Chris Garneau, piano magique

18/01/2008, par | Edito |
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Des amis au goût très sûr m'avaient dit le plus grand bien du jeune New-Yorkais Chris Garneau, mais de son premier album "Music for Tourists" (sorti l'année dernière aux Etats-Unis) je ne connaissais que le morceau d'ouverture, "Castle-Time", qui figure sur le récent coffret "100 trésors cachés" des Inrockuptibles. Aussi, quand les gens de Fargo m'ont invité hier soir à aller l'écouter à la Fondation Cartier, j'ai sauté sur l'occasion. Une scène chichement éclairée par deux projecteurs avait été installée au fond de l'une des deux grandes salles du rez-de-chaussée (celle située sur la droite quand on entre). Nous devons être une centaine de personnes, public un peu branché-arty mais sans excès. Les conditions visuelles et acoustiques ne sont pas optimales, mais Chris Garneau va nous le faire oublier dès les premières minutes de sa prestation de trois quarts d'heure, strictement solo. Le chanteur est le plus souvent au piano, s'accompagnant également au mélodica. Parfois, il quitte son tabouret pour une chaise et joue d'un instrument composé d'un soufflet, posé devant lui, comme un accordéon simplifié (je ne sais pas comment cela s'appelle, il me semble que l'un des musiciens d'Elvis Perkins en joue aussi). Avec sa petite taille, son gilet bleu roi et ses timides tentatives pour parler français ("Il fait chaud", "Je suis arrivé à midi aujourd'hui, je n'ai pas dormi", etc.), il ne paie pas de mine ; mais ses chansons, interprétées d'une voix à la fois frêle et ample, qui semble n'avoir pas encore mué, révèlent un artiste d'une maturité déjà impressionnante pour son jeune âge. Même si la musique n'est pas forcément proche, on pense à Rufus Wainwright, Antony & the Johnsons, Patrick Watson ou Elvis Perkins pour cette manière de réactualiser la grande tradition du songwriting américain (Broadway, le Brill Building, Randy Newman...). Rentré chez moi, je mets l'album sur la platine et je retrouve la magie du live : "Music for Tourists" est à peine plus arrangé que ce que je viens d'entendre à la Fondation Cartier. C'est le disque que pourrait enregistrer Sufjan Stevens si on l'enfermait pendant un mois en studio avec un piano et un violoncelle. Il se clôt - comme le concert - par une reprise tremblotante du "Between the Bars" d'Elliott Smith, presque aussi bouleversante que l'original. On souhaite à Chris Garneau d'enregistrer autant de beaux disques, mais de connaître une destinée nettement plus heureuse. "Music for Tourists" paraîtra le 26 février chez Fargo, en édition collector avec un CD bonus de cinq titres. Sa page MySpace

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