’enfonce dans la tête. J’aime certaines de leurs chansons, "Here Comes your Man" notamment. Les gens pensent que comme nous venons aussi de Boston, il y avait une sorte de concurrence entre nous. Mais personne ne les aimait vraiment à Boston, ils n’avaient pas beaucoup de succès là-bas, ils en avaient plus à Paris. Depuis, je dois bien reconnaître qu’ils ont eu beaucoup de succès. Je ne peux pas dire que je ne les aime pas, contrairement à Billy Corgan que je ne supporte définitivement pas.

Dean & Britta

Tu reviens en concert à Paris avec Britta le 19 avril à la Cité de la Musique pour jouer votre nouvel album, "13 Most Beautiful… Songs for Andy Warhol’s Screen Tests". Qu’est-ce qui vous a donné envie de réaliser une illustration musicale de ces essais cinématographiques ?

C’est une commande du musée Andy Warhol qui nous a engagés pour le faire. Je ne pensais pas qu’on nous autoriserait à réaliser un tel projet. Il est né il y a déjà quatre ans et a mis du temps à arriver à maturité. Nous le jouons en tournée depuis deux ans. Ça n’est pas permanent, on joue environ une ou deux fois par mois. Ça nous a changé la vie, dans un sens positif. Ça nous permet de gagner notre vie, c’est très plaisant.

 

Avez-vous choisi les essais que vous vouliez mettre en musique ?

Oui, c’est nous qui les avons choisis. Warhol a réalisé environ 470 essais, dont une moitié était visible. Parfois, j’avais juste besoin de 5 secondes pour décider si j’en gardais un ou pas. C’était très difficile de n’en retenir que 13. Nous avons lu tout ce qui avait été écrit sur la Factory entre 1964 et 1966 et nous avons choisi des personnes qui étaient là tous les jours, qui comptaient dans la vie de Warhol, comme Billy Name, Edie Sedgwick, Lou Reed, Jane Holzer, Paul America…

 

Dennis Hopper ?

Oui, il était important dans la vie de Warhol. Au début des années 60, il n’arrivait pas à travailler à Hollywood, il avait trop mauvais caractère et était blacklisté. Il était collectionneur d’art, l’un des premiers à acheter les œuvres de Warhol.

 

Vous allez continuer ce show ?

C’est un drôle de spectacle, jouer toujours les 13 mêmes chansons pendant 2 ans, mais si tu t’arrêtes pendant quelques mois et que tu reprends, c’est OK.

 

Comment avez-vous découvert la chanson du Velvet Underground "Not a Young Man Anymore" ?

Sur internet. Nous luttions pour trouver une chanson pour illustrer l’essai de Lou Reed. On se demandait comment faire, on ne voulait pas utiliser l’une des siennes, et on est tombés sur cette chanson "Not a Young Man Anymore" par hasard. Il l’avait écrite après un concert à la même époque que le tournage de l’essai. L’association des deux nous a semblé évidente.

 

Il y a une connexion entre cette chanson et "Don’t Let Our Youth Go to Waste" chantée par Galaxie 500.

Oui, c’est juste.

 

Qu’a pensé Lou Reed de la reprise de sa chanson ? Il a vu le show ?

Il est venu voir le show à New York et nous a dit qu’il adorait.

 

Votre passage à Paris dans l’église de Saint-Eustache était surprenant.

Tu l’as vu ? On a été surpris qu’on nous laisse jouer dans une église. Je crois qu’ils ont apprécié le fait que Warhol soit catholique, en dépit du fait qu’il était gay et drogué (rires).

 

Etait-il vraiment gay ? J’ai lu que sa vie sexuelle était assez évanescente.
Ce qui est sûr, c’est qu’il n’avait pas de petite amie. Je crois que c’était un voyeur. Le livre de Tony Scherman et David Dalton, "Pop, the genius of Andy Warhol", évoque une maladie très embarrassante avec des rougeurs sur les testicules et qui a pu être à l’origine d’un blocage sexuel.

As-tu jeté une oreille sur l’album d’Avi Buffalo ? "What’s In It For" pourrait être signé Galaxie 500.

Oui, j’ai écouté et j’adore leur disque.

Qu’écoutes-tu actuellement ?
J’attends avec impatience le nouveau Crystal Stilts, mon groupe préféré de Brooklyn. Ils sont vraiment excellents sur scène.

 

Propos recueillis par Marianne Héquet et Christophe Despaux.

Photos par Guillaume Sautereau.

Merci à Olivier Rigout.

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