Arbouse Recordings - Interview

27/08/2008, par Luc Taramini | Interviews |
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ARBOUSE RECORDINGS

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Comment se fait le travail de repérage des groupes ? Quels sont tes "critères de sélection" ?
Je suis seul dans Arbouse, si ce n'est mon amie qui agit dans l'ombre, pour le travail clandestin. Ce travail de repérage n'est pas défini, il n'y a pas de critère, si ce n'est celui adhérer à la philosophie d'Arbouse (il existe d'ailleurs une charte, qu'il est indiqué de lire avant d'envoyer une démo), de ne pas chercher uniquement à avoir une visibilité, et d'envisager autre chose, au-delà du simple fait de sortir un disque. Sur le plan musical, je n'ai aucun critère de sélection, Arbouse est à l'image de ce que je suis en tant qu'auditeur. J'aime beaucoup de choses. Je ne m'interdis rien (sauf peut être du ska festif...). Je ne veux m'enfermer dans aucune chapelle. J'aime les labels qui ont cette démarche transversale.
Donc souvent les choix se sont opérés au gré des rencontres, du hasard, des coups de coeur, en fonction de l'humeur, du moment. Des critères bien subjectifs, mais quoi de plus normal...

Arbouse Recordings s'implique-t-il dans la direction artistique des oeuvres ou n'est-il qu'un canal de diffusion ?
Je m'implique seulement dans le choix de sortir tel ou tel disque, sans vraiment de calcul, juste parfois l'idée de prendre à contre-pied, et encore plus maintenant. Les sorties sont souvent liées à l'actualité des artistes du label, de l'avancement de leur travail, de mes projets. Je ne rentre pas dans la production des œuvres des artistes. Je suis à l'écoute de leur progression, de leurs différents tâtonnements, de leurs recherches et autres expériences. Je donne parfois un conseil, une idée mais pas plus.
 
Est-ce que tu défends une certaine vision de la pop musique, du rock indé ou pas du tout ? En fait, je voudrais savoir si la culture pop est un dénominateur commun entre toi et les artistes du label ?
Complètement je viens de là... La culture pop, l'indie de façon générale... C'est sans doute une partie de mon esthétique visuelle, sonore, idéologique.
Ce qui est étrange c'est que j'ai commencé par sortir un truc très electronica barrée (Eglantine), et dès lors on a voulu me classer dans la frange des labels électroniques. Je me suis toujours efforcé de brouiller les pistes. Même dans les sorties électroniques, la pop n'est toujours pas très loin, genre Inlandsis, Arco5 ou Audioroom. La pop est un terme finalement générique qui regroupe beaucoup de choses, de l'indie ou post rock, du folk au space rock... Si on l'envisage comme ça, Arbouse est un label pop... Mais j'ai toujours du mal à me cataloguer... Je préfère les frontières floues et perméables, quoi que de plus normal pour un clandestin, non ?

Comment parlerais-tu de ton catalogue à des gens néophytes mais néanmoins curieux ?
Je me retrouve très souvent dans cette situation. Et je ne sais jamais trop vraiment comment m'y prendre. J'essaye de dire qu'Arbouse Recordings est un label (c'est déjà très difficile d'expliquer ce qu'est un label) éclectique, qui essaye de faire découvrir des artistes qui sortent des sentiers battus. Et puis, je commence ma diatribe, sur mon positionnement idéologique, mes valeurs et mes orientations...
J'essaye au plus vite de les inviter à écouter les artistes en question, c'est souvent beaucoup plus parlant... Je ne m'aventure pas plus loin... Mais des gens curieux, je n'en rencontre pas si souvent...

