Angil - "Putain, ce groupe..."

13/10/2004, par Guillaume Sautereau | Track by track |
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6. SOULSHOP par Pascale Soucheleau
Pascale lit sur scène des adaptations en français de mes textes. C'est super chouette.

Le garçon se trimbale avec son âme en plastique. Il l'a trouvée, au rabais, dans un magasin d'âmes. Mais la fille d'en face n'est pas dupe... Cela dit, l'âme de cette fille est aussi une fausse ; elle l'a ramenée d'une échoppe, pas loin. Seulement, cette âme n'allait pas du tout avec ses yeux. Des yeux en toc, qu'elle portait depuis plusieurs années. Du coup, elle les a balancés et s'est retrouvée dans les bras du garçon d'à côté. L'amour est aveugle.
Pourtant le garçon n'a rien de vrai, la rue non plus, la ville non plus.
Mais tout cela est sans importance parce que leur histoire rend très bien vue d'en haut, de cet avion qui les envoie en l'air. La nuit, la ville, la rue, le magasin, tout cela est faux et le monde s'en fout. Même si les décors en carton pâte s'effritent vite.

7. SONS OF BENEDICTS par David Hurault
David joue du xylophone et des percussions dans les Hiddentracks. J'ai toujours écouté et souvent suivi ses idées très instinctives sur ma musique.

Alors là on apprend quelque chose : Benedict a des fils... Tant mieux ! Enfin je veux dire c'est bien ! Mais bon, qui c'est, ce "Benedict" ? Disque dans ma platine, je me laisse entraîner par le flow poisseux de la chanson, bercé par son rythme trip hop... A première vue, Angil a l'air de leur en vouloir aux fils de l'intéressé ! QUOI ??? J'ai marché sur la queue du chat ? Apparemment non, ça va. Il venait d'où ce cri alors... ? Bon revenons à nos moutons, on nous parle de Benedict, mais qui est-il ? Julien Lepers n'en a jamais parlé, Foucault non plus mais bon ça à la rigueur c'est plus normal... Heureusement mon petit Larousse illustré de 1985 est là pour m'aider. Je tourne fiévreusement les pages, rongé par un doute : vais-je trouver ? Le doute devient panique, le saxo s'emballe dans mes enceintes, je cherche, je traque Benedict et sa descendance dégénérée, la mélodie se désordonne au fur et à mesure que mes gestes se font saccadés, mes tempes bourdonnent... Mais pourquoi suis-je à la lettre R ? (Tiens!? Rhéa était une déesse! Je ne regarderai plus mon jus d'orange de la même façon...). Je suis de retour au B et là, stupeur, le monde s'écroule comme les notes s'envolent dans un delirium flamboyant : Benedict n'est même pas connu ! Ô rage ô désespoir ! Maudits soient tes fils !!!! Ne perdons pas pour autant la face. Le saxo s'est calmé, j'en profite pour recouvrer mes esprits. Voyons voir.... "Benedek (Ludwig Von), général autrichien né à Odenburg (aujourd'hui Sopron) (1804-1881), vaincu à Sadowa." Et bien voilà, tout s'explique, "Sons of Benedek", ce sont des fils de loser !!! Bien vu... Donc pour plus de clarté, je propose de rebaptiser ce morceau "Sons of Benedek" ou "Sons of Ludwig", parce que comme ça, on épargnerait du stress et de la sueur à celui ou celle qui écoute ce titre (il y a des a cardiaques quand même !!! Hein ?! Mais où est-ce qu'il a la tête ce chanteur...??!!). Et que je ne me sois pas sacrifié pour rien ! Je vais aller me remettre de mes émotions en me mettant du Goldman tiens, son saxo joue mois sur mes nerfs..."c'était un petit bonhomme (...) qui pleurait sur son saxophone...."
Note : David n'est pas si éloigné de la vérité... "You stinking sons of Benedicts" est une insulte lancée par James Dean (dans La fureur de vivre ?), qu'on pourrait sûrement interpréter par "Bande de loosers !".

8. MISS WONDERLAND par moi-même
Pourquoi pas ?

Un mec balance sa télévision par la fenêtre. La télé est là pour filmer la scène. Tous les yeux sont rivés sur la chute du poste au ralenti, sur une musique pathétique qui encourage la complaisance, qui félicite la médiocrité, et qui perpétue la lutte des classes. Personne ne remarque la jeune fille derrière l'immeuble, sortant, avec un air coupable et plusieurs nerfs coupés, d'une tournante au fond d'une entrée. Alice voit toute cette séquence sur son écran et se dit que ça ne vaut pas la peine. Maintenant, tout le monde est à l'heure au pays des merveilles.

