Anjali - Interview

01/10/2003, par Gildas | Interviews |
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Et à partir de là tu as commencé à évoluer pas mal et assez vite. Les premiers ep était très expérimentaux, assez tournés vers la techno , les rythmes purs, alors que l'album qui a suivi était composé de chansons.

C'était la courbe de l'apprentissage. Au début j'étais très excitée. Je pouvais faire ça et ça et autre chose et si je tourne la molette, j'ai un son comme ça... Je jouais comme une gamine. Et en même temps, je voulais m'éloigner de ce côté acoustico-folk. Les gens évoluent et moi aussi. J'ai un peu renié ce que je faisais avant et c'est la vie.
Avec les premiers ep, j'avais l'idée de faire des trucs dansables, puis des trucs un peu jazz et puis, lentement, les chansons sont revenues. Mais au lieu de revenir en bloc elles se sont intégrées à la démarche expérimentale dans une sorte de symbiose bizarre. A la fin c'est devenu très naturel, j'ai pu grandir en tant qu'artiste, me développer, ce qui n'est pas donné à tous. J'ai eu de la chance. De nos jours, les labels ont tendance à se débarrasser de ce qu'ils considèrent comme des poids morts en 30 secondes. Wiiija n'est pas comme ça.

Le nouvel album est la continuité de cette évolution alors ? il y a cette chanson "Hymn To The Sun" qui date de l'époque du premier album...
Oui, c'est vrai. Il y a un lien, une continuité dans la démarche. C'est d'autant plus vrai qu'en ce moment, je pense déjà au troisième album. J'ai tellement peur que mes idées disparaissent, que j'oublie, Je me sens privilégiée, mais je ne suis pas rassurée. D'habitude, j'écris en commençant à l'ordinateur ou au clavier ou à la guitare. Mais là, pour "Rainy Day" j'avais la chanson entière en tête avant d'écrire quoi que ce soit. Ce qui est tout nouveau pour moi. C'est une nouvelle étape et c'est excitant. Donc je ne veux pas lâcher le filon.

"Hymn To The Sun" était coécrit avec DJ SpyKid. Qui avait co-écrit la plupart des chansons du premier album. Mais là il n'est plus présent que sur ce titre...Tu t'es émancipée ?
C'était pas une décision consciente. Je ne me suis jamais dit "ok, c'est bon, je sais ce que je fais maintenant et je n'ai plus besoin d'aide." Non, c'est plus parce que j'avais écrit des trucs déjà, seule, et même si j'avais envie de bosser avec Spykid les chansons étaient quasi finies. Spykid est un merveilleux producteur. Et il est le seul avec qui je me vois travailler... Un autre producteur que lui et l'on courait au crash. Pour moi c'est dur de travailler avec quelqu'un. Même avec un ingé son en studio, j'ai une trop forte personnalité et je suis assez têtue. Avec Spykid, c'était naturel, on se complétait, il n'y avait pas de conflit. Et puis il y a aussi le fait que l'album a été enregistré avec de vrais instruments, que j'ai dû jouer plus de trucs live et que donc j'étais très concentrée. Je voulais avoir une nouvelle direction rien qu'à moi.

L'album est très divers, aucune chanson ne répète la précédente. Cependant il forme un tout très cohérent. Et on sent une certaine patte. Je me demande si tu n'as pas été très directive, presque dictatoriale pour arriver à ce résultat.
Oui, je suis un vrai dictateur en studio. C'est quelque chose que j'ai appris et je suis assez fière du résultat. Je pense que si l'on a un but à atteindre il faut tout mettre en œuvre pour y arriver. Pas de demi-mesure possible. Il faut parfois savoir ignorer les avis extérieurs. C'est très prétentieux, mais par le passé j'ai dû faire face à des déceptions liées au fait que j'avais suivi des conseils inopportuns par manque de confiance en moi. Maintenant je n'hésite pas à dire que je sais quand j'ai raison. C'est ce que j'ai dit à l'ingé son au début de l'enregistrement : "j'ai raison dans 99% des cas". Bien sûr, j'écoute ce que les gens me disent. Je ne suis pas aussi imbue de moi-même, mais je sais exactement ce que je veux.

