Animal on est mal : la nouvelle expérience de Sigur Rós

19/07/2012, par Christophe Despaux | Clips |
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Le Mystery Film Experiment de Sigur Rós continue avec, cette fois-ci, un concurrent de choix derrière la caméra. Ramin Bahrani, réalisateur d'origine iranienne, est notamment l'auteur du splendide "Chop Shop", fiction fortement documentaire sur un magasin de pièces détachées que tiennent des immigrés latino dans le Queens. Rien de tel dans "Eg Anda", si ce n'est un regard sur la grande ville moderne comme pur espace de dépaysement. Entre les plans sur les réalisations humaines (buildings, ponts, jetées, etc..), Bahrani intercale de véritables portraits d'animaux - tous sont individualisés - offrant ainsi un point de vue qui tient de l'effet Koulechov (en gros, dans un montage, la capacité d'une image à influer sur le sens de celle qui précède ou suit). On a l'impression que chacune de ces bêtes forcément silencieuses fixe la grandeur mesurée de l'homme-bâtisseur. Ainsi un raton-laveur qui dresse le museau cède la place à un hélicoptère en contre-plongée, comme si le premier regardait le second. Le passé - les animaux de presque tous temps - scrute le présent et son arrière-goût de futur (gratte-ciels en expansion qui ne reflètent que le ciel). Aucune idée de progrès décelable ni logique, les deux univers sont scindés. Quant à l'homme, il est absent ou à l'état de silhouette induite - les conducteurs des divers moyens de transport - comme si la ville-machine vivait seule. Le choix des espèces renforce cette impression négative d'univers sans maître : des animaux domestiques ou en captivité ayant perdu le leur. L'âne rappelle évidemment Balthasar, victime des hommes dans le beau film de Bresson qui porte son nom (Au hasard..., hein ?). Et le poisson rouge agonisant hors de l'eau renvoie aux truites mourantes peintes par Courbet à la fin de sa vie, ces tableaux déchirants qui agissent presque physiquement sur le spectateur. A travers le vivant, l'inanimé, le à reconstuire (ce four du fondeur qui ouvre et clôt le clip), "Eg Anda" nous fait parcourir un monde inhabitable et guère plus habité que contemplent un à un nos frères en perplexité, ces trop humains animaux, Une magnifique expérience (pour le coup, le terme pompeux du projet est choisi à propos) que ne parvient pas à gâcher la musique de Sigur Rós.

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