Baxter Dury - Interview

24/08/2011, par Christophe Despaux | Interviews |
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Dans la famille des "fils de" rock'n'roll, nous demandons le talent incarné : Baxter Dury. Requinqué par un troisième album estival et inespéré, "Happy Soup", nous le rencontrons dans le jardin de sa maison de disques française, accompagné de Madelaine Hart, sa chanteuse-choriste, incarnation parfaite de cette soupe du soleil. Loin de l'image déglinguée que véhiculaient ses deux et sublimes premiers disques, le fils de Ian a mis du lait dans son psychédélisme noir et les volutes qui s'en dégagent, tout aussi addictives, ont gagné en douceur. Au début de "Cages", Baxter chantait, "There's no more heroes for us to love" d'une de ses voix d'avant, fluette et tordue. Les temps ont changé, et notre Hamlet rock a triomphé de ses démons. Baxter Dury est un héros.

Baxter Dury

Baxter, tu t'apprêtes à être interviewé par quelqu'un né le même jour et la même année que toi, une jumelle cosmique en somme. Quel effet ça te fait ?

"Les jumeaux cosmiques" ! Et si on montait un groupe ?

Quand "Floor Show" est sorti en 2005, tu travaillais déjà sur certaines chansons de "Happy Soup". Pourquoi autant de temps entre les deux albums ?

Le milieu indie britannique est assez dur, et j'ai eu besoin d'un break. J'ai même pensé devenir pêcheur professionnel…

Au point d'arrêter la musique ?

J'y pense tout le temps. J'ai voulu écrire un livre, j'ai dû écrire 6 ou 7 phrases.

Qu'est-ce qui t'a donné la force de faire ce nouveau disque ?

C'était plutôt une sorte de nécessité. J'ai mis plusieurs années à écrire les précédents albums. Je suis arrivé à un stade où j'étais reconnu, sans pour autant gagner ma vie avec la musique. J'ai dû chercher en moi l'énergie pour me réinventer. J'ai recommencé à écrire tout doucement. Tu dois d'abord aimer une chanson, avant de la faire aimer à quelqu'un d'autre. Maintenant, je me sens vivant et rien ne peut m'arrêter (rires) !

As-tu eu peur de donner une suite à "Floorshow" qui avait été très bien accueilli ?

En Angleterre il n'a pas eu tant de critiques que cela, pas autant qu'en France. J'ai eu un peu la pression, mais comme j'ai choisi de changer de style musical, je ne l'ai pas trop senti.

"Happy Soup" est très différent de tes précédents albums, plus solaire, plus joyeux.

C'est possible oui, mais ce que je décris est plus sombre que dans les albums précédents. C'est lié au fait qu'avant je me concentrais essentiellement sur la musique. Là, j'ai eu envie d'insister sur les textes. J'ai passé énormément de temps à donner du sens à ce que je voulais dire. Il fallait qu'il y ait un début, un milieu et une fin, et j'ai travaillé là-dessus avec rigueur. En fait, je crois que cet album reflète un état d'esprit plutôt heureux, ce qui est une bonne chose sur le plan thérapeutique (rires). Je voulais que ça soit une expérience différente. Les deux précédents albums avaient beaucoup de parties chantées et étaient impossibles à jouer en concert. J'ai longtemps eu peur que ça ressemble trop à mon père. Je voulais que cet album soit le reflet de la personne que je suis. Je crois que c'est du coup mon album le plus honnête, ou que je suis arrivé à un stade où j'assume qui je suis.

Sur tes précédents albums, tu as des registres extrêmement différents d'une chanson à l'autre, parfois très haut, à d'autres moments très graves…

J'ai une voix très proche de celle de mon père, et si j'avais chanté toujours de la même façon, j'aurais été dans son ombre. Il fallait donc que je trouve mon propre son, et ça peut parfois donner l'impression que j'ai été castré. Maintenant je me sens plus à l'aise, notamment dans la voix parlée. Quand je chantais haut, c'était difficile à reproduire en concert, c'est aussi pour cette raison que j'ai eu envie de changer.

Tu dis que cet album marque une sorte de tournant dans ta vie, dans la relation que tu as pu avoir avec ton père. Est-ce que ta participation au biopic qui lui a été consacré en 2010 t'a aidé à tourner la page ?

En fait, j'ai donné tellement d'interviews sur mon père que je n'arrivais plus à parler de lui. J'ai tout mis dans une boite, je l'ai enterrée dans un trou, et ça a été la fin du sujet. C'est une bonne chose pour moi, j'avais atteint l'overdose, et je ne peux quasiment plus parler de lui maintenant. Je me sens plus libre, je ne réalisais pas quel poids c'était pour moi.

Tu es toi-même le père d'un jeune garçon. S'il veut devenir plus tard une rock-star à la suite de son père et de son grand-père, comment réagiras-tu ?

Mon fils est en train de prendre un détour génétique par rapport à la famille Dury. Il se débrouille plutôt bien, il pourrait bien être le grand espoir de la lignée. Il sait jouer du piano et chanter. Je suis incapable de jouer du piano et chanter, à peine… Il est très "symétrique". Je serais ravi s'il décrochait le jackpot et devenait un bon chanteur pop.

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