Quelles sont les réalisations dont tu es le plus fier ?
Difficile de répondre à cette question. Je crois que je suis vraiment fier de toutes. Vraiment. Acetate Zero est sans doute le groupe le plus emblématique du label, avec une très longue histoire d'amitié. Mais chaque sortie de disque est l'occasion de créer une rencontre humaine. Tous les artistes d'Arbouse sont des clandestins et des amis. Mais dans tous les cas, c'est difficile de sortir un disque du lot et de le mettre sur un piédestal. Ils ont tous une histoire singulière. Les compilations Bucoliques, surtout la première, ont permis d'établir le label, de trouver un distributeur, de montrer l'éventail du label...

Arbouse Recordings

Tes ambitions ou projets à l'avenir ?
Beaucoup de projets, mais ce sont les fonds qui manquent le plus... Après le second Astrïd (un double album), le disque de Melodium "My Mind is Falling to Pieces", plus folk/ambient que de coutume et celui de Thousand (du duo Thousand&Bramier) "40 Miles of Rough Road" très Silver Jews, il y aura : un nouveau Thousand&Bramier, un disque de Oldman (ex-Man). Et puis deux gros projets, un hommage à Erik Satie et une collaboration avec le musée Fenaille basé à Rodez (musée d'archéologie et d'histoire du Rouergue). Et puis une série limitée avec pleins d'invités, une série aussi de collaborations avec d'autres labels...
Pour Arbouse Editions et sa collection "Les Clandestins", inaugurée par la "La Révocation de la pensée", un autre volet est prévu d'ici peu, du même auteur, histoire "d'enfoncer le clou". D'autres textes sont prévus dans cette collection et sur Arbouse Editions. On avance doucement mais sûrement. D'ailleurs un événement "clandestin" est prévu en 2009 (un non-festival) et bien d'autres choses encore. Enfin avec Arbouse Médiations, je continue à concevoir et mettre en oeuvre diverses médiations culturelles s'adressant à tous publics. Des ateliers de musique, d'écriture... centrés sur l'expression de la personne.

En tant que label indépendant, quels sont les freins à ta liberté et à ton activité et pourquoi ?
Je n'ai aucun frein. Je ne me plains de rien. Arbouse est une structure associative, avec laquelle je ne vis pas. Ce qui me laisse une marge de manœuvre importante.
Je pourrais être tenu par le fait de vendre pour survivre. Même si c'est le nerf de la guerre, qu'en effet il me faut tout de même vendre des disques pour continuer à en sortir d'autres, je ne suis pas tenu à vendre à tout prix. Cela peut prendre du temps... J'ai toute la liberté que je souhaite. Je sors ce que je veux quand je veux. J'ai aujourd'hui trouvé un distributeur (Anticraft) avec lequel je m'entends bien et qui est constitué de passionnés. Un distributeur qui n'est pas un simple commerçant, désireux de prendre sa marge et de placer du disque pour rétribuer ses salariés. Je suis en dehors de l'industrie du disque. Avant d'en arriver là, je suis passé par tout un tas de distributeurs de cet acabit. Le téléchargement, je n'en souffre pas, puisque personne ne me connaît. La promotion, j'en fais peu. Je n'ai pas les moyens d'inonder les canaux d'informations, et puis je m'y refuse. Cela participe à la société de spectacle. Je sélectionne. Du coup, on parle peu des sorties d'Arbouse (j'ai quelques contacts bien établis, voilà tout, le reste c'est le désert). Et puis je me suis toujours refusé à être une boîte à cadeaux. La visibilité se paye, je le sais depuis longtemps. Arbouse ne fait pas vendre de papier. Mais comment être clandestin et être dans la lumière ? Ce serait contradictoire... Remarque, la vie est faite de contradictions...

Propos recueillis par Luc Taramini
Visuels fournis par Cyril.

Site d'Arbouse Recordings.

A lire également, nos chroniques des dernières sorties Arbouse :
la chronique de "Civilize the Satanists" par Acetate Zero
la chronique de "&" par Astrïd
la chronique de "The Sway of Beasts" par Thousand&Bramier
la chronique de "Premiers froids" par Inlandsis.

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