Cant - Interview

21/09/2011, par Matthieu Chauveau | Interviews |
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C'est dans l'élégant salon d'un petit hôtel parisien, à l'occasion de son court séjour dans la capitale au début de l'été dernier, que nous avons rencontré Chris Taylor, le bassiste et producteur d'un des groupes les plus intéressants et originaux apparus ces dernières années, Grizzly Bear. Le jeune homme à la blondeur très nordique, bien qu'extirpé un peu précipitamment d'une bonne grasse matinée dont témoignent ses yeux brillants à peine réveillés, arbore un sourire radieux à l'idée de défendre son bel album (quasi-)solo sorti sous le curieux nom de Cant. Loin d'être anecdotique, Dreams Come True s'avère, pour les bien mauvaises langues que nous sommes mais - espérons le - pas seulement, largement aussi intéressant que le dernier album en date du groupe de Brooklyn.

Chris Taylor (Cant) 

En quoi sortir un album solo est-il différent de sortir un album avec Grizzly Bear ?
J'étais vraiment excité à l'idée de faire quelque chose qui change de ce que je fais avec Grizzly Bear. Dans le groupe, on est quatre donc on doit constamment avoir les opinions de tous les membres. Je pense que je voulais vraiment faire la musique qu'on n'aurait pas pu jouer avec Grizzly Bear. Quelque chose de différent.

Quelle part a pris George Lewis dans l'album ?
Lui et moi avons écrit l'album ensemble en moins de deux semaines. On a travaillé les chansons à deux puis au bout d'une semaine et demi, il a dû partir en tournée. J'ai dû faire le reste tout seul. Écrire les paroles et tout produire. Mais il m'a aidé à écrire les chansons et il joue dans l'album. On est vraiment de bon amis.

La chanson "Believe" sonne un peu comme du Twin Shadow... Qui a écrit cette chanson par exemple ?
En fait, on l'a écrit à deux. Moitié moitié. 

Donc ce n'est pas vraiment un album solo en fait ?
Non, je n'aime pas trop le terme "album solo". Ce n'est pas vraiment le cas ici. Cet album, c'est moi et George. Malheureusement, il ne pourra pas jouer avec le groupe en concert. Mais il y aura d'autres musiciens. J'essaie de créer un nouveau groupe.

Donc tu as un groupe ?
Oui. J'en suis vraiment content. La batteur est un garçon qui a joué avec Jamie Lidell. Il y a aussi Dev Hynes alias Blood Orange et un gars qui a joué du clavier avec Sébastien Tellier. 

Chris Taylor (Cant)

Et vous êtes prêts ?
On sera prêts dès qu'on sera rentrés à la maison. On commence à travailler dessus dès qu'on est rentré ! J'attends ça avec impatience. Les premiers concerts aux USA seront pour fin août. Puis il y aura la tournée en octobre et on sera en Europe pour des concerts en novembre, avec une date à Paris. 

Quelles sont tes références pour l'album ?
En fait, je ne sais pas vraiment… J'ai toujours aimé les trucs Rn'B, comme d'Angelo, Sly and the Family Stone. Ce genre de choses. J'ai toujours voulu essayer de faire des choses comme ça. Mais l'album a différentes facettes. Et cela représente différentes choses que j'aime. Je commence à écrire quelque chose et ça va dans une direction que je ne peux pas m'empêcher de suivre. Je n'ai donc pas été influencé par un son en particulier pour l'album. J'ai juste fait des choses que j'aime, influencées par des choses que j'écoute. Donc ça vient de plein d'horizons différents. Je ne sais pas si tu connais The Dream, un gars qui fait du Rn'B. C'est un producteur qui a fait des chansons pour Beyonce. J'écoute ce genre de chose. 

Le morceau "The Edge", que j'aime beaucoup, sonne très R'n'B...
Oh, merci beaucoup ! Oui. (sourire)

Ça pourrait être ton premier single...
Tu le penses vraiment ? (sourire) Merci, ça me fait plaisir que tu l'aimes bien. J'aime beaucoup cette chanson moi aussi. C'est un morceau important pour moi. 

