Benjamin Biolay - Vengeance

23/11/2012, par Benoit Crevits | Albums |
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Benjamin Biolay - VengeanceJoie divisée

C'était d'avance une gageure que de faire un retour après "La Superbe" tellement ce disque résonne encore, n'en finit plus de se consumer, de se raviver sur nos platines. Succès largement mérité parce que le disque n'était pas destiné à atteindre le grand public, par sa forme : un double album, des chansons hors format à faire pâlir les stations de radio, par sa noirceur mais, la qualité mélodique des chansons, la beauté des arrangements ont fait basculer la balance du bon côté. "La Superbe" a ainsi permis de couronner une carrière déjà bien remplie et un sans faute depuis "Trash Yéyé".

En bébé du petit surdoué de la chanson, "La Vengeance" était évidemment très attendu. Le résultat est assez surprenant, pénible à plusieurs endroits, par moments d'une inventivité vraiment jouissive lorsqu'il s'empare des spectres de la New-Wave ou de la Soul. On se retrouve ici avec un album éclaté aux ambiances très variées, bien loin de l’implacable unité de "La Superbe". 

Si "La Vengeance" part dans tous les sens avec plus ou moins de réussite, l'un des autres fait marquant du disque réside dans le tour de chant de Biolay. Avec l'âge sa voix a pris un peu de consistance, d'épaisseur, même si sur certains titres on aurait aimé quelques efforts d'articulation. Néanmoins, c'est dans le choix de ses invités qu'on peut rester coi : trois crécelles, Vanessa Paradis qui sur "Profite", est d'une insignifiance totale alors que la chanson est l'une des plus réussies et que Biolay y chante magnifiquement, Gesa Hansen meuble une chanson qui n'en avait pas besoin tandis que Julia Stone allume un pétard mouillé sur "Confettis". Parmi cette cohorte d'invités, seul Orelsan et Oxmo Puccino insufflent grâce à leur talent une plus-value qui donne un peu de hauteur aux textes.

Derrière ce premier tableau pas forcément élogieux se cachent néanmoins de petits trésors : "Personne dans mon lit", mélange subtil de cordes, d'électronique et de basse appuyée servent une interprétation magistrale autour d'un désert sentimental sur fond urbain, tout comme "L'Insigne Honneur" qui après le succès d'estime de Lescop, est peut-être le signe d'un retour d'une New-Wave made in France décomplexée.

"La Vengeance" sonne comme un disque réalisé avec une liberté totale. Biolay dans une démarche hédoniste, s'est amusé, a expérimenté pour nous servir un disque surprenant mais aussi inégal. Prenons-le comme un intermède légitime après le trop encombrant "La Superbe".

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