Cannes en sons (5) : "Primrose Hill", mélancolie pop

31/05/2007, par | Autre chose |
  • Facebook
  • Twitter
| permalien

Si l'on devait décerner une palme Popnews à un film présenté à Cannes cette année, elle reviendrait incontestablement à "Primrose Hill", moyen-métrage signé par un ancien étudiant de la Femis, Mikhaël Hers, découvert à la Semaine internationale de la critique. On se frotte les yeux (et les oreilles) en voyant les morceaux qui composent la B.O. : deux chansons des perdus de vue Adventure Babies et Martin Newell composées spécialement pour le film, un vieil instru de Felt (sur un foot improvisé évoquant "La Vie des morts" de Desplechin), la fameuse reprise du "Karen" des Go-Betweens par les Little Rabbits, un titre des Boards of Canada et un de Brian, alias Ken Sweeney, Irlandais auteur en 1992 d'un petit bijou de pop ligne claire. Sans parler des pochettes de Prefab Sprout, Pale Fountains ou Orange Juice au mur d'une chambre ou des références à "North Marine Drive" (album de Ben Watt) dans les dialogues... Si le film s'en tenait à ce fétichisme nostalgique, il serait sans doute sympathique mais fatalement anecdotique. La beauté de "Primrose Hill", c'est qu'il réussit à transposer en images l'univers contenu dans tous ces disques et les émotions qu'ils ont pu procurer à ceux qui les ont écoutés. Le résultat est un film impressionniste, avec paysages automnaux et voix off modianesque, où il est question de souvenirs de Londres (la colline du titre) sans jamais sortir de la banlieue ouest de Paris. "Primrose Hill" fait penser à ces disques de Sarah Records où, derrière la mélancolie légère de surface, à la limite de l'inconsistance, se cachaient parfois des gouffres insoupçonnés. Chez Hers (qui, dans un mail, évoquait la "douce violence" du "Rebellion" de Harvey Williams, l'un de mes albums de chevet), le désespoir ne semble jamais très loin, mais la pudeur sert toujours de garde-fou, jusque dans une longue scène de sexe, crue mais absolument pas pornographique. Pour les Parisiens, le film sera projeté le samedi 9 juin à 11 h 15 au Cinéma du Panthéon (13 rue Victor Cousin dans le Ve), et le lendemain à 17 h 30 à la Cinémathèque. Mikhaël Hers sera ravi de votre présence. Voilà, c'est fini pour Cannes. Je vais pouvoir me remettre à écouter de la musique...

les derniers articles


»» tous les articles
»» toutes les chroniques de disque
»» tous les posts du blog
»» tous les CR de concerts et festivals