Les influences Black dans l'indie pop ne sont pas si courantes : TV on the Radio, Ariel Pink et… Twin Shadow !
J'adore Ariel Pink, il est très bon ! Les influences de la Black Music, je pense que ça vient de la musique avec laquelle j'ai grandi. Ce n'est pas une décision consciente. J'ai joué du jazz pendant 15 ans. La sensibilité du jazz est liée au R'n'B, au reggae, au dub. Toutes ces musiques ont des liens. Par exemple, les Rolling Stones sont souvent très loin de ce genre de musique mais mais ils en sont aussi parfois très proches… Les frontières sont très floues en fait.

Quelle sorte de jazz aimes-tu ?
Oh, les trucs classiques : John Coltrane, Miles Davis et Charles Mingus. Je suis un grand fan de Mingus.

La sainte trinité !
Oui ! (sourire)

Comment s'est passé l'enregistrement de l'album ?
Moi et George sommes allés dans la maison où on a enregistré "Veckatimest" avec Grizzly Bear. La pièce principale était pour l'enregistrement avec Grizzly Bear et donc, George et moi, on s'est mis dans une petite chambre à côté. Il y a avait juste de quoi poser notre matériel. C'était bien parce qu'on bossait chacun sur notre truc mais comme on était un peu serrés, on n'était jamais bien loin l'un de l'autre pour s'échanger des idées. 

Chris Taylor (Cant)

En combien de temps s'est fait l'enregistrement ?
On a enregistré la plupart des idées de chansons en une semaine et demie. Mais après, j'ai dû prendre du temps pour mixer tout ça et en faire de vraies chansons parce qu'elles n'étaient qu'à l'état d'ébauches. J'ai donc ajouté des petites choses et écrit des paroles.

Et combien de temps pour le mixage ?
Ce qui est marrant c'est que maintenant, la production, l'enregistrement et le mixage sont des périodes qui se confondent pour moi. J'aime faire quelque chose et me dire que c'est comme ça que ça va sonner. Je n'ai pas de méthode particulière après... J'ai mixé l'album en à peu près une semaine. J'ai passé beaucoup de temps à essayer d'écrire des paroles. Je n'en avais pas. Je voulais des paroles qui soient importantes pour moi, qui soient honnêtes. Des paroles que je puisse chanter tous les soirs devant un public, ce qui est nouveau pour moi. J'ai donc vraiment passé du temps à écrire les paroles pour qu'elles soient bonnes.

La pochette de l'album ?
C'est une photo que j'ai prise d'une étincelle. J'aime cette photo. Je suis un grand amateur de feux d'artifices… (sourire) Ça me rend tellement heureux ! A chaque fois que j'en vois, j'oublie à quel point j'étais heureux la fois précédente où j'en ai vu un. Tu vois ce que je veux dire ? A chaque fois, c'est comme une nouvelle expérience pour moi ! Je voulais que l'album sonne d'une certaine manière comme une explosion, une étincelle. Quelque chose qui ressemble à une destruction mais quelque chose de beau aussi.

Pour toi, musicien et producteur, c'est le même travail ?
Oui, je pense qu'il y a des connections. Quand quelqu'un joue d'un instrument, j'essaie toujours de le contextualiser. Je prends du temps pour me sentir bien et quand j'en ai envie et je sens que c'est ok, je joue et tout coule de source. Pour que je travaille, il faut vraiment que je sois dans une situation émotionnelle particulière, bonne ou mauvaise. L'inspiration peut venir dans des états d'esprit divers.

Tu joues de beaucoup d'instruments...
C'est vrai. Au sein de Grizzly Bear, en live, je joue de la basse, des bois, des cuivres. Et sur disque, je joue de tout : claviers, guitares, batteries. Mais je ne peux pas jouer de tout ça en concert. 

