Dean Wareham - Interview

12/04/2011, par Christophe Despaux | Interviews |
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Les étoiles mortes brillent plus longtemps. Exemple récent : Galaxie 500, trio qui de 1987 à 1991 chevaucha, guitares brumeuses et voix haut perchée, la mort de la new-wave et la naissance du grunge. A la faveur de rééditions bienvenues, Dean Wareham, futur fondateur de Luna, ressuscite sur scène ses joyaux lymphatiques à nerfs pourtant tendus. Le lendemain d'un concert émouvant et sans falbalas, nous rencontrons un élégant quadra à dégaine de jeune homme, yeux bleus et esprit vif, mémorialiste récent dont la langue souvent bien pendue irrigue l’excellent "Black Postcards". L'occasion de vérifier que sa jeunesse ne s’est pas perdue, pour citer Jonathan Richman qu’il reprend avec une classe renouvelée.

Dean Wareham

Vingt ans après le split de Galaxie 500, tu te remets seulement à rejouer ce répertoire. Pourquoi autant de temps ?

Je crois que j’aurais toujours dû continuer à les chanter. J’avais un nouveau groupe avec Luna, composé de nouvelles personnes. Nous étions engagés dans une démarche de création collective, et je ne voulais pas leur imposer de jouer les chansons de mon ancien groupe. Il nous est arrivé de reprendre de temps en temps le répertoire de Galaxie 500. Après la séparation de Luna, les gens ont commencé à me demander ces chansons. En concert à Atlanta, j’ai joué plusieurs titres de "On Fire". C’est à l’occasion d’un festival en Espagne l’an dernier que j’ai vraiment eu l’idée de rejouer du Galaxie 500. C’était à l’époque de la réédition des albums, cela me paraissait le bon moment, 20 ans après. Je n’arrive pas à croire que cela fait 20 ans. Les gens voulaient à nouveau entendre ces chansons, je l’ai réalisé après le concert en Espagne. Le temps musical est très subjectif. J’ai commencé à m’intéresser sérieusement à la musique en 1978-79, et à cette époque Jimi Hendrix et les Stones paraissaient déjà très loin, alors qu’ils remontaient à une dizaine d’années.

 

Une partie du public au concert d’hier soir était jeune et connaissait pourtant ces chansons...

Oui, c’est surprenant. J’ai eu un jour l’occasion d’interviewer Lee Hazlewood, il avait 69 ou 70 ans. Il m’a dit la même chose : "Je n’en reviens pas que ces gamins, qui ont l’âge d’être mes petits enfants connaissent toutes les paroles de mes chansons ; après tout, elles doivent être bonnes !". Je précise que ceux d’hier avaient l’âge d’être mes enfants, pas mes petits-enfants (rires).

 

Qu’est-ce que ça te fait de jouer des chansons si anciennes ?

Au début c’est très étrange, c’est comme d’entrer dans une pièce et de sentir une odeur familière qui te renvoie à ton enfance. Chanter à nouveau ces chansons me fait le même effet. Même si je ne les ai pas entendues ou jouées depuis longtemps, j’ai des frissons dans les bras. Maintenant je m’y suis habitué un peu, mais ça n’a pas été facile au début parce que je dois chanter très haut. Un journaliste américain m’a demandé si j’avais changé la tonalité des chansons – les gens font ça quand ils vieillissent et n’arrivent plus à chanter comme avant – mais je n’en ai pas eu besoin. J’avais en quelque sorte oublié que je pouvais chanter de cette façon, mais j’y arrive encore. Pendant les premiers concerts, je chantais très fort "Blue Thunder" ou "Ceremony", et je me retournais pour tousser, mais maintenant je suis plus au point.

 

Tu as dit que ton album préféré de Galaxie 500 était "Today". Parce que vous aviez trouvé votre son avec ce disque ?

Ce qui me surprend c’est que jusqu’à cet album nous répétions beaucoup et que rien de vraiment bon n’en sortait. Je n’entendais pas ma voix dans le petit studio. A la première session d’enregistrement avec Kramer (le producteur de tous les albums de Galaxie 500, NdlR), nous avons joué "Tugboat" et nous nous sommes dit que c’était vraiment bon. Nous avons fini tout l’album en trois jours, ce qui est assez étonnant avec le recul. Il y a beaucoup de façons différentes de faire un album. Parfois, la meilleure façon de le faire si tu n’as pas beaucoup d’argent, c’est de répéter, d’entrer en studio et d’enregistrer. Si tu es chanceux, le résultat peut s’avérer magique. La plupart de mes chansons préférées de Galaxie 500 sont sur "Today" : "Tugboat", "Don’t Let our Youth Go to Waste", "Temperature’s Rising", "Flowers", "Pictures". Mais je sais que l’album préféré de beaucoup de gens est "On Fire". J’adore cet album aussi.

 

Votre 3e album, "This Is Our Music", a été difficile a réaliser, mais il y a des très bons titres notamment "Fourth of July" qui est peut-être votre unique incursion dans le format rock.

L’album est à moitié réussi. Quelqu’un a voulu faire une reprise dance de "Fourth of July", mais le projet n’a jamais abouti.


 

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