Chad VanGaalen - Interview

20/04/2011, par Jean-Charles Dufeu | Interviews |
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Il est talentueux, il est gentil, il est grand, il est beau. Et en plus il est Canadien. Chad VanGaalen était de passage forcé à Paris pour un petit concert et une session promo. Sans grande conviction sur le fond mais très conciliant sur la forme, il répond avec beaucoup d'affabilité aux quelques questions qu'on a à lui poser sur son album à venir "Diaper Island". Et sur d'autres petites choses ici ou là. 

Chad VanGaalen

- Ce nouvel album sonne plus rock que les précédents. Peut-être un peu plus sale aussi. Est-ce une nouvelle direction que tu vas explorer ?
Je ne suis pas sûr que ce soit une direction que je suivrai pour les albums à venir, mais c'était vraiment quelque chose que j'avais envie de tenter pour celui-ci, même si ça s'est plus imposé à moi qu'autre chose. Mes deux précédents disques ont été un peu dénigrés par Sub Pop, qui ne les a pas vraiment considérés comme de vrais albums, alors qu'ils étaient aussi importants pour moi que "Soft Airplane" ou "Skelliconnection". Pour moi, cet album-là (Skelliconnection) est un échec d'ailleurs, ce n'est pas du tout ce que j'avais en tête au départ. Avec Diaper Island, j'imagine que je reviens à une certaine idée que je me fais du rock. De ce qu'il doit être en tout cas, pas de ce qu'il est devenu dans les années 90, où on a eu tendance à jouer du rock trop propre à mon goût.  

- Faut-il y voir l'influence de ton travail de production sur les albums de Women ?
Certainement. Ce que j'ai fait pour Women c'est sans doute ce que j'ai fait de mieux en musique. J'en suis bien plus fier que n'importe lequel de mes albums solo. Women est vraiment mon groupe préféré. Je me sens un peu nul de dire ça mais c'est vrai. Travailler avec eux m'a forcément beaucoup influencé. Notamment parce qu'ils sont d'excellents guitaristes, bien meilleurs que moi. Quand je suis revenu en studio, j'avais envie de les imiter, de me perfectionner pour jouer comme eux. Je n'y suis pas arrivé, mais je pense que ça m'a amené à avoir un son un peu plus rock. Je voulais aussi explorer un peu plus les harmonies vocales, des choses à la Roy Orbison. Ça, c'est peut-être moins directement influencé par Women. Maintenant, j'en ai un peu marre des guitares. Je me verrais bien me balader avec un ukulule sur le dos et faire des concerts comme ça. Ce serait plus pratique en plus. 

- Tu as la réputation de passer énormément de temps chez toi, à jouer et dessiner. C'est exagéré ou c'est aussi dramatique qu'on le dit ?
Ce n'est pas du tout exagéré. J'ai tout ce qu'il faut chez moi et je n'aime pas trop en sortir. J'ai pas le temps en fait. J'ai trop de choses à faire sans mettre le pied dehors. En plus, je me suis fait un studio juste à côté de ma maison, donc c'est vraiment tout ce dont j'ai besoin. Quand je veux dessiner, je dessine, quand je veux jouer, je joue. Quand je dois travailler sur une vidéo, je peux m'y mettre sans attendre. Quand je veux passer du temps avec ma fille, je passe du temps avec ma fille. C'est tout ce qui me convient.  