Quand tu es arrivé au sein de Grizzly Bear, ça a été facile d'intégrer le groupe ? Tu es arrivé après le premier album...
En fait le groupe n'existait pas encore. C'était un truc du genre : Ed enregistrant un album tout seul dans sa chambre. Et il a rencontré Chris, le batteur, dans une fête. Chris était un ami proche. J'habitais avec lui et on jouait dans des groupes ensemble. Ed a demandé à Chris de l'aider à terminer l'album. Et quand l'album a été terminé, il s'est dit : "on devrait faire des concerts". On a besoin de quelqu'un d'autre. Et Chris lui a répondu : "mon colloc joue pas mal d'instruments, et il peut chanter donc on devrait lui demander". Quand je suis arrivé, c'était le début du groupe. On a joué à trois pendant quelques mois puis on a eu besoin d'un autre guitariste. Moi et Ed jouions de la guitare mais nous n'étions pas vraiment bons. Et c'est là que Dan, le guitariste et chanteur est arrivé. On a tourné un peu tous les quatre pour "Horn of Plenty" mais le vrai premier album de Grizzly Bear en tant que groupe, c'est "Yellow House". 

T'attendais-tu au succès de Grizzly Bear ?
Non ! 

C'est un peu surprenant. Ce n'est pas du tout commercial, et pourtant…
Oui, c'est étrange ! C'est ce que je me dis toujours. Je suis toujours un peu confus avec ce succès. Je suis tellement content que ça me permette de continuer à jouer de la musique et à tourner partout. Et le plus incroyable c'est que les gens attendent que tu sortes un nouvel album. Quel problème sympa se pose à nous : "Vous devez faire plus de musique !" ; "Ok bien sûr, je vais faire ça !" (sourire). C'est vraiment cool bien que j'ai toujours du mal à y croire. Bizarre... mais cool !

Et le prochain album ?
On a commencé à enregistrer en juin. Ça avance peu à peu...

Donc, c'est pour l'année prochaine ?
Oui, probablement. 

Ca va changer du précédent ? 
Oui, j'espère. J'espère qu'on va faire quelque chose d'un peu différent de ce qu'on fait d'habitude. J'ai envie qu'on se surprenne nous-même ! Ce serait vraiment bien. Ça fait un moment que le groupe existe et c'est important de constamment chercher à se réinventer afin de toujours maintenir l'intérêt à être ensemble. Parce que si je pense à l'évolution du groupe depuis ses débuts, c'est quand on se surprend nous-même que les choses sont intéressantes. On doit juste prendre notre temps pour que cette prise de risque arrive. C'est notre troisième album en tant que groupe donc on doit vraiment le travailler beaucoup. 

Il sera peut-être influencé par Cant ?
Oui. Pourquoi pas ? Quand j'ai enregistré les chansons de Cant, je ne savais pas comment ça allait sonner. Je n'avais pas d'attente. J'ai travaillé dessus et quand on a terminé, j'ai dit à George : « c'est à ça que ça ressemble quand je joue de la musique en solo ? C'est vraiment surprenant !" Et je me disais : "comment sortir un single avec ça ?". (sourire) J'ai fait des choses nouvelles dans cet album. C'était très intéressant comme processus pour moi, de voir ce qui sort quand je fais de la musique tout seul. Parce qu'habituellement, je joue toujours de la musique avec d'autres gens… Mais je ne sais pas si mon projet solo aura une empreinte sur l'album de Grizzly Bear. Sans doute, mais pas plus que les autres membres du groupe qui auront tous une influence sur l'album. Mais je ne sais pas vraiment à quoi ça va ressembler. On doit être d'accord au sein du groupe sur la direction à prendre. 

Pour terminer, tu aurais de nouveaux groupes new-yorkais à nous conseiller ?
Blood Orange, il est dans mon groupe mais il a aussi un album qui sortira en septembre. C'est vraiment bon. Et... tu connais Zola Jesus ? C'est vraiment bien ! Et Dirty Beaches aussi.

Photos : Julien Bourgeois

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