Cet album correspond à ce que tu voulais ?
Oh oui, entièrement. J'en suis assez fière.

Quel était ton objectif ultime avec cet album ?
C'est dur à dire en fait. C'est juste qu'il y a ces sons que j'aime d'amour. Ces sons comme le son Verve, qui sont... pas traditionnels, mais classiques et classieux. Et ce sont les sons que je veux entendre encore et encore. Même dans les Voodoo Queens, et on ne peut pas dire que c'était une expérience en matière de soundscape, mais je savais quels sons je voulais émuler. J'adore les cuivres, les guitares tremolo.

Effectivement il y a beaucoup de sons différents sur l'album. La construction est assez complexe, en couches successives. Ça reflète ta personnalité ?
(Rire) oui, j'imagine, c'est pas à moi de le dire mais je pense que les gens pensent que je suis quelqu'un de compliqué ! (rire) pourtant j'ai l'impression d'être facile à vivre... Je ne m'analyse pas suffisamment pour répondre. J'aime penser que c'est une création unique. Qui reflète ce que je suis. Quant à savoir ce que c'est vraiment...
Je n'aime pas les étiquettes, les classifications. Tu sais, parfois, on a juste envie de faire quelque chose simplement pour être différent, en marge, un peu plus difficile.

Autre chose, on sent plus l'influence de l'Inde sur ce disque.
Oui, c'est vrai. En fait ça m'a vachement aidé d'avoir un budget plus important. J'ai pu faire un peu plus ce que je voulais. J'ai des cuivres, des cordes, des sitars... je pense que je serais proche de la perfection avec un demi-million... C'est un appel du pied aux producteurs. Je suis faite pour les super productions. Et l'arrangeur était très fort aussi et il a réussi à faire sonner les cordes exactement comme ce que j'entendais dans ma tête. C'était assez hallucinant de voir comment il pouvait retranscrire mes idées sur du papier à musique. Et le quartet rentrait ensuite en studio et jouait exactement ce que je voulais.

AnjaliEn Angleterre, et dans une moindre mesure en France aussi, on parle de plus en plus de "l'Indian underground", Bolliwood envahit les écrans, la mode est au sari. Tu penses que c'est un vrai mouvement ? ou juste une nouvelle boite pour catégoriser une passade ?
C'est un peu bizarre en fait. Il y a 5 ans, il y a eu un grand boom. Talvin Singh a gagné le Mercury, des clubs ont ouvert comme le Blue Note et le Raj. Mais c'est retombé assez vite. Et c'est vrai qu'en ce moment il y a une sorte de renouveau de cette tendance. Mais je pense que de nombreux producteurs de hip hop se penchent sur la musique indienne et l'intègrent à leur musique. Il suffit d'écouter Missy Elliott ou les Neptunes par exemple pour s'en apercevoir. Donc, ça a relancé les choses. Le truc c'est qu'en Grande Bretagne la culture indienne fait maintenant partie de la culture locale à 100%. Je ne veux pas être négative et dire que c'est juste une ghettoïsation bâtie par des journalistes qui n'y connaissent rien. Je pense qu'il y a réellement un mouvement et surtout une intégration. C'est présent maintenant, et je pense que c'est là pour rester. Il y a des producteurs indiens dans le mainstream maintenant. Par exemple, je crois que c'est Richy Rich qui écrit pour Shanaya Twain.
Et puis aussi. Je n'ai jamais voulu être une "artiste indienne". Si je veux écrire une pop song dans le plus pur style 60's, c'est mon droit. C'est ma culture aussi et je peux le faire.

Pour finir, qu'est ce que tu attends de la sortie de l'album ?
Pas grand-chose. Bien sûr je veux qu'un maximum de gens l'écoute et j'espère en toucher une bonne partie. Mais le plus important c'est que je sois personnellement heureuse du résultat final. Cette fois-ci je suis vraiment heureuse. C'est très agréable pour une fois, de pouvoir réécouter l'album sans avoir à passer une chanson parce que je m'aperçois après coup que j'aurais pu faire mieux.


Propos recueillis par Gildas.
merci à Clarisse.

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