- J'imagine que la tournée n'est pas ce que tu préfères dans la vie d'un musicien. Si tu pouvais, est-ce que tu choisirais d'y renoncer ?
Sans problème. Je fais des concerts en dehors du Canada de temps en temps pour apaiser les Dieux. Apaiser les dieux de l'industrie musicale. Mais passer ma vie sur la route à lutter contre l'alcoolisme avec cinq autres types dans un van ne m'a jamais trop fait rêver. J'aime bien dormir, manger à ma faim, vivre à mon rythme. Je me sens comme une lavette par rapport à tout le folklore de la tournée. Quand on me propose de faire une tournée, je suis toujours surpris. J'ai des pancakes dans mon frigo, j'ai une super jolie femme, un chien sympa. Pourquoi vous voulez me faire sortir de chez moi ? En plus j'ai une fille de trois ans qui commence à se rendre compte de mes absences et ça me pose de plus en plus problème de quitter le foyer familial. Même l'essence que je dépense en avion, voiture, etc. me pose problème. Je me demande si tout ça vaut bien la peine. Cela dit, j'aime bien tourner en Europe. Aux Etats-Unis... mhhhh. Au Canada, j'aime bien aussi. En Angleterre... mmmhhh. Mais il ne faudra pas mettre ça dans l'interview pour éviter que je me fasse des ennemis. 

- J'ai peut-être la solution pour toi.
Les hologrammes ? 

- Ça en serait une aussi. Mais plutôt que de te déplacer pour aller jouer devant les gens, tu devrais faire venir les gens chez toi, ils pourraient te voir répéter, dessiner, de temps en temps tu pourrais leur faire un concert. Je suis sûr que ce serait encore mieux qu'un concert pour eux et tu pourrais te faire payer sans sortir de chez toi. 
C'est une idée. Mais j'ai peur que ça demande beaucoup d'énergie pour des tout petits événements. Non, je crois que je suis condamné à sortir de chez moi de temps en temps pour pouvoir continuer à me payer à manger.

Chad VanGaalen

- Tu évoques Sub Pop comme étant le label qui te met un peu de pression par rapport à ton métier de musicien ? Ça ne vient jamais de Flemish Eye ?
Non. Le fondateur de Flemish Eye est un très bon ami à moi. Il me connaît trop bien  pour attendre trop de moi. Tout à l'heure il m'a appelé pour me dire qu'il y avait une possibilité de concert à tel endroit, un peu loin. Il m'a demandé si ça m'intéressait. Je lui ai dit non. Il m'a répondu : "OK, pas de problème, c'est bien ce que je pensais." Et on a parlé d'autre chose. Avec Sub Pop c'est évidemment différent. J'ai aussi le sentiment que je suis plus redevable envers eux. Comme j'ai vraiment du mal à comprendre pourquoi je suis signé chez eux, au milieu de tant de gens hyper talentueux, je me sens mal à l'aise de faire preuve de mauvaise volonté. Cela dit, leurs contrats sont vraiment très conciliants et prennent bien en compte le fait que je n'aime pas tourner.

- Si tu étais forcé de choisir, tu préférerais abandonner la musique ou le dessin ?
J'abandonnerais la musique dans la seconde. Le dessin est immédiat, sans contraintes. Tu ce dont tu as besoin c'est d'un papier et un crayon. Il y a très peu de conditions qui ne permettent pas de pratiquer et de profiter d'un résultat instantané. Pour moi c'est la forme d'expression parfaite. La musique n'a pas cette instantanéité, ça fait un donc un moyen d'expression moins flexible, moins facile et donc moins indispensable pour moi. 

- Est-ce que ces deux moyens d'expression trouvent une résonance l'un chez l'autre, dans ta façon de créer ? 
Oui, bien sûr, ça arrive très souvent. Certaines de mes chansons peuvent être inspirées par des dessins que j'ai faits, de même que certains dessins peuvent êtres inspirés par des chansons. Il m'arrive de vouloir traduire en musique une image mentale que j'ai sous dorme de dessin. Pas mal de ce que je fais s'inspire de mes rêves, qui du coup s'expriment tour à tour par le dessin ou par la musique. Parfois les deux.   

Est-ce que le fait d'être isolé comme tu l'es fait partie de la façon dont tu abordes l'art, la musique ou le dessin ? 
Oui bien sûr. Je présume que ce je ferais n'aurait pas grand-chose à voir si j'habitais à New-York ou Berlin. En même temps, j'ai vraiment du mal à m'imaginer vivre une autre vie que celle que j'ai à Calgary. 

 

Photos par Julien Bourgeois

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