Björk - Interview

21/11/2001, par | Interviews |
  • Facebook
  • Twitter
| permalien

Comment s'est passé le travail avec les graphistes parisiens de M/M, sur la pochette, les clips et le livre qui sort en même temps que l'album ? Et quand réaliseras-tu toi-même un clip ?

J'ai rencontré les deux membres de M et M par l'entremise de Inez et Vinoodh, quand nous avons travaillé sur la pochette de ma compilation de clips vidéo. Tout s'est fait très simplement, de fil en aiguille. J'ai décidé alors que je travaillerais avec eux sur mon projet suivant, puis j'ai fait appel à eux pour les clips, puis pour le livre… C'a n'a jamais été comme un contrat entre nous, plutôt une envie grandissante de travailler ensemble car chacun appréciait les réalisations de l'autre. C'a été merveilleux, du plaisir du début à la fin.
Pour ce qui est de réaliser moi-même un clip… bizarrement, je n'ai pas l'ambition de le faire. C'est un peu comme jouer dans un film, je l'ai fait sans avoir vraiment l'ambition d'être actrice. Cela peut paraître curieux parce qu'en même temps, j'ai plein d'idées, des choses que j'aime et que je n'aime pas. Ceci dit, sur les clips de Vespertine, je me suis beaucoup impliquée, j'ai parlé longuement avec les réalisateurs, j'ai apporté mes propres idées. Je suis peut-être bonne pour commencer un clip, mais très mauvaise pour le terminer ! Alors j'ai posé en vrac toutes mes idées, et des personnes de génie ont nettoyé tout ce foutoir… Non, je plaisante. En fait, tout a très bien fonctionné. Je crois que, de toute façon, je préfère les collaborations.

Que voulais-tu exprimer à travers le graphisme du livret ?
Avec M et M, nous avons essayé de faire quelque chose d'introverti, de très intérieur. C'est comme un rêve éveillé : vous êtes chez vous, un jour calme, vous êtes assis dans votre canapé, vous fermez les yeux et vous vous endormez à moitié. C'est vraiment l'inverse de Homogenic. Oui, c'est un effort sincère pour faire une pochette d'album "introvertie". Ca peut sembler étrange, parce qu'une pochette, un visuel de disque, c'est plutôt destiné à attirer, il faut que ça en jette. Là, nous avons voulu faire le contraire.

Quel est ton rapport au public ?
Quand j'étais enfant, je voulais simplement écrire une chanson et rendre les gens heureux avec. C'était très naïf, j'en ai bien conscience aujourd'hui. Mais je pense que c'est ça qui me fait avancer, et que c'est pareil pour la plupart des gens qui font le même travail que moi. Vous voulez simplement écrire une chanson et la partager. L'essence de mon travail, c'est la générosité. Et alors vous offrez cette chanson aux gens et ils vont la recevoir de différentes manières. Parfois, leur réaction peut vous blesser, mais ça ne devrait pas vous dissuader de leur offrir encore d'autres chansons. De toute façon, au départ, vous ne vous sentez pas si fort que ça, si sûr de vous. Je veux explorer mon intimité et partager ce que je trouve, mais j'ai aussi des idées très arrêtées sur ce que j'aimerais partager, et ce que je n'aimerais pas partager.
Mais il ne faut pas non plus y voir un besoin pathologique de tous contrôler, c'est tout à fait sain. C'est comme quand vous vous faites un nouvel ami et que vous être très excitée, très heureuse. Vous êtes sur la même longueur d'onde. Mais voilà que, peu de temps après, cet ami fait irruption chez vous alors que vous dormez encore, qu'il s'approche de vous et qu'il veut absolument vous parler alors que vous n'êtes pas prêt à l'entendre. Dans la vie de tous les jours, tout le monde est d'accord pour dire que c'est un manque de savoir-vivre. Si,en revanche, cet ami vous appelle et vous dit : "Est-ce qu'on pourrait se voir demain ?" - Vous lui répondez : "Non, là, je suis trop occupé, mais on peut se voir jeudi si tu veux". Alors vous vous rencontrez, et une relation commence, où chacun apporte quelque chose à l'autre. Si c'est de cette façon, alors j'adore donner. Parfois, les médias font irruption dans ma vie sans rien demander. Je ne trouve pas cela très élégant.
Les gens qui font le même métier que moi veulent donner. C'a été notre motivation au départ. Mais nous voulons donner quand nous sommes prêts à donner. Et les concerts parisiens ont été des moments très précieux de ce point de vue-là. J'étais très heureuse. Déjà, le public était là, ce qui était rassurant. C'a été un immense plaisir, tout du long. Car quand je reste longtemps seule chez moi, isolée, que je n'attends personne, ça devient un peu difficile de communiquer…

