Dean Wareham - Interview

12/04/2011, par Christophe Despaux | Interviews |
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Depuis Galaxie 500 et jusqu’à ton duo avec Britta Philips, tu as un goût prononcé pour les reprises, de Red Krayola à Madonna. N’est-ce pas étonnant pour un artiste de mettre des reprises dans ses propres albums ?

Les gens ne le font pas parce que les reprises ne rapportent rien financièrement. La reprise par Luna du "Bonnie & Clyde" de Gainsbourg a été utilisée dans une pub pour Cadillac. Elle a rapporté 200.000$, dont une moitié pour Gainsbourg et l’autre pour Elektra, une branche du groupe Warner.

 

Tu n’as rien touché ?

Peut-être 200 $ pour les passages radio (rires). J’ai compris à ce moment-là à quel point l’écriture des contrats sur les droits des chansons était importante. Avec Luna, on mettait des reprises sur nos EP, et parfois elles s’avéraient meilleures que nos propres albums, parce qu’on n’avait aucune pression, on les faisait vite et pour le plaisir.

 

On dirait que ce goût des reprises, qui n’est pas très répandu, est un geste de fan...

J’ai toujours adoré les Feelies, qui faisaient beaucoup de reprises, tout comme Bongwater (NdlR : le groupe de Kramer). On a ça dans le sang ou pas. Avec Dean & Britta, nos albums sont à moitié composés de reprises. C’est une façon plus simple de faire un album : tu choisis 5 ou 6 chansons écrites par d’autres et ton album est déjà à moitié fait (rires). Il ne te reste plus qu’à écrire 5 ou 6 bonnes chansons, c’est plus facile que d’en écrire 12. Avant les Beatles, les artistes n’écrivaient pas eux-mêmes leurs chansons, il y avait d’un côté des compositeurs, de l’autre des interprètes. Aujourd’hui, les gens pensent que les groupes doivent composer eux-mêmes leurs chansons, mais tout le monde n’a pas ce talent.

Dean Wareham

Si les choses s’étaient bien passées avec Damon et Naomi après l’enregistrement de votre 3e album, est-ce que vous auriez pu continuer ensemble et faire d’autres disques, ou aviez-vous déjà tout donné avec Galaxie 500 ?

Le groupe s’est séparé pour des motifs personnels et pas musicaux. Comme dans beaucoup de groupes, on a fini par ne plus pouvoir se supporter.

 

IIs formaient un couple au sein de votre trio, ce qui a pu compliquer les choses, non ?

Oui, c’était difficile. J’avais des choses à leur reprocher et réciproquement. Ils m’ont accusé d’avoir trop d’ego, mais je pourrais dire la même chose de Damon. Etre dans un trio avec deux membres en couple, c’est une drôle de manière de passer sa vie. Tu peux aller au cinéma, au restaurant avec un couple, les voir une fois par semaine, mais passer tout son temps dans cette configuration, ça n’est pas possible. Si le mode de fonctionnement est démocratique, ça peut aller, mais s’agissant des choix du groupe, ils parlaient toujours d’une seule voix et je n’avais pas voix au chapitre. 

 

Comment fais-tu maintenant que tu joues avec ton épouse Britta dans un groupe ?

C’est au tour de notre batteur de souffrir (rires). On a mis les choses au point. En fait, il s’amuse bien. Et nous ne sommes pas véritablement un groupe, plutôt un duo avec des musiciens, c’est nous qui prenons les décisions.

 

Dans ton livre "Black Postcards", tu parles du phénomène d’infantilisation des groupes, notamment en tournée. Est-ce que tu le vis encore maintenant ?

Ce que je vis maintenant est plus mûr, et je pense que c’est plus sain d’avoir une femme dans une formation musicale, les hommes se comportent mieux que quand ils sont entre eux, et ça élève le niveau de la conversation…

 

En exergue du premier chapitre de tes mémoires, tu as choisi une citation particulièrement acerbe de Damon sur ton besoin de reconnaissance. C’est une façon curieuse de commencer un livre !

Mon éditeur n’était pas spécialement pour. Puis j’ai expliqué que je voulais boucler la structure du livre en commençant par la séparation de Galaxie 500 et expliquer les raisons qui l’ont entraînée. Je me suis senti d’autant plus autorisé à cela, que cette citation, je l’ai trouvée pleine page sur le site de Damon et Naomi. Elle est extraite d’une interview que Damon a donnée à un fanzine, des années après le split. Je voulais y répondre, même si cela ne me grandit pas forcément.

 

Sais-tu comment ils ont réagi à la sortie de ton livre ?

Je n’ai pas eu de nouvelles. J’ai reçu beaucoup de messages de Damon avant la sortie de "Black Postcards", il voulait avoir la primeur du livre. J’ai demandé conseil à mon éditeur. Il m’a répondu qu’il n’en était pas question. Ça m’a rappelé les problèmes au sein du groupe, leur besoin de tout contrôler. Ils soutenaient que je devais avoir leur autorisation pour citer les paroles de Galaxie 500, ce qui est faux parce que je suis l’auteur de 9/10e des chansons, et le co-auteur des autres, ce qui me donne également le droit de les citer. C’était drôle, ça m’a rappelé les raisons pour lesquelles je n’avais pas pu rester dans le groupe.

Tu ne leur as donc pas demandé d’autorisation pour chanter les chansons de Galaxie 500 ?

Non, je ne l’ai pas fait, et je sais que ça ne les ravit pas spécialement. Ils m’ont envoyé des emails à ce sujet. Vous avez lu l’histoire du groupe sur Pitchfork? ("Temperature’s Rising - Galaxie 500 : an oral history"). Cela finit par le refus catégorique de Damon d’envisager une reformation du groupe.

 

Tu ne penses pas qu’ils peuvent changer d’avis ?

Je ne crois pas. Et on ne vit pas au même endroit, ça serait compliqué. Je préfère partir en tournée avec ma femme et des musiciens plutôt que de repartir 20 ans en arrière dans une relation qui n’était pas saine. Imagine qu’on te propose de partir en voyage pendant deux mois avec la petite amie que tu avais à 18 ans. Ca peut être amusant, mais de là à ce que ça marche... Si c’était le cas, ce serait très romantique (rires).

 

 

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