Arch Woodmann - Interview

07/11/2012, par | Interviews |
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J'avais plus d'une fois croisé en concert le Bordelais d'adoption Antoine Pasqualini, plus connu sous son nom de scène Arch Woodmann. Et dans la droite lignée d'un EP réussi, je me suis décidé à aller l'interviewer. C'est donc chez lui que ce personnage très bien inséré dans la scène bordelaise me répond...

Arch Woodmann

Quand tu parles de Arch Woodmann, tu dis on : c'est vraiment un groupe désormais ?
Oui, au fur et à mesure du temps, Lucie (Meursaud - claviers, guitare...) et moi nous sommes retrouvés à gérer le groupe à deux. Il y a le groupe aussi au niveau musical, avec Thomas à la basse et Benoît à la guitare.  On essaie de s'orienter vers une formule groupe, sachant que je ne ferai plus de solo, on a vraiment envie de s'imposer en tant que groupe.

Et donc, la rencontre avec tes musiciens, elle s'est faite comment ?
Au fur et à mesure : Thomas, je le connais depuis 10 ans, on était au lycée ensemble, on a eu plusieurs groupes communs. Lucie, je l'ai rencontrée quand je suis arrivé à Paris en 2007, on a vite sympathisé, on a monté le groupe. Quant à Benoît, il jouait dans un groupe de slam et je l'ai vu jouer sur un balcon à Paris. Il venait de Quimper, moi de Morlaix donc on a sympathisé, donc ça permettait de garder un groupe aux 3/4 breton.

C'est important, ce côté breton ? Vous mangez du Kouign-Amann ensemble ?
Oui, on se fait des orgies de Kouign-Amann (rires). Mais en fait, c'est drôle qu'on se soit retrouvés entre Bretons, car c'est totalement fortuit. Comme s'il y avait un magnétisme entre nous !

D'un point de vue extérieur, tu as l'air très intégré à la scène bordelaise. A quand remonte cette attache bordelaise ?

En fait, ça a commencé tard, quand j'ai commencé à jouer avec Botibol : avant, je n'étais venu qu'en tant que touriste. Vincent (Bestaven, alias Botibol), je l'ai connu à Bayonne il y a deux ans quand il a programmé Arch Woodmann à la Luna Negra, et on s'est vachement bien entendu, il m'a filé son disque et j'ai adoré. De fil en aiguille, on a monté sa formule groupe, je suis devenu son batteur, et comme ça j'ai côtoyé la scène bordelaise, j'ai habité au-dessus du bar El Chicho avec Eugène (programmateur musical de ce bar très couru, ndlr) et ça m'a beaucoup aidé pour rencontrer des gens. Je me plais bien ici, dans ce quartier (quartier Saint-Michel), dans un style de vie plus cool, où l'on peut croiser les gens. Je ressens clairement moins de pression qu'à Paris, et j'ai plus de temps pour moi, ce qui colle bien avec la musique je trouve.

Vous êtes un groupe à maturation lente ?
Non, pas vraiment. Moi, je bosse toujours tout seul sur les maquettes, donc ça nous fait gagner du temps, et c'est plutôt rapide pour mettre les choses en place, car on ne se voit pas très souvent, sur un weekend. Ca prend vraiment peu de temps. Et comme ça fait un an que je ne fais que de la musique, ça va plus vite ainsi.

L'Ep a été enregistré de loin en loin ?
En fait, non, le temps d'enregistrement, ce sont des empilements, j'ai fait plein de trucs de mon côté, j'ai enregistré les guitares, la trompette avec Matthieu (de Petit fantôme), je voulais enregistrer les basses et la batterie, je me suis rendu compte que je ne pourrais pas le faire. Du coup, je suis remonté à Paris pour bosser avec la personne qui était à mes côtés pour le premier et le second album, on a refait les batteries et les basses. On a aussi fait les synthés, et c'est là que tout le monde a commencé à intervenir un peu plus.

Les chansons ont beaucoup évolué ?
Pas tant au niveau des parties en elles-mêmes... On a travaillé avec un synthé très "coloré", ça a changé pas mal de choses. On s'est retrouvés dans une cabine à Paris avec plein de claviers, on en a profité, les chansons ont donc un peu changé mais c'est resté fidèle à ce qu'on voulait faire.

Vous vous êtes arrêtés à cinq chansons par choix ?
On ne s'est pas vraiment arrêtés, j'en avais une dizaine, mais on n'était pas prêt pour un album. On n'avait en plus jamais expérimenté le format de l'EP, on a donc choisi les chansons qui marchaient de façon cohérente, même si les chansons ne se ressemblent pas. On voulait quelque chose de rapide à écouter, d'instantané : j'essaie de me mettre à la place de l'auditeur, submergé par 10 000 trucs, on voulait trouver notre public au travers d'un truc concis et annonciateur de l'album.

Tu es satisfait du résultat ?
Oui, carrément. Pour nous, enfin pour moi, j'ai retrouvé des trucs que j'avais perdus après le premier album, comme un aspect un peu bricolé, même si ça ne s'entend pas énormément.