Est-il vrai que tu as envisagé un moment de chanter à l'Opéra Garnier ?
Quand, il y a un an, nous avons cherché des endroits où faire passer la tournée, nous avons fait beaucoup de demandes. De nombreuses réponses ont été positives, et beaucoup d'autres négatives. Généralement, on nous disait "non" parce que la programmation était déjà bouclée. Un opéra, par exemple, fait sa programmation deux ans à l'avance. L'industrie de la pop est sur un autre rythme, c'est plutôt quelques mois à l'avance. Pour l'Opéra de Paris, ce n'est pas moi qui m'en suis occupée directement, donc j'ignore pourquoi ça n'a pas été possible. Mais généralement, la plupart des salles que nous avons contactées nous ont accueillis à bras ouverts, ce que j'ai beaucoup apprécié. Un concert de ce type à la Sainte-Chapelle, par exemple, ça n'avait jamais été fait avant.

Peux-tu nous parler des clips qui accompagnent les singles de Vespertine, et qui semblent plutôt différents des précédents ?
C'était particulièrement intéressant de concevoir des clips pour accompagner un album introverti comme Vespertine. Cette fois-ci, le décor ce ne sont pas des montagnes, des trains ou l'univers, c'est plutôt un paysage intérieur. C'était beaucoup moins évident, et en même temps c'était une sorte de défi très stimulant. Par une étrange coïncidence, les trois réalisateurs avec lesquels j'ai travaillé cette fois-ci n'avaient jamais réalisé de clips auparavant. En quelque sorte, nous avons combiné nos énergies et nos envies. J'avais des idées bien précises que ce que je voulais faire, eux n'avaient jamais fait de clip et abordaient le réalisation avec beaucoup de fraîcheur. A chaque fois, ce fut une merveilleuse collaboration. Je suis très satisfaite de ces clips. Ils me représentent vraiment, ils correspondent exactement à ce que je voulais faire, et je crois qu'ils ressemblent aussi beaucoup à mes collaborateurs.

Dans l'une de tes chansons, tu parles d'un rêve récurrent. As-tu beaucoup de rêves récurrents ? Et t'es-tu déjà vue chanter en rêve ?
J'ai de nombreux rêves récurrents. C'est tout à fait fascinant. Il y a des rêves que je faisais quand j'étais enfant, qui ont disparu pendant 10 ans, puis qui sont revenus… Chaque matin, quand je me réveille, je suis surprise par ce dont j'ai rêvé dans la nuit. Parfois, avant d'aller me coucher, j'essaie d'influer sur mes rêves, ou de deviner quel genre de rêves je vais faire, mais je suis toujours surprise au final… et j'aime beaucoup cela.
Pour ce qui est de le deuxième question : non, je ne me suis jamais vue chanter en rêve. Je ne sais pas pourquoi. Parfois, je rêve - ou plutôt je cauchemarde - que je suis sur scène et qu'il y a un problème avec le matériel. Je pense d'ailleurs que la plupart des gens font ce genre de rêves à propos de leur travail. Mais ce n'est pas forcément moi qui suis là, physiquement, en train de chanter.

 

les derniers articles


»» tous les articles
»» toutes les chroniques de disque
»» tous les posts du blog
»» tous les CR de concerts et festivals