Daniel Darc - Interview

08/02/2012, par Luc Taramini | Interviews |
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On a tout dit sur Daniel Darc, inutile de rabâcher les sempiternels clichés destroy pour faire genre. Oui, ce monsieur a vécu à fond la vie rock’n’roll et oui, c’est un miraculé. And so what ? A l’EMB de Sannois (Val d’Oise), où il était en résidence fin janvier avant sa tournée française, on a vu un chanteur appliqué, rodant son septième album "La taille de mon âme" avec ses musiciens. Un homme un peu perdu au milieu de cet équipage, arrimé à son pied de micro comme à un mât. Jetant ses mots comme des bouteilles à la mer. Un artisan humble, trop heureux de faire encore la seule chose qu’il sait faire : écrire et chanter des bonnes chansons. Un peu de lumière pour Mister Darc.

Daniel Darc 

Qu’est-ce qui aujourd’hui te met en joie ?
Déjà de me réveiller le matin, d’être bien vivant, d’avoir mal nulle part et d’être en bonne santé. Ce qui était assez imprévisible il y a quelques années. Ce n’était pas évident parce que, comme beaucoup de gens le savent, j’ai vachement abusé de mon corps. Ce qui me met en joie, c’est aussi de faire la musique que j’aime et d’être amoureux de ma femme. Chaque matin quand je me réveille, c’est un jour de bonus car j’aurais dû y passer plusieurs fois.

Donc tu vas plutôt bien ?
Oui ! J’ai une chance incroyable. Je gagne à peu près ma vie, j’arrive à vivre en faisant ce que j’aime. C’est un luxe. Autour de nous, il y a plein de gens qui se font chier 8 heures par jour pour des trucs qui leur déplaisent complètement. Il y a cinq ans, un enculé a dit qu’il y aurait zéro SDF dans la rue en France à la fin de son mandat. Il y en a de plus en plus. Quand je vois ça, je suis malade physiquement et bien conscient de la chance que j’ai. 

Revenons 30 ans en arrière, imaginais-tu une seconde avoir cette vie-là ?
J’ai 52 ans, j’ai commencé à écrire des chansons à l’âge de 18 ans. Je me voyais mort vers 24/ 27 ans. Je me défonçais énormément, je n’avais pas envie de vieillir. Mais je pensais pas à l’avenir. Par contre, il a toujours été hors de question que je travaille. Je me voyais plutôt mort ou gangster.

Comment tu pourrais te définir artistiquement ?
Je sais pas… Il me semble que quand on commence à se définir, on est mort. Je crois pas être un chanteur. Avant punk, je voulais être romancier. J’aurais aussi voulu être guitariste. J’ai flashé sur Elvis Presley mais je voulais être Scotty Moore, j’ai flashé sur Gene Vincent mais je voulais être Cliff Gallup, j’ai flashé sur Johnny Burnette mais je voulais être Paul Burlison. Mon rêve c’était d’être romancier puis guitariste junky. J’ai réussi qu’à moitié car je n’ai jamais su jouer de la guitare.

Daniel Darc

Au fond, as-tu accompli ce que tu voulais ?
Mon plus grand rêve, c’était de vivre le rock’n’roll’ roll. Ce que je fais toujours.

Est-ce que tu es l’homme des lunes de miel quand tu fais un album ?
C’est exactement ça. Avec Frédéric Lo, on a fait deux albums. Le deuxième était déjà un peu foireux parce qu’on se connaissait trop. C’est un peu comme un couple : au début tu fais des efforts et puis c’est la cristallisation. Sur « crève-cœur », c’était beau. Sur « Amours suprêmes », on avait plus de budget mais on a fait moins bien. On avait les mecs de Costello, je n’aime pas Costello. Il y avait aussi Robert Wyatt que j’adore et Alain Bashung que je connaissais à la fin. Avec Laurent Marimbert (co-auteur du dernier album de Daniel), on ne va pas tarder à en refaire un à deux. J’ai vraiment envie d’aller vite. Je veux plus attendre. Avant je faisais des albums tous les 4 ou 5 ans, c’était plus dur, on me faisait moins confiance. Je mettais du temps parce que j’étais perfectionniste. Et puis j’ai compris que c’était des conneries, que je ne ferai jamais de chef d’œuvre, alors autant y aller à fond, faire des disques tous les ans. A chaque fois que je fais un disque, j’ajoute une pierre, à la fin il y aura peut-être un mur…

Vous aviez une idée précise en vous attaquant à ce disque ?
Non c’est venu naturellement. On s’est écouté mutuellement, on s’est plutôt bien compris. Laurent ne m’a pas mis de barrières.  Il laissait tourner les micros et a gardé plein de trucs qui n’étaient pas prévus. Au final, ça donne quelque chose d’un peu accidentel qui me plait bien. On a voulu vraiment faire une espèce de bande originale d’un film qui n’existerait pas.

Daniel Darc

Est-ce que tu as l’impression d’avancer, d’évoluer dans ton écriture ?
On refait tous la même chose dans n’importe quel art. Tout a déjà été fait. Après Bob Dylan qu’est-ce que tu veux écrire ? Donc, j’essaie juste de faire mon truc simplement. Dans la rue, les gens me remercient "grâce à tes chansons, ça va mieux, avant ça n’allait vraiment pas". Je sais pas, je ne me pose de moins en moins de questions.

C’est la maturité ou une forme de sagesse…
Ou une forme de connerie peut-être !

Est-ce que pour toi c’est naturel de monter sur scène ?
C’est une super épreuve mais j’aime ça. Je suis extrêmement timide. Les médecins disent que je suis phobique social. J’ai vachement de mal avec tout ça. 

Daniel, pour finir, qu’est-ce que tu ne seras jamais ?
Un mec qui monte sur scène et qui sait déjà comment sera le concert. Je déteste la répétition, les trucs prévisibles, les recettes. Et puis je serai jamais un mec qui vote à droite, je crois. J’ai plus envie de voir ces gens-là au pouvoir. 

Photos par Julien Bourgeois.

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