9. DOLAYTRIM par Gilles Deles
Gilles a produit, mixé, masterisé Teaser for: matter. Il intervient sur scène, s'adaptant à ses envies et au lieu... Bref, on est sur la même longueur d'ondes. Et puis, je suis très fan de Lunt...

dolaytrim - texte en écriture automatique - chanson écorchée -
- batterie saturée - poids de la vie - jazzmaster pro co rat -
pédale de rhodes - pull over sur guitare acoustique - audible -
un miroir serait trop fin pour la voix - baguette en travers des cordes -
il n'y plus de reflet sur la fin - skank skank skank - cabine leslie virtuelle -
une vie sans moi - une reverb à ressort simulée - fade out -section rythmique explosée
rickenbacker, ampli fender, senheiser, vintage warmer - orgue à tue tête - dynamique +++
je vais la remixer - texte terminé - dolaytrim

10. AN OLD ACQUAINTANCE par Gérald Guibaud
Mon ami et le boss d'Unique !

Si j'ai choisi de parler de ce titre, c'est parce qu'il évoque pour moi un souvenir douloureux à jamais relié à cette chanson. Lorsque nous étions en pleine session studio d'enregistrement du disque, au mois d'octobre de l'année dernière, et que les titres de Teaser for: matter commençaient à prendre forme sous nos yeux, un de mes amis de mon école d'ingénieur est décédé dans des circonstances horribles. Happé par une voiture de jeunes en état d'ébriété en pleine nuit (et en plein centre ville !) alors qu'il rentrait en vélo de la soirée d'anniversaire d'un autre de mes amis, Christophe est mort parce qu'il voulait justement éviter d'avoir à conduire après avoir bu et que le vélo lui semblait donc un moyen plus sûr pour rejoindre son domicile. Quelle injustice. Cette nouvelle nous terrassa moi et mes amis de l'école. Cela faisait un moment que nous ne nous étions pas vus, et nous programmions justement une soirée d'anciens afin de faire la fête ensemble. Au lieu de ça nous nous sommes tous revus à un enterrement. La fin d'une époque, ces années étudiantes définitivement derrière nous, finie l'insouciance, désormais plus les années passeraient et plus il faudrait se faire à cette vie injuste qui allait nous laisser tous au fur et à mesure au bord de la route.
Dans mes grands moments de tristesse et de solitude, heureusement que la musique est là pour m'aider à me sentir mieux. Et cette fois ci, c'est l'écoute de ce titre (qui n'avait pas encore les arrangements) qui m'a vraiment fait du bien. Ce titre parle justement d'un ami que l'on retrouve et que l'on n'a pas vu depuis longtemps. La phrase "we'd met about twenty years before in some foreign land and I'd changed so much since we last met but he didn't" continuera de me hanter longtemps. Avec certains amis nous nous en voulons de ne pas avoir fait plus d'efforts pour se voir plus souvent avec lui, et désormais il est trop tard. Une vieille connaissance que nous n'oublierons jamais et dont le sourire et la bonne humeur resteront à jamais gravés dans nos mémoires.
An old acquaintance est pour moi le titre le plus mélancolique de l'album, et je me souviens avoir soufflé l'idée à Mickaël d'ajouter des arrangements de violoncelle. Je pense que cela rajoute une certaine gravité au morceau mais aussi un apaisement que l'on doit au jeu magnifique de Géraldine et aussi au mixage tout en finesse. Ce titre s'est d'ores et déjà inscrit au panthéon de mes chansons folk intemporelles (où trônent REM, Vic Chestnutt, Elliott Smith, Kristin Hersh, Sparklehorse et autres Daniel Johnston...) et je tenais vraiment à remercier Mickaël pour m'avoir aidé grâce à cette chanson à surmonter ce deuil.

11. INVISIBLE MAN par François Bureau
François m'a fait découvrir les premiers albums de Beck à un moment où je croyais ferme que Dirt d'Alice in Chains était le meilleur truc du monde (15 ans)...

1993, The Breeders... les souvenirs de ma rencontre avec Mickaël ressurgissent. A l'écoute de cette reprise, je réalise le chemin parcouru : l'esprit grunge des débuts a été digéré pour faire place à une maturité nourrie par un éclectisme débordant.
De la version des sœurs Deal, Angil retire les guitares lourdes et oppressantes, ajoute des notes de clavier légères et rassurantes, invite la voix de crooner du producteur Gilles et nous offre ce duo à l'ambiance onirique.
Je sais que Mickaël l'a déjà attrapé, the Invisible Man. Il l'a même offert à David, son percussionniste préféré.
"J'vais t' dire ouais" : en fermant les yeux et en écoutant attentivement, moi aussi j'ai réussi à l'attraper !

* "Putain, ce groupe !" est une citation de Flavien à propos de la variété des textes ci-dessus. La plupart des rédacteurs ont joué un rôle plus ou moins grand dans le disque, certains interviennent dans le collectif qui m'accompagne sur scène, The Hiddentracks... Et le moins que l'on puisse dire c'est qu'il y a de la diversité dans ce petit monde. J'aime bien.

Merci à Mickaël et à tous les auteurs de ces textes.

Quelques liens :
- site d'Angil
- site d'Unique Records
- chronique de "Ha Ha"
- chronique de "Teaser for: Matter"

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