Black Bass festival, Braud et Saint-Louis, les 30 et 31 août 2019

17/09/2019, par | Festivals |
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Chaque année, le Black Bass festival vient faire la transition entre les vacances et la rentrée, proposant une programmation qui laisse toujours une place prépondérante aux guitares. Cette année n’y échappait pas, avec quelques noms qui ne m’étaient pas inconnus au milieu d’autres plus éloignés de moi.

Vendredi 30 août

La circulation d’une métropole comme Bordeaux étant ce qu’elle est, l’heure d’arrivée s’en trouve décalée. Je raterai donc Troy Von Balthazar, qui était là pour présenter son excellent dernier album. A peine suis-je arrivé que l’alternance entre les deux scènes commence, la plus grande des deux accueillant les Japonais de Bo Ningen. Chaque membre arbore un look assez improbable, comme un hommage au film “Ring”, regard invisible derrière des cheveux longs, et forcément un mur sonore. La formation n’est pas là pour couper les cheveux en quatre, mais leur mélange de noise et d'envolées plus psyché, pour ne pas dire hallucinées, est une réussite totale, portée aussi par la magnétique Taigen Kawabe à la basse et aux voix. Plus de 55 minutes de ce traitement constituent donc mon entrée dans le festival : il est déjà temps d’enchaîner.

Bo Ningen 

Sur la “petite” scène (que nous appellerons ainsi pour plus de simplicité) monte un groupe bordelais. Fidèle à son ADN, le Black Bass laisse toujours une place à des formations nées dans un rayon proche. Voici donc les Bordelais de Little Jimi, protégés de Mars Red Sky, qui proposent un rock stoner de très belle facture, tout à fait à sa place avec ses passages les plus rock 70’s. Un groupe à suivre donc, un de plus. La grande scène fait place aux Italiens de Black Rainbows (est-ce toujours des arc-en-ciels s’ils sont noirs ?), qui m’étaient inconnus. C’est un trio, là aussi dans une veine psyché qui tire vers le stoner, plutôt très réussi, lourd mais jamais trop plombant non plus. Les Italiens ne font pas particulièrement dans la dentelle, ont un accent à couper au couteau mais se montrent particulièrement efficaces, déclenchant quelques belles séances de headbanging.

Truckks

Retour sur la petite scène avec les Français de Truckkks, présentés comme tous les groupes d’ailleurs par le Monsieur Loyal du festival, qui apprend certainement à beaucoup de monde leur provenance de Vesoul mais aussi, plus instructif, les louanges de Lysistrata à leur égard. Et il faut bien reconnaître que derrière la déflagration sonore, les breaks et la voix gutturale du chanteur (d’ailleurs il chante en français !), il se dégage quelque chose. Quelque chose de brut, de tellement puissant et sans calcul que les pogos viennent naturellement, accueillant comme il se doit le slam du leader. Truckks est une indéniable promesse, pour qui aime un rock brutal et sans fioritures.

De fioritures, il n’était d’ailleurs pas question avec Brutus, trio belge très attendu par le public, mais qui m’a globalement laissé un peu froid. Il y a de la puissance, Stefanie Mannaerts à la batterie et au chant se donne à fond mais les compositions piochent dans un peu trop de styles pour que je m’y retrouve. Ce sera donc le baisser de rideau pour moi, avant paraît-il un DJ set endiablé de l’équipe du festival jusqu’au bout de la nuit.

 

Samedi 31 août

Le deuxième jour commence lui aussi sous un soleil magnifique, mais la fraîcheur se laisse deviner. Peu importe, le duo Astaffort Mods n’en a cure et déroule son proto-synth-punk “avé l’accent” devant un public qui commence à arriver : ça parle contrôle technique, ça chambre les citadins et constitue au final une entrée en matière plutôt réussie. Mais la première claque viendra de Namdose, le groupe qui réunit les Belges de BRNS et le duo de Ropoporose (dont on salue Romain, le batteur qui a écrit dans nos pages). A vrai dire, je m’attendais à une réussite, mais les cinq sont allés bien au-delà. Les deux batteries sont les moteurs d’une belle cylindrée, qui alterne avec brio les morceaux les plus frontaux avec des structures plus subtiles, avec force breaks et harmonies vocales. On y dénombre du tube à la pelle, mais jamais faciles, une énergie folle, un zeste d’humour et enfin une reprise de The Chap pour finir. Tiens, on salue ça d’un “chapeau bas” pour la peine.

Namdose

Woodstock remonte à 50 ans, mais a visiblement eu une influence folle auprès des Belges de Black Mirrors. Rien à voir donc avec la série d’anticipation, mais plus avec Janis Joplin ou le MC5 : si l’honnêteté et l’envie du groupe ne font aucun doute, les compositions ont du mal à convaincre sur la durée. La prochaine étape du tour d’Europe du festival passe par la Suède avec Fews, quatuor auteur de son second disque au printemps. Propulsée par un vrai sens mélodique et une faculté à fournir des refrains accrocheurs et chargés d’électricité en même temps (à l’instar de ce tube “More than Ever”), la musique du groupe navigue aussi dans des eaux shoegaze pas déplaisantes du tout, même si cela nécessite de passer outre la voix légèrement nasillarde de Frederick Rundquist. Il faut aussi souligner un finale assez époustouflant, une décharge d’électricité qui donne un coup de fouet indispensable alors que le froid s’installe.

Johnny Mafia

Les candidats au concours d'air guitar ne semblent pas décontenancés par le froid et s’en donnent à cœur joie. Je fais un break et suis ça de loin, avant de retrouver la grande scène pour The Vintage Caravan. Les Islandais - dernier groupe international de cette édition - ne cachent pas leur joie d’en finir avec sa tournée, et leur prestation tout en riffs ne manque pas d’énergie, comme un dernier baroud avant le repos. Beaucoup d’énergie, peut-être une petite uniformité qui pèse un peu sur la fin. Rien de tel avec les jeunes fous de Johnny Mafia, qui viennent de Sens (dans l'Yonne). Auteurs il y a presque un an de leur second disque “Princes de l’amour”, les quatre s’éclatent en déroulant leur rock garage aux mélodies catchy, qui sonnent comme une bouffée d’air frais dans les riffs plus heavy. Ici, on est en terres punk, il y a un fond très ludique dans chaque chanson, entre JC Sàtan, Jim Jones Revue ou Parquet Courts, pour une heure au pas de charge qui a déclenché son lot de pogos une fois de plus : excellent moment !

Lost in Kiev 

Pour conclure, on retrouve une atmosphère un peu plus dark, pas très loin de ce qu’avaient offert les Psychotic Monks l’an passé, avec Lost in Kiev. Post-rock, atmosphères cold qui virent à l’orage sonique, le quatuor sait s’y prendre et convainc d’ailleurs plus encore quand les claviers prédominent, se montrant ainsi plus complexe et plus dense. Cette dernière heure constitue une belle conclusion pour cette édition 2019, qui conforte si besoin était (mais il y a toujours besoin) le Black Bass comme un rendez-vous incontournable pour la région.

Merci à Antoine.

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