Je trouve que ça s'entend, ce côté soigné mais aussi bricolé...
Oui, il y a parfois des instruments pas parfaitement accordés, des claviers détunés, et on s'est dit qu'on s'en fout, que ça sonne comme ça. Sur des vieux trucs, on entend des guitares complètement désaccordées, mais ça fait partie du charme.

Arch Woodmann

Un ami me faisait remarquer, et il a raison, que vous jouiez en ligne sur scène...
On a toujours voulu expérimenter, même si c'est un bien grand mot, des dispositions scéniques un peu particulières. Au début, on jouait en arc de cercle, comme Silver Mt Zion, car ce genre de groupes a toujours été une référence pour nous. Mais ça a aussi un côté pratique : pour le batteur, voir le cul des gens qui jouent devant toi, bof, et en plus il y a des regards qui ne peuvent pas être échangés. Même si des fois, mon enthousiasme / dynamisme prend un peu le pas sur les autres, sans me vanter, je trouve que c'est bien de jouer ainsi et de jouer au même rang.

J'ai maintenant une question à te poser sur le Arch Woodmann Ensemble, au BBmix 2011... D'où cela est-il venu ?
C'est notre tourneur qui nous a proposé de monter un concert avec un quatuor à cordes, pour réarranger les titres du deuxième album, pour leur donner un second souffle. Nous, ça nous a plu, car on est branchés par un groupe comme Efterklang par exemple. C'était la première fois qu'on a écrit des partitions, j'ai travaillé avec Romain (qui a mixé le dernier EP) et j'ai demandé à des gens de ma classe de musicologie de jouer avec moi. Au début, on devait aller dans des salles un peu plus "pincées", aller vers un autre public, mais on a fait que deux dates. Mais il reste les partitions, donc tout le monde peut jouer ça. Mais ça demande des moyens, logisitiques mais aussi financiers pour payer tout le monde. Et ça fait vite du monde.

On revient toujours au même problème de l'argent.
Je me dis souvent que le groupe finira quand le groupe sera en faillite. On est toujours ric rac, car on n'a pas de producteurs, ce qui est commun aujourd'hui. C'est un problème, mais en même temps pas tant que ça, car le DIY, ça nous correspond. Mais ça demande beaucoup d'organisation. Si je ne pouvais faire qu'Arch Woodmann, je le ferais, car ça me prend un temps monstrueux. Je bricole des trucs, j'enregistre, je fais des relations presse, j'envoie des mails..

C'est ce que tu faisais pendant un temps ?
Oui, et je continue. Avec Lucie, et notre manager qui a commencé à bosser avec nous, on fonce là-dedans, car le producteur viendra pas vers nous, et d'un autre côté, ils apprécient pas trop qu'on aille les chercher. Du coup, on s'investit, on se débrouille, on collabore, c'est le système de la démerde. J'ai du mal avec le cliché du musicien qui se laisse porter, moi je trouve ça bien de savoir de qui on est entourés, parler aux gens, ne pas être dans une bulle. Peut-être que les gens qui ont toute une équipe autour d'eux auraient des arguments contraires aux miens.

D'un autre côté, ça peut te tomber dessus.
J'avoue que plus tu es sollicité, plus c'est difficile de structurer ton projet, mais c'est à mon sens important de connaître son environnement, car ça va vite dans l'autre sens, tu peux perdre toute une structure en un an. Et il faut pouvoir tout reconstruire par soi-même.

Finalement, ça reste rare, les histoires miracles...
Mais tu vois, il y a des trucs qui me gênent, comme avec Frànçois and te Atlas Mountains. J'ai l'impression que tout le monde pense qu'il vient d'émerger, alors que Talitres l'a bossé derrière, François a souvent été seul et s'est acharné, mais les gens tentent de faire passer ça comme une émergence de nulle part.

On dirait qu'on gomme tout ce qui a été fait avant...
Les gens s'approprient le succès d'un artiste qui s'est parfois développé tout seul ou avec des petites structures.

C'est sans doute un peu cruel pour ces petites structures justement.
C'est clair que cela doit être un peu violent pour le moral.

Arch Woodmann

Pour en revenir à l'Ep, qu'en est-il des retours média ?
En fait, on ne voulait pas faire une grosse promo traditionnelle, c'était plus par rencontres / petits mails. On voulait prendre le temps de faire passer cet EP pour préparer le terrain pour l'album, prévu pour 2013, et est déjà fini d'un point de vue maquettes. C'est Nicolas Leroux qui s'en charge, il y aura des empilements de ce que j'enregistre tout seul. Sans moyens économiques, c'est la démerde, mais c'est aussi la possibilité de faire ce que j'ai envie de faire. Si on a un peu d'argent, on ira en studio, mais j'ai toujours trouvé ça super d'enregistrer un peu partout. J'aime le studio, mais le home-studio c'est aussi cool, on voit d'autres musiciens.

Petit quizz pour finir...

Le meilleur endroit pour écouter de la musique ?
Le train !

La première fois que tu as acheté un disque avec ton argent ?
Aïe, sans doute un single, genre Gala.

Le groupe avec lequel tu rêverais de jouer sur scène ?
Do Make Say Think.

Merci à Antoine donc !

Photos : Thomas Larue-Doucet pendant le concert à l'iBoat.

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