Arab Strap, dernières larmes - Concert au Trabendo, Paris, 28 novembre 2006

29/11/2006, par | Concerts |
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Au départ, il n'y a pas grand monde au Trabendo, mais il y a Mathieu Amalric, pas croisé dans une salle de concert depuis un concert de Katerine à la Cigale, quelques années plus tôt. Et puis ça se remplit, et quand Arab Strap attaque le premier morceau, la fosse est pleine, sans que ce soit non plus la foule des grands soirs. C'est un public de fans, comme il se doit pour un groupe qui tire sa révérence après dix ans de bons et loyaux services, peut-être justement parce qu'il n'aura jamais réussi à dépasser ce succès d'estime. Pour l'occasion, ils ont imprimé toute une série de T-shirts aussi drôles que la pochette de "Ten Years of Tears", leur récente compilation rétrospective ; l'un imite le lettrage des pochettes d'Iron Maiden. Aidan a une barbe de capitaine Haddock et un bide de buveur de bière. Il n'a pas le décapsuleur à la ceinture comme lors de la dernière (et première) fois où je les avais vus, au Nouveau Casino. Mais les bières aujourd'hui s'ouvrent manuellement, comme chantait Miossec, et il ne se prive pas. A gauche de la scène, Malcolm est impassible, et les trois autres jeunes musiciens, anonymes - mais compétents. Ce n'est pas forcément un immense concert, mais dans ses meilleurs moments il vient rappeler qu'au-delà de textes maniant l'humour (entre Leonard Cohen et Bukowski) comme d'autres le scalpel, Arab Strap aura produit l'une des musiques les plus inventives, passionnantes et, souvent, bouleversantes de ces dix dernières années. Musique effondrée, explorant avec une morne délectation tout le nuancier du gris, et évoquant des mots pâteux comme une gueule de bois (dirge, smudge, plunge, ce genre). Musique pourtant cent fois plus vivante, à la manière des livres de Calet ou d'Hyvernaud, que toutes ces célébrations creuses du fun et de la jeunesse. Le concert s'achève sur un long rappel acoustique de plus en plus dépouillé, ne laissant finalement sur scène qu'Aidan et Malcolm, des mots étouffés dans la barbe et six cordes de nylon pour se pendre, beau à chialer dans sa bière. Savoir finir en beauté : belle leçon, merci pour tout.

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