Dark Easter part 2 : Om, Strand (Stockholm) le 7 avril 2012.

11/04/2012, par | Concerts |
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Le pari était jugé presque impossible mais le gain fut infini. Comment enchaîner "La Passion selon Saint Matthieu" de Bach avec la deuxième soirée du Dark Easter de Strand, convoquant en tête d’affiche le métal mystique d’Om ? Après une course dans les transports et des horaires malheureusement et finalement respectés, nous loupons la première partie du concert, Little Children, et Om fait déjà vibrer les murs du temple alors que nous avons encore les oreilles pleines de "Erbarme Dich".

On rentre finalement assez vite dans l’ambiance, gagnés par les vibrations du mur de basse et les éclats de cymbales.

Comme avec Earth hier soir, il y a du changement dans la continuité : Emil Amos de Grails a remplacé Chris Hiakus (ex Sleep) à la batterie et le duo Om s’adjoint désormais les services de Robert Lowe du projet Lichens. Om tient toujours sur les (très) solides épaules du bassiste/chanteur Al Cisneros et sur sa confrontation avec les fûts de batterie mais la troisième composante, Lowe, donne une nouvelle épaisseur, ou plutôt de nouveaux reliefs à la formule de départ.

Lowe1

Robert Lowe, tout en coupe afro punk, s’agite derrière sa table entre pédales d’effets, guitares, claviers et ensemble de tambourins. S’agiter est presque faible car entre les coups de butoirs de la batterie et le monolithisme du bassiste, Lowe sautille tel un diable sur son siège ponctuant ou contrepointant la batterie, ajoutant des mélodies ou une basse continue à l’indienne ici ou là.

Lowe2

Om, venu du métal drone-doom-tout-ce-qu’on-veut-métal, a toujours eu le regard tourné vers l’orient, les longues plages répétitives et méditatives mais les ornementations proposées ce soir confirment très clairement l’évolution de l’ex-duo. Si les premiers albums invitaient l’auditeur à voyager par une trame répétitive, les incartades mélodiques ou rythmiques de la nouvelle formule favorisent encore plus la divagation. Om fait plus de place à l’espace.

C’est la troisième fois que nous voyons Om sur scène et cette prestation est de loin la plus convaincante malgré le sempiternel caractère de cochon de Cisneros, renfrogné à souhait, bloc tendu et ne semblant accorder qu’un faible intérêt au public de fidèles barbus et headbangers, comme il se doit. Les problèmes techniques semblent aussi récurrents chez ce groupe. Nous l’avions déjà noté lors de notre dernier concert parisien, avant l’exode en Suède, où Om tenait compagnie à Wolf Eyes et Acid Mother Temple. Ici, Cisneros se plaindra régulièrement d’un feedback malin et passera des plombes à se réaccorder entre les morceaux. Amos, lui aussi, profite de ses longs moments de pause pour quitter la scène. Drôle d’ambiance.

Cisneros

Cela dit, les morceaux sont diablement efficaces : nous avons droit à une visite en règle de tous les albums et de toutes les ambiances de basse possible, avec ou sans distorsion. La voix de Cisneros n’a jamais été aussi riche de nuances, comme sur "Thebes" issue du dernier "God is good" ou il se fait presque muezzin, hachant sa diction, faisant résonner les mots dans le fond de sa gorge et jouant avec le micro pour varier les intensités. Les morceaux sont laissés en liberté : les durées s’élargissent, le temps se distend. Les morceaux semblent dotés d’une vie propre et ne donnent plus cette sensation d’abrégé comme sur les disques. Ils meurent de mort naturelle sur scène et ne sont plus limités à une durée de face de 33 tours. Om gagne donc à être entendu sur scène, surtout pas en festival avec durée de set limitée. Nous n’avons pas compté mais ils ont dû jouer l’équivalent de six morceaux (dans le désordre et de mémoire approximative : "Thebes", "Bhimas’s Theme", "Unitive Knowledge of the Godhead", "Cremation Ghat" 1 et 2, "Kapila’s Theme"…) pour presque deux heures d’un concert qui nous a semblé être hors du temps, mystique et violement puissant. Palme d’or au batteur dont l’une des cymbales s’est décrochée deux fois, remise une première fois par Lowe en l’absence du roadie puis une seconde fois par l’étourdi roadie qui, pour la peine, s’est pris une rafale de coup de baguettes sur les doigts pendant qu’il réinstallait la cymbale !

Amos

A la fin du rappel, Cisneros se met à genou devant ses deux gigantesques Ampeg qui me font tellement vibrer les ailes du nez que je peine presque à respirer. Ce cérémonial de fin à base de larsens dure un moment, puis il pose violemment sa basse sur les têtes d’ampli et reste recueilli, masse de chair contre masse de basses. Tout est consommé. Amen.

Avec l’aide de la mécréante Johanna D.

Merci à Strand et en particulier à